INTRODUCTION HISTORIQUE.
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dant, la Porte s’opiniâtrait à ne pas faire droit aux justes réclamations de laRussie; elle restait sourde à toutes les remontrances des cabinets deVienne et de Londres. Ces cabinets représentaient vainement au Divan com-bien l’Europe était désireuse de voir mettre un terme, par des concessionset par des mesures de clémence, à une insurrection qui entretenait l’agita-tion en d’autres pays. L’obstination de la Porte eût semblé inexplicable, sil’on ne savait dans quels égarements peuvent jeter le fanatisme et un folorgueil. Mahmoud, le terrible padischah, opposait aux conseils de la prudenceune volonté d’airain. Il avait des accès de fureur, quand on lui parlait de laRussie, à laquelle il ne cessait, bien à tort, d’imputer le soulèvement de laGrèce.
Les hostilités se poursuivaient avec acharnement; les Turcs continuaientleurs ravages et leurs cruautés. Le système de destruction et d’exterminationpratiqué contre la Grèce allait sans cesse s’aggravant. Chaque jour, lesorganes de la presse Européenne signalaient à l’exécration du monde lesatrocités commises par les Turcs. Tous les échos retentirent des scènes debarbarie qui venaient de faire de la belle Chio, ce paradis des Grecs, unamas de ruines, un effroyable charnier. Dans le délire de la rage, les Turcsn’avaient pas même respecté les cendres des morts : les tombes avaient étéouvertes, les ossements humains, foulés aux pieds, jetés aux vents ! L’in-fection des cadavres avait engendré une épidémie. Des jeunes tilles, desenfants, sauvés du massacre par la cupidité, avaient été transportés àConstantinople pour être vendus dans les marchés. Des Osmanlis, indignesdu nom d’hommes, ne les avaient achetés que pour les égorger et jeter auxanimaux leurs membres sanglants! Après la destruction d’Ipsara, un pacha,Kosrew, envoyait au sultan, en témoignage de sa victoire, des milliers detêtes et d’oreilles, et ces hideux trophées étaient attachés aux portes dusérail !
Cette horrible guerre durait depuis près de cinq ans, et les représentantsdes Puissances s’étaient vainement efforcés de faire comprendre à la Portequ’en ne réprimant pas les plus abominables excès, elle encourait la répro-bation universelle. L’indomptable résistance des Grecs, plus persuasive quela voix de la raison, détermina le Divan à souhaiter un accommodement.La Porte publia une amnistie en faveur de ceux qu’elle continuait d’appelerdes raïas; elle fit même des propositions au gouvernement d’Hvdra. Puis,elle ordonna au patriarche de Constantinople d’inviter le clergé de la Grèce àuser de son influence pour ramener les insurgés sous son obéissance, pro-mettant solennellement un complet oubli du passé. Ces tentatives ne devaientavoir aucun effet. Ne savait-on pas que le patriarche, toujours tremblantdevant les autorités et la populace Turques, ne pouvait être que l’humble