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Les consuls de la République française m’ont chargé de vous répéteren cette circonstance l’exposition du vif intérêt que votre patrie leurinspire, et du plaisir qu’ils éprouveront toujours quand vous les assurerezque l’elïet de sa volonté indépendante la mène au choix des moyens lesplus propres à la maintenir libre et à la rendre heureuse.
Votre note indique au gouvernement français, Citoyen Commissaire,que ceux qui viennent d’être appelés par la confiance nationale aux placesdu Gouvernement provisoire, sont tels que pouvait l’espérer l’Helvétiepour n’être plus exposée à des secousses, à des révolutions, à des mouve-ments d’aucun genre, jusqu’à ce qu’elle fixe elle-même et irrévocablementles bases de sa constitution définitive. C’est déjà une position heureuseque celle où la volonté nationale, se contente de ses premiers choix, pourdélibérer avec maturité les déterminations ultérieures, d’où dépendral’avenir de la République Helvétique, où l’on n’est pas en quelque sortecontraint par l’impatience d’un mécontentement actuel, à faire mal etpromptement ce qui pourrait se faire mieux et plus lentement.
Vous pouvez transmettre de nouveau à vos commettants, l’assuranceque le Gouvernement français est disposé à faire, pour le soulagement devotre pays, tout ce que les circonstances rendront possible, et que déjàles ordres ont été donnés, comme le Général Moreau l’a attesté à l’un devos compatriotes, pour extraire de France ce qui est nécessaire aux appro-visionnements de l’armée.
Les Consuls de la République ont reconnu, avec plaisir et sanssurprise, à la fin de votre note, l’expression des sentiments énergiques del’un des peuples les plus braves de l’Europe et les plus dignes de con-quérir par la victoire le bonheur et la paix, si la victoire est encorenécessaire.
Recevez, Citoyen Commissaire, l’assurance de ma parfaite consi-dération.
(signé) Ch. Maur. Talleyrand.
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Rapport du Ministre Talleyrand au premier Consul, sur la mission duCitoyen Reinhard en Suisse.
Plusieurs circonstances réunies contribuent à rendre importante lamission près la République Helvétique ; les malheurs de ce pays intéressentessentiellement la gloire de la France ; il dépend de notre nouveau systèmepolitique à son égard d’absoudre le nom français de tout le passé enmontrant que l’époque de la renaissance de notre liberté et de notre prospé-rité intérieure, a été aussi celle du retour sincère à une diplomatie équi-table et réparatrice.