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L' empereur Alexandre II : vingt-six ans de règne (1855-1881) / par C. de Cardonne
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VINGT-SIX ANS DE RÈGNE.

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eu les mêmes résultats. Il eut la bonne fortune de trouver, dans le grand-duc, un élève excellemment doué, unissant la docilité, la douceur du carac-tère au zèle pour létude et aux plus heureuses facultés. Sur une terre fé-conde, cultivée avec soin, les semences germent promptement et produisentde beaux fruits ; cest en vain quon les prodigue à un sol ingrat.

Lorsque le grand-duc Alexandre eut atteint sa majorité, fixée à seize anspar les lois fondamentales de lEmpire, il dut prêter serment, sur la croix etlÉvangile, en qualité dhéritier du trône. Cette cérémonie fut célébrée avecune grande pompe, en présence de lEmpereur et de la famille impériale, desgrands officiers de la couronne et du corps diplomatique, réunis dans lachapelle du palais. La formule sacramentelle du serment se terminait parcette prière : « Seigneur, Dieu de nos pères et Roi des Rois, enseigne, éclaireet dirige-moi dans la grande tâche qui mest réservée; que la haute sagessequi siège sur ton trône maccompagne ; fais-la descendre des Cieux pour queje puisse discerner ce qui est agréable à tes yeux et ce qui est juste selon leslois. » LImpératrice était émue; lEmpereur lui dit à voix basse, en lui mon-trant lhéritier du trône : « Nous sommes le passé, mais voici lavenir. » Cesmots étaient prophétiques. Nicolas pressentait que le temps nétait pas éloigné de grandes réformes devraient saccomplir, et quavec le règne dAlexandre,souvrirait une ère nouvelle ; mais il ne pouvait prévoir alors quel lourd héri-tage il léguerait à son successeur.

Dès sa première jeunesse, Alexandre II avait aimé les exercices militaires;parvenu à lâge dhomme, il se plaisait, à lexemple de son père et de sesancêtres, au spectacle dun champ de manœuvres. Dans les grandes Monar-chies militaires, lhéritier du trône doit avoir le goût des armes. LempereurNicolas lavait nommé chef de toute linfanterie des gardes, disant : « Il estbon que mon successeur se fasse connaître de larmée, qui aime à voir lesprinces sidentifier avec elle. » En 1850, il envoya Alexandre au Caucase,la Russie soutenait les luttes les plus meurtrières. Au mois doctobre, legrand-duc, se trouvant à la tête dun détachement de Kosaks, fut attaquépar un fort parti ennemi ; il chargea et, monté sur un excellent cheval, ilarriva le premier sur les montagnards, reçut leur feu, les dispersa aveclentrain le plus vigoureux et les poursuivit, le sabre aux reins. En le re-voyant, lEmpereur, charmé de ce trait daudace, lui dit : « Je sais de vosnouvelles; vous avez voulu voir de près si les Circassiens sont aussi bravesquon le prétend ; ils peuvent se vanter aussi de vous avoir vu en face, puis-que vous leur avez pris un drapeau, qui me rappellera votre premier faitdarmes. » La bravoure du grand-duc fut récompensée par la croix de Saint-Georges de quatrième classe.

Tel était le prince qui venait de monter sur le trône. Si la situation était

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