INTRODUCTION HISTORIQUE.
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armés de 2,200 bouches à feu et montés par 23,000 hommes d équipage. Lesforces des alliés n’atteignaient pas la moitié de ces chiffres. La solide positiondes Turcs et leur grande supériorité numérique leur inspiraient une aveugleconfiance. D’ailleurs, la manœuvre des alliés leur causa une telle irritation,qu’ils ne pouvaient plus se maîtriser.
La colonne Anglaise, entrée à pleines voiles, s’était embossée devant laligne Ottomane. Pour donner des explications à ce sujet, sir Codrington envoyaun parlementaire à l’amiral Turc. Reçu à coups de fusil, cet officier tombapercé de balles. Un second parlementaire eut le même sort, xiu même in-stant, une frégate Turque tira deux coups de canon sur la frégate Française laSirène , qui riposta par sa bordée de tribord. En un clin d’œil, le combatdevint général dans tout le pourtour de la baie, et d’autant plus terrible, quel’espace était resserré et qu’on se battait à portée de pistolet. Les escadresalliées rivalisèrent d’intrépidité. Les Turcs, habitués, depuis longtemps, àmontrer plus d’acharnement que d’habileté, payèrent cher leur témérité ;leur désastre fut complet. Le combat avait commencé à deux heures et demie;avant la nuit, la 'flotte Turco-Égyptienne avait cessé d’exister. Trois heuresavaient suffi pour accomplir cette destruction.
L’intervention active des trois Puissances était désormais un fait accompli.L’empereur Nicolas parut croire que la Porte, éclairée par cette grande cata-strophe, ne repousserait plus les propositions qui lui avaient été faites. Ausurplus, une circulaire, émanée delà chancellerie du comte de Nesselrode,déclarait que, dans tous les cas, soit que la Turquie se déterminât à céderaux vœux des alliés, soit que, par des mesures hostiles, elle empirâtencore le désavantage de sa position, l’Empereur était fermement décidé àpoursuivre, intimement uni avec l’Angleterre et la France, l’exécution dutraité du G juillet, d’observer le principe interdisant aux Puissances contrac-tantes toute vue d’agrandissement, ou quelque avantage exclusif. L’empereurNicolas voulait que les Grecs, ses coreligionnaires, fussent affranchis du jougde l’islamisme ; il ne demandait rien de plus, et ses alliés, n’écoutant quedes sentiments d’humanité, étaient, dans la question Grecque, aussi désinté-ressés que lui.
En apprenant la destruction de sa flotte, le sultan entra dans le paroxysmede la fureur. Le Divan délibéra plusieurs jours, et, d’après la volonté la plusimpérieuse de SaHautesse, le Reïss-Effendi fit remettre, le 8 novembre, auxreprésentants des cabinets alliés, à Constantinople, une note où la Porteproduisait des demandes exorbitantes; en voici la substance : 1° les troisPuissances renonceraient à toute intervention directe dans le différend Turco-Grec ; 2° Elles feraient à la Porte une réparation publique et solennelle pourl’insulte faite à son pavillon devant Navarin; 3° Elles s’engageraient à l’indem-