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L' empereur Alexandre II : vingt-six ans de règne (1855-1881) / par C. de Cardonne
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INTRODUCTION HISTORIQUE.

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dant, la Porte sopiniâtrait à ne pas faire droit aux justes réclamations de laRussie; elle restait sourde à toutes les remontrances des cabinets deVienne et de Londres. Ces cabinets représentaient vainement au Divan com-bien lEurope était désireuse de voir mettre un terme, par des concessionset par des mesures de clémence, à une insurrection qui entretenait lagita-tion en dautres pays. Lobstination de la Porte eût semblé inexplicable, silon ne savait dans quels égarements peuvent jeter le fanatisme et un folorgueil. Mahmoud, le terrible padischah, opposait aux conseils de la prudenceune volonté dairain. Il avait des accès de fureur, quand on lui parlait de laRussie, à laquelle il ne cessait, bien à tort, dimputer le soulèvement de laGrèce.

Les hostilités se poursuivaient avec acharnement; les Turcs continuaientleurs ravages et leurs cruautés. Le système de destruction et dexterminationpratiqué contre la Grèce allait sans cesse saggravant. Chaque jour, lesorganes de la presse Européenne signalaient à lexécration du monde lesatrocités commises par les Turcs. Tous les échos retentirent des scènes debarbarie qui venaient de faire de la belle Chio, ce paradis des Grecs, unamas de ruines, un effroyable charnier. Dans le délire de la rage, les Turcsnavaient pas même respecté les cendres des morts : les tombes avaient étéouvertes, les ossements humains, foulés aux pieds, jetés aux vents ! Lin-fection des cadavres avait engendré une épidémie. Des jeunes tilles, desenfants, sauvés du massacre par la cupidité, avaient été transportés àConstantinople pour être vendus dans les marchés. Des Osmanlis, indignesdu nom dhommes, ne les avaient achetés que pour les égorger et jeter auxanimaux leurs membres sanglants! Après la destruction dIpsara, un pacha,Kosrew, envoyait au sultan, en témoignage de sa victoire, des milliers detêtes et doreilles, et ces hideux trophées étaient attachés aux portes dusérail !

Cette horrible guerre durait depuis près de cinq ans, et les représentantsdes Puissances sétaient vainement efforcés de faire comprendre à la Portequen ne réprimant pas les plus abominables excès, elle encourait la répro-bation universelle. Lindomptable résistance des Grecs, plus persuasive quela voix de la raison, détermina le Divan à souhaiter un accommodement.La Porte publia une amnistie en faveur de ceux quelle continuait dappelerdes raïas; elle fit même des propositions au gouvernement dHvdra. Puis,elle ordonna au patriarche de Constantinople dinviter le clergé de la Grèce àuser de son influence pour ramener les insurgés sous son obéissance, pro-mettant solennellement un complet oubli du passé. Ces tentatives ne devaientavoir aucun effet. Ne savait-on pas que le patriarche, toujours tremblantdevant les autorités et la populace Turques, ne pouvait être que lhumble