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L' empereur Alexandre II : vingt-six ans de règne (1855-1881) / par C. de Cardonne
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VINGT-SIX ANS DE RÈGNE.

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minée, celle qui voulait passer des théories aux actes, ne comprenait quequelques individus. Lorsque la police est parvenue à découvrir leurs retraites,à connaître leur organisation et les moyens dont ils disposaient, la surprise aété grande; on a vu que les ailleurs des attentats dirigés contre Alexandre Hétaient presque toujours les mêmes.

Mais ces éléments les plus impurs de la secte étaient aussi les plus éner-giques; ils finirent par entraîner les caraclères les plus faibles et ils senga-gèrent dans la voie néfaste de lassassinat. En 1878, une femme, Véra Zassou-litch, attenta à la vie du général Trépof, préfet de police, fonctionnaire actifet fort capable. Elle fut traduite devant le jury, qui, malgré les aveux delaccusée, rendit un verdict de non-culpabilité. Ce verdict était une insulte àla justice et au gouvernement. Il fut suivi, à quelque temps de, de lassas-sinat du général Mézentzof, ministre de la police dÉtat, homme sympathiqueet bon. Il fallait aviser. Les Oukases des 9 mai et 9 août 1878 vinrent en-lever au jury la connaissance des crimes et délits contre les fonctionnaireset déférer aux cours martiales les crimes contre lEmpereur, lÉtat et lesdépositaires de lautorité dans lexercice de leurs fonctions.

Ces mesures narrêtèrent pas les anarchistes. Au commencement de lannée1879, les crimes se succédèrent : ce furent lassassinat du prince Krapotkineet un nouvel attentat contre le chef de la sûreté générale. En même temps, lapolice dÉtat fut informée que les nihilistes complotaient de mettre fin auxjours du Souverain. Ces meurtres et ces menaces affligeaient beaucoupAlexandre II, parce que, sétant consacré entièrement au bonheur de la Russie,il aurait voulu recueillir laffection de tous ses sujets : doux rêve des âmesgrandes et tendres, presque toujours déçu. Mais, comme tout Romanof, ilétait inaccessible à la crainte.il chérissait, du reste, tellement sa liberté, quillui semblait en être privé, lorsquon prenait des précautions pour veiller à sasûreté. Sil sortait à pied ou en traîneau, il voulait être seul. Quand il faisaitsa promenade presque journalière au Jardin dÉté, suivi de son chien favori,on croyait voir, à distance, un officier de haute stature dans la force de lâge,marchant à grands pas. De près, limpression était différente : dans les der-niers temps de son règne, 'Alexandre II avait beaucoup vieilli ; ses cheveuxblanchissaient et son visage était mélancolique. Ses grands yeux dun bleu demer se dilataient, comme pour embrasser un plus vaste horizon, et le regardavait une fixité pénétrante. Le front se dégarnissait, et la pensée semblaitsélever vers linfini.

Les jours du Souverain étaient menacés. Le 2 avril 1879, pendant la prome-nade à pied quAlexandre II faisait seul chaque matin, près du Palais dIliver,un anarchiste, Soloview, profitant du moment personne ne passait, sap-procha de lEmpereur et tira sur lui cinq coups de revolver à bout portant.