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L' empereur Alexandre II : vingt-six ans de règne (1855-1881) / par C. de Cardonne
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ALEXANDRE II.

devaient lancer contre lui les bombes dont ils étaient munis. Que si lEmpe-reur ne passait point par la petite Sadovaïa, les porteurs dengins explosiblesdevaient, à un signal donné par Sophie Perovsky, aller au quai du canalCatherine et y attendre le retour du Monarque au Palais dHiver.

Dans la matinée, lEmpereur fut prié de ne pas sortir, et le comte Loris-Mélikof, ministre de lintérieur, qui avait la haute police dans ses attribu-tions, redoubla dinstances pour len détourner. Le ministre apprit à SaMajesté que Jéliabof, après son arrestation, interrogé par le procureur Impé-rial, avait refusé de répondre, disant à ce magistrat quil perdrait son tempsen réitérant ses questions. Jéliabof avait ajouté que, quoiquil fût entre lesmains de la justice, un attentat contre la vie de lEmpereur aurait lieu im-manquablement. Dans la violence de ses passions, Jéliabof donnait ainsi unavertissement qui commandait les plus grandes précautions.

Alexandre II resta sourd aux représentations et aux prières; il était lasdes mesures prises pour sauvegarder ses jours. Chrétien fervent, il necomptait que sur la Providence, et on la souvent entendu dire : « SiDieu ne me protège pas, je ne puis échapper à la mort. » Il voulut abso-lument sortir.

Vers une heure de laprès-midi, Alexandre quitta le Palais dIIiver, dansune excellente disposition desprit. Il donna lordre à son cocher de se rendreau manège, en traversant le pont des Chantres. Complètement satisfait de laparade, il se rendit, au sortir du manège, chez la grande-duchesse Cathe-rine, emmenant dans sa voiture le grand-duc Michel, son frère. Il resta unedemi-heure chez la grande-duchesse, et en repartit seul, en disant à soncocher : « A la maison, par le même chemin. » La voiture prit par la ruedes Ingénieurs, tourna ensuite par le quai du canal Catherine et marcha augrand trot. Quatre individus, porteurs dengins explosibles, étaient sur lequai, attendant le passage de la voiture Impériale. Lorsque Sophie Pérovskyavait su quAlexandre, en se rendant au manège, ne passait point par lapetite Sadovaïa, elle leur avait fait le signal convenu.

A deux heures 20 minutes, tandis que léquipage de l'Empereur courait lelong du canal, un jeune homme, de petite taille, lança sous sa voiture, àquelques pas de distance, une bombe quil avait portée dans un mouchoiret qui ressemblait à une boule de neige. Au même instant, on entendit uneviolente explosion, pareille à la détonation dune batterie dartillerie. Quel-ques personnes furent blessées, notamment deux Kosaks de lescorte, quigalopaient derrière la voiture, et qui tombèrent de cheval. Un nuage épaisséleva, formé de neige et de fumée, et tel avait été lébranlement, que lesvitres des maisons, de lautre côté du canal, furent brisées. Toutes les glacesde la voiture avaient volé en éclats, et larrière était en pièces. LEmpereur