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ALEXANDRE II.
leurs besoins. Hydra et quelques autres îlots, qui devinrent, dès les commen-cements, l’âme de l’insurrection, et qui firent tant de sacrifices pour l’indé-pendance nationale, acquirent une gloire impérissable. Elle serait longuela liste des officiers de mer, dont la renommée redira longtemps les hautsfaits. Parmi eux, les noms de Constantin Canaris et de Miaoulis sont ceuxqui ont brillé du plus vif éclat. La Grèce affranchie ne saurait oublier toutce qu’elle doit de reconnaissance aux marins de ses îles.
La guerre s’était généralisée, et la Grèce continentale était devenue unchamp de désolation et de carnage. En Morée, premier théâtre et foyer prin-cipal de l’insurrection, la lutte avait pris un caractère affreux; les Grecs,possédés d’une fureur de vengeance, répondaient par des représailles auxatrocités commises par les Turcs. De part et d’autre, ce n’étaient que violationsde capitulations, qu’égorgements.
Des îles Ioniennes et de plusieurs ports d’Europe, des secours continuaientd’arriver aux Grecs. Chaque succès qu’ils remportaient, grossi par larenommée, leur amenait des volontaires, qui avaient embrassé avec ardeurune cause embellie des illusions d’une gloire et d’une splendeur passées,illusions que des souffrances et d’amères déceptions faisaient souvent éva-nouir.
La cause Hellénique passionnait la plus grande partie de l’Europe, etdes comités de secours, habiles à éluder toutes les défenses, faisaient parveniraux insurgés des fonds recueillis par souscription. Toutefois, la sympathieprivée ne fournissait qee des moyens insuffisants pour couvrir les dépensesque devait supporter un petit pays, pauvre et dévasté. Réduite à ses seulesforces, la Grèce était hors d’état de conquérir son indépendance. Tant de sangversé, tant de ruines étaient en pure perte, si les Puissances n’intervenaienten sa faveur. En Europe, tous les cœurs généreux, en Russie, plus que par-tout ailleurs, s’étonnaient de l’indifférence avec laquelle les gouvernementsvoyaient couler à flots le sang chrétien ; il leur semblait que les cabinetsn’avaient qu’un mot à dire pour abattre l’orgueil du Croissant et relever leLnbarum de l’antique Ryzance. Mais, si quelques-uns de ces cabinets étaientretenus par la crainte de faire une concession aux idées du siècle, les cal-culs de la politique interdisaient à d’autres de participer au démembrementde l’empire Ottoman.
La situation de cet empire était des plus périlleuses : l’esprit de rébellionfermentait dans plusieurs de ses provinces; une partie de ses forces étaitoccupée contre le fameux Ali, pacha de Janina, qui s’était déclaré indépen-dant; il était en guerre avec la Perse ; l’insurreclion Grecque lui causait degrandes pertes en hommes et devenait désastreuse pour son commerce; sesdépenses l’épuisaient, et l’on pouvait le croire à bout de ressources. Et cepen-