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Il peut être utile de rappeler en peu de mots les rapports de laSuisse et de la France depuis l’origine de la Révolution.
On connaît les éléments hétérogènes de ce corps helvétique qui dutpeut-être la longue durée de son existence paisible au milieu des guerresde l’Europe, à ce qu’il était assez divisé pour ne pas se tourmenter lui-même par la conscience de sa force et pour ne pas inquiéter les autres,et cependant assez uni pour faire un vaste et respectable déployement derésistance en cas d’attaque ; il la dut sans doute encore à cette positionunique, au nom de qui se présentait une balance presque toujours égaleentre des besoins à satisfaire et des services à rendre et qui cachaitderrière des barrières presque infranchissables, un bonheur que personnen’avait intérêt de troubler.
La Révolution française a dû être vue sous des rapports bien diffé-rents, suivant que ses principes se trouvaient en contraste ou en harmonieavec les habitudes des pays et des gouvernements qui avait des points decontact avec la France. Il est impossible que malgré l’illusion du malheurqui empêche de blâmer sévèrement ceux que la destinée a trop punis, onne reconnaisse pas à toutes les époques de la Révolution française destraces de la haine plus ou moins habilement dissimulée des régences aris-tocratiques de la Suisse et surtout de celles de Berne et de Soleure.
Mais de la nature même de la constitution helvétique et peut-êtrede l’essence intime des formes républicaines qu’on retrouve encore long-temps tutélaires pour les peuples, lors même qu’elles sont corrompues etdénaturées par une influence aristocratique, il a dû résulter que la hainede ces Patriciens habiles ne se trahissait pas par les mêmes fureurs quecelle des Rois et de leurs ministres ; cette guerre a dû être et fut effec-tivement plus secrète, plus sourde ; — ces dispositions hostiles furent pluslongtemps contenues par la crainte, par l’intérêt qui voyait la neutralitéde la Suisse s’enrichir du séjour des fugitifs et des proscrits de toutesles époques de la Révolution Française. Ces motifs eurent assez de forcepour balancer pendant plusieurs années et les ressentiments du 10 août*) etles insinuations des Puissances coalisées et surtout les intrigues du cabinetde Londres, dont l’active prévoyance sentit de bonne heure qu’il lui im-portait d’établir des rapports presque contre nature, avec un pays donttout l’avait jusques là séparé, pour y établir une légation qui deviendraitun foyer de corruption et d’intrigues continentales.
Il est juste de ne pas oublier que, quand nous étions encore sur la routede cette gloire militaire dont nous avons atteint le comble lors des premierssuccès de la première coalition, il nous fut utile de voir toutes les partiesfaibles de nos frontières couvertes par le rempart de la neutralité helvétique.
*) Tag der Niedermetzelung der Schweizer Truppen in den Tuilerien.
(Anmerkung des Herausgebers.)