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L' empereur Alexandre II : vingt-six ans de règne (1855-1881) / par C. de Cardonne
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VINGT-SIX AXS DE RÈGNE.

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Tandis quils racolaient, dans des tavernes les plus mal famées de quelquescentres populeux des États-Unis, un ramas daventuriers pour en former unelégion étrangère au service de la Grande-Bretagne, le gouvernement du pré-sident Pierce, qui affichait haulement ses sympathies pour la Russie, éclataen menaces contre cette violation des lois de lUnion et demanda une répara-tion. Le cabinet de Londres dut désavouer des agents quil avait commis-sionnés, et les recrutements cessèrent. Quoique lAngleterre népargnât rienpour avoir des soldats, elle avait toutes les peines du monde à sen procurer.

La guerre, à notre époque, est bien plus dispendieuse quelle ne la jamaisété. Si Louis-Napoléon avait souhaité de mettre un terme aux sacrificesdhommes et dargent quelle coûtait à la France, la mort de lempereurNicolas lui en offrait une occasion qui semblait providentielle.

Lorsquil apprit cette mort, il était à Boulogne et venait de visiter lescamps de Saint-Omer et dIIelfaut. Aussitôt que lempereur Nicolas eut rendulâme, la nouvelle en avait été transmise par le télégraphe à Berlin et à LaHaye, d elle était arrivée à Paris, le 2 mars, dans laprès-midi, et on lavaitexpédiée, en toute hâte, à Louis-Napoléon. Il resta dabord muet de surprise,et, quoiquil se fût habitué à maîtriser ses émotions, son saisissement frappaceux qui lapprochaient. Puis, accoudé sur sa table de travail, la tête dans lesmains, il resta plusieurs heures comme enseveli dans ses réflexions.

La destinée lui donnait un sujet de bien graves méditations. Le monarque,qui avait eu des bontés pour lui, qui, pendant près de trente ans, avait étési puissant, si obéi, si glorifié, venait de terminer sa noble existence dans uneimmense tristesse et dans lamertume. Et lui, qui avait si longtemps parcouruune carrière aventureuse, il voyait la fortune le combler de ses faveurs etréaliser des rêves qui jadis auraient paru insensés! Quel constraste! De cetteplage de Boulogne, moins de quinze années auparavant, il avait essayé deporter, pour la seconde fois, la guerre civile en France, il tendait, par-dessusle détroit, la main dun allié à lAngleterre, dont la haine implacable avaitamené la chute de Napoléon, ot le peuple Anglais saisissait avec transportcette main qui lui était si utile! Léchauffourée de Boulogne, en couvrantLouis-Napoléon de ridicule, avait été, aux yeux de tous, le tombeau de sesespérances. Mais le sort, qui se joue des prévisions et des jugements deshommes, lavait tiré de labîme et pris par la main dans le dédale des ruineset des métamorphoses quune révolution avait produites, jusquau jour laFrance, prise de'vertige, acclamait, par des millions de voix, cet hommequelle avait accablé de dédains et de sarcasmes. Et il commandait en maîtreabsolu à cette France, après lavoir courbée sous le joug; il était adulé, exalté;il remplissait les deux hémisphères du bruit de son nom et répandait lagita-tion et lalarme dans l'Europe entière! Enivré de ses succès, aveuglé par sa