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Analyse d’une Conversation entre Monsr. de Talleyrand, Monsr. Collin,Monsieur Dufrèsne de St. Léon, Messieurs les Maires de Rouen et deMulhouse, Monsieur Durand, Chef de Bureau.
Avant dîner, j’eus l’honneur de remercier S. Ex. de la permissionqu’il nous avait obtenu pour la sortie des chevaux. — Il me réponditen peu de mots, mais à la fin du dîner, il reprit cet objet et en conversaavec les personnages ci-dessus, je jouai le rôle d’auditeur muet.
Talld. Vous me remerciez de la permission que je vous ai obtenuepour la sortie de quelque chevaux : S. M. y a consenti avec plaisir. LeMinistre de l’Intérieur actuel m’a donné des facilités que je n’auraisjamais eu chez Chaptal.*) Ces hommes qui veulent toujours diriger etgouverner l’industrie, sont vraiment un mal pour l’Etat.
l)f. de St. L. Nous avons de grandes obligations à ce ministre.Il a procuré de grands avantages à nos manufactures et leur a rendutrès-à-propos le courage.
Dard. L’arrêté du 6 Brumaire vous a fait plus de plaisir qu’auxSuisses. Cependant il y a des personnes éclairées qui ne conviennentpas des principes qui y ont donné lieu.
Duf. de St. L. Les Suisses nous ruinent par leur commerce inter-lope, par leurs manufactures soutenues par le bas prix de leurs mains-d’œuvres. Cet arrêté a porté un coup mortel aux Anglais et je soutiensqu’il est sage.
Talld. Ceci n’est peut-être pas si facile à décider que vous vou-driez le faire croire, surtout si l’on veut plaider en même temps la causedu consommateur et du manufacturier. Quant à moi je ne vois pas encorebien clairement que cet arrêté soit d’un grand avantage, même pour lesmanufactures d’Abbeville et de Sédan.
l)uf. de St. L. C’est à nous d’en juger et nous avons voué beau-coup de reconnaissance au Gfouvernement qui nous soutient.
Talld. Depuis quand nos draps des premières fabriques ont-ils perdu de leur qualité ? depuis le système des Chaptal et autreshommes à théorie. Privilégier exclusivement quelques manufactures audétriment de la nation, est une injustice envers elle, et un moyen nui-sible, je le soutiens, à ceux que l’on veut favoriser. Quand je parle del’industrie, je n’ai pas toujours uniquement sous les yeux, Messieurs, les
*) Der berühmte Gelehrte und Minister war im Jahre 1804 von Napoleonentlassen worden, weil er sich nicht entschliessen konnte, den Rübenzucker, dessenFabrikation in Frankreich gehoben werden sollte, für besser zu erklären als denRohrzucker. (Anmerkung des Herausgebers.)