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Tl serait difficile d’indiquer les motifs qui ont provoqué toutes ces supplantations. A Fribourgaussi, où l’on fabriquait anciennement beaucoup d’étoffes de laine , la manufacture de cet articleest tombée en décadence , ainsi qu’à Bâle et à Schaffhouse.
11 serait injuste, comme je l’ai déjà fait observer, de mettre tous ces faits à la charge de la
liberté du commerce. En revanche , il vaudrait bien la peine de peser sérieusement la question de
savoir si la Suisse ne devrait pas faire revivre cette branche d’industrie en frappant de droits élevésles fins draps qui sont importés de l’étranger. Cela pourrait se faire sans qu’il fût besoin d’établirun système de douanes : car les draf»s étrangers seraient frappés d’un droit dans la vente en dé-tail. Relativement à cette industrie, le rapport me paraît essentiellement différent de celui qui con-cerne l’industrie linière, parce que la Suisse débourse annuellement des sommes très grandes poursa propre consommation de tissus de laine, ce qui n’a pas lieu au même degré pour la toile.
Comme d’un côté la Suisse possède tous les éléments pour l’industrie lainière , puisqu’elleproduit elle-même en partie la matière brute ou quelle peut s’en approvisionner aussi facilementque les Etats dans lesquels elle achète des tissus de laine; comme elle a une grande aptitude àl’industrie, qu’elle a une population industrielle nombreuse et qu’elle possède des capitaux dontelle peut disposer ; comme d’un autre côté il existe des craintes fondées que l’industrie cotonnière,pour autant que celle-ci ne s’occupe que de la fabrication d’étoffes simples, n’ait à lutter contredes difficultés toujours croissantes, il est certain qu’on peut soulever à cet égard la question desavoir si l’Etat ne devrait pas prendre des mesures pour faire refluer par des moyens artificiels
toutes les forces existantes sur une industrie qui trouverait un grand écoulement à l’intérieur et
qui, par là, mettrait en circulation dans le pays même des sommes considérables, payées actuellementchaque année à des Etats étrangers, qui n’achètent point ou en faible quantité les produits de l'in-dustrie suisse.
Si la création d’une ligne de douanes était nécessairement liée à la protection que l’on doitdonner à la manufacture indigène de la laine , je me prononcerais d’une manière absolue contreune protection de cette nature; car les désavantages moraux et économiques que cette ligne dedouanes ferait naître pour la Suisse, seraient incontestablement plus grands que les avantages quirésulteraient pour elle du développement de l’industrie lainière; la Suisse aurait en outre de la peineà supporter longtemps les tracasseries qui sont inséparables du système des douanes, tracasseriesqui sont d’ailleurs opposées à son esprit de liberté ; mais, comme je l’ai déjà insinué, on pourraitpeut-être atteindre le même but d’une autre manière ( J ). (*)
(*) Tegoborsky , Aperçu du commerce autrichien, page 63, porte la valeur de l’exportation annuelle, d’aprèsune moyenne quinquennale de 1837 à 1841,
Pour les étoffes de laine en Autriche dans l’Association douan. en France
à florins 6,511,000 à florins 18,687,000 à florins 20,360,700.
La valeur de l’exportation en plus dans la même période quinquennale est estimée :