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VINGT-SIX ANS DE RÈGNE.
hommes du régiment de Finlande, de grand’garde au Palais, furent frappésmortellement, et cinquante-six domestiques et soldats furent blessés. Un crid’horreur et de réprobation traversa l'Empire et le monde civilisé.
En Russie, le malaise était général. Le gouvernement semblait impuissantà prévenir des trames invisibles. Les mesures prises jusque-là avaient étéineflicaces : Alexandre II adopta d’autres moyens. Il institua une CommissionExécutive Suprême, chargée d’imprimer une direction unique à l’œuvre durétablissement de l’ordre public, et il plaça à la tète de l’institution nouvelleun homme de conciliation, le général Loris-Mélikof. Le chef de la CommissionExécutive fit appel au concours de tous les honnêtes gens et montra le pluslarge esprit d’apaisement. La crise sembla subir un temps d’arrêt ; le calmeet la confiance commençaient à renaître ; le cauchemar qui oppressait la na-tion paraissait se dissiper.
Le réveil devait être terrible. Les scélérats n’avaient pas désarmé. Profitantde la bienveillance du pouvoir, ils ourdissaient un complot auquel ils comp-taient bien qu’Alexandre II n’échapperait pas. Ils concertèrent les moyensd’atteindre l’Empereur, en pratiquant, au milieu de Saint-Pétersbourg, unemine qui éclaterait sur son passage, et en lançant sur sa voiture des projec-tiles explosibles. A cet effet, ils louèrent une boutique dans la petite Sado-vaïa (petite rue des Jardins), creusèrent activement une galerie souterraine,parlant de cette boutique et qui se prolongeait jusqu’au milieu de la rue,Dans cette galerie fut placée une charge de dynamile assez forte pour endom-mager la rue tout entière et faire sauter les maisons voisines de la boutique.
Tandis qu’une partie des conjurés travaillaient à la mine, d’autres, quiavaient des notions de chimie, fabriquaient des bombes explosibles. Leurspréparatifs étaient terminés à la fin de lévrier 1881.
Cependant, la police, qui était sur la trace de leurs menées criminelles,avait saisi quelques fils du complot. Le 27 février, elle arrêta André Jéliabof,conspirateur émérite, quoiqu’il ne fût âgé que de 50 ans, actif, entreprenant,dangereux, habile à embaucher des recrues pour la bande des assassins.Cette arrestation détermina les complices de Jéliabof à se hâter. Le 28 février,ils allaient, hors de Saint-Pétersbourg, faire l’essai des projectiles quidevaient être lancés à la main.
Le dimanche l er /l5 mars, jour fixé pour le crime, ils se réunirent à 9 heuresdu matin, et les rôles furent distribués par Sophie Pérovsky, demoiselle denoble famille, possédée de la monomanie du régicide, qui avait figuré dansplusieurs attentats contre la vie d’Alexandre IL On savait que l’Empereurirait au manège Michel pour y passer la parade du dimanche. S’il s’y rendaitpar la petite rue Sadovaïa, la mine éclaterait sur son passage et, s’il n’étaitpas atteint par l’explosion, desconjurés, placés aux deux extrémités de la rue,