Buch 
L' empereur Alexandre II : vingt-six ans de règne (1855-1881) / par C. de Cardonne
Entstehung
Seite
28
JPEG-Download
 

28

ALEXANDRE II.

leurs besoins. Hydra et quelques autres îlots, qui devinrent, dès les commen-cements, lâme de linsurrection, et qui firent tant de sacrifices pour lindé-pendance nationale, acquirent une gloire impérissable. Elle serait longuela liste des officiers de mer, dont la renommée redira longtemps les hautsfaits. Parmi eux, les noms de Constantin Canaris et de Miaoulis sont ceuxqui ont brillé du plus vif éclat. La Grèce affranchie ne saurait oublier toutce quelle doit de reconnaissance aux marins de ses îles.

La guerre sétait généralisée, et la Grèce continentale était devenue unchamp de désolation et de carnage. En Morée, premier théâtre et foyer prin-cipal de linsurrection, la lutte avait pris un caractère affreux; les Grecs,possédés dune fureur de vengeance, répondaient par des représailles auxatrocités commises par les Turcs. De part et dautre, ce nétaient que violationsde capitulations, quégorgements.

Des îles Ioniennes et de plusieurs ports dEurope, des secours continuaientdarriver aux Grecs. Chaque succès quils remportaient, grossi par larenommée, leur amenait des volontaires, qui avaient embrassé avec ardeurune cause embellie des illusions dune gloire et dune splendeur passées,illusions que des souffrances et damères déceptions faisaient souvent éva-nouir.

La cause Hellénique passionnait la plus grande partie de lEurope, etdes comités de secours, habiles à éluder toutes les défenses, faisaient parveniraux insurgés des fonds recueillis par souscription. Toutefois, la sympathieprivée ne fournissait qee des moyens insuffisants pour couvrir les dépensesque devait supporter un petit pays, pauvre et dévasté. Réduite à ses seulesforces, la Grèce était hors détat de conquérir son indépendance. Tant de sangversé, tant de ruines étaient en pure perte, si les Puissances nintervenaienten sa faveur. En Europe, tous les cœurs généreux, en Russie, plus que par-tout ailleurs, sétonnaient de lindifférence avec laquelle les gouvernementsvoyaient couler à flots le sang chrétien ; il leur semblait que les cabinetsnavaient quun mot à dire pour abattre lorgueil du Croissant et relever leLnbarum de lantique Ryzance. Mais, si quelques-uns de ces cabinets étaientretenus par la crainte de faire une concession aux idées du siècle, les cal-culs de la politique interdisaient à dautres de participer au démembrementde lempire Ottoman.

La situation de cet empire était des plus périlleuses : lesprit de rébellionfermentait dans plusieurs de ses provinces; une partie de ses forces étaitoccupée contre le fameux Ali, pacha de Janina, qui sétait déclaré indépen-dant; il était en guerre avec la Perse ; linsurreclion Grecque lui causait degrandes pertes en hommes et devenait désastreuse pour son commerce; sesdépenses lépuisaient, et lon pouvait le croire à bout de ressources. Et cepen-