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ALEXANDRE II.
l’Empire. Il visita la Sibérie, qui n’avait jamais vu le fils aîné d’un Tsar, etoù il fut accueilli avec de véritables démonstrations de joie. Ce voyage, en luifaisant connaître les besoins et les sentiments des populations, agrandit lasphère de ses idées et fit germer, dans son cœur et dans sa mémoire, plusd’un projet généreux.
A son retour, commença la période du couronnement des études. Deshommes d’Élat instruits, distingués, des personnages du plus grand mérite,furent appelés à initier l’héritier du trône à la connaissance des sciencespolitiques, de tout temps utiles aux chefs des nations, et qui, au dix-neu-vième siècle, sont devenues indispensables à un souverain.
Spéransky, esprit élevé, imbu des doctrines d’une saine philosophie, siconnu par ses immenses travaux sur la législation Russe, fit au grand-ducAlexandre un cours de droit, auquel il donna le titre de Causeries sur leslois, considérées principalement dans leur application à la politique et àl’administration intérieure. Georges Cancrine, le restaurateur des finances dela Russie, surnommé le Colbert Russe, intelligence nette, ferme, positive,retraça succinctement pour lui l’historique des finances de l’Empire et luienseigna les principes et les règles d’une bonne gestion. Le baron Brunnow,diplomate correct, élève du comte de Nesselrode, écrivit en français, pourle grand-duc, et avec une grande indépendance d’esprit, un Aperçu desprincipales transformations politiques du cabinet de Russie, depuis Vavène-ment de l'impératrice Catherine II. Le général Jomini, le célèbre écrivainmilitaire, l’un des grands maîtres dans la science stratégique, rédigea pourson instruction les Considérations sur la politique militaire de la Russieet sur ses rapports stratégiques avec les états voisins.
Le programme tracé par Joukovski, avec une si grande hauteur de vues,avait embrassé toute l’éducation du Césarévitch, depuis l’enfance jusqu’à lavirilité. Le but qu’il s’était proposé était atteint. Son élève était digne d’occu-per le trône. Peu de princes ont été élevés avec la même sollicitude et uneintuition si merveilleuse de la mission que la Providence leur a réservée.
Les travaux qu’il accomplit sous la direction de ses maîtres, et qui ont étéprécieusement conservés, témoignent de son application, de sa bonne volonté,de ses aptitudes. 11 apprit, chose encore plus utile aux Souverains qu’auxautres hommes, à bien régler l’emploi de son temps, et il contracta deshabitudes qu’il conserva sur le trône. Aussi, jamais règne ne fut mieuxrempli que celui d’Alexandre II, et son activité calme, persévérante, a tou-jours fait l’étonnement de ses ministres, des principaux collaborateurs de sesréformes.
Si le succès couronna les efforts et le dévouement de Joukovski, il seraittéméraire d’affirmer qu’avec un autre enfant, son système d’éducation aurait