CHAPITRE III
Sommaire. — La France et l’Angleterre continuent leurs armements. — Difficultés qu’éprouve l’An,gleterre pour recruter son armée. — Louis-Napoléon apprend à Boulogne la mort de l’empereurNicolas. — Ne pouvant demander la paix, il voudrait que les puissances Allemandes obtiennent desconcessions de l’empereur Alexandre. — L’Angleterre veut la continuation de la guerre. — LordClarendon à Boulogne. — Souffrances et pertes de l’armée Anglaise. — La presse, le Parlement,l’opinion publique. — Lord Palmerston, premier ministre; son influence, ses projets. — Vues despuissances belligérantes au moment de l’ouverture des conférences.
La France et l’Angleterre, de leur côté, poursuivaient leurs armements. Ille fallait pour combler les vides que la guerre, les maladies et le climat,durant une saison rigoureuse, avaient faits dans les rangs de leurs troupes.
On comprenait, à Paris et à Londres, qu’on avait commis plus d’une erreuren entreprenant, au mois d’oclobre, le siège de Sévastopol. On s’était d’abordimaginé qu’on emporterait d’un coup de main le grand arsenal maritime dela Russie sur l’Euxin. On n’avait pas prévu la longue et vigoureuse résistancede la place ; on avait supposé que la Russie ne pourrait envoyer des renfortsimportants en Crimée. Les faux calculs des alliés devaient leur coûter cher.
Le gouvernement Français expédiait activement des secours de toute sorte ifson armée ; presque chaque jour, partaient de Toulon des bâtiments chargésd’hommes, de munitions, de vivres. Grâce à la bonne organisation des ser-vices de l’intendance, les troupes Françaises, à une si grande distance de leurpays, essuyaient peu de privations et ne souffraient pas trop des intempériesde la saison.
Depuis le commencement de la guerre, l’Angleterre avait envoyé en Orienttoutes les forces dont elle avait pu disposer. Son armée fondait à vue d’œil, etcomme le peuple Anglais, malgré les déclamations belliqueuses qui retentis-saient dans les meetings et dans les journaux, montrait généralement unegrande répugnance à s’enrôler, les recruteurs étaient dans la nécessité d’allerchercher, la bourse à la main, en diverses contrées de l’Europe et jusquedans l’Amérique du Nord, des hommes prêts à se vendre pour un salaire.