188
versible par suite du refus d’une pareille admission, ne serait pas la bienveillance du peuple allemand, maiscelle d’une partie proportionnellement très petite de ce peuple, d’une partie qui serait, ou bien intéressée„ dans les manufactures où la concurrence anglaise pourrait survenir, ou bien qui se trouverait en ce quiconcerne les principes d’après lesquels les relations commerciales doivent être réglées entre deux pays,„ sous l’empire d’influences qui l’induiraient en erreur.
„ Je suis en outre d’avis que le meilleur moyen de faire naître une amitié réciproque et d’amener uneunion intime entre la Grande-Bretagne et l’Allemagne, ce serait d’abolir les entraves qui pèsent sur notre„ commerce d’échange et de diminuer les droits protecteurs actuellement existants, mais non pas de les éle—„ ver ou de les maintenir tels qu’ils sont.
„ Vous faites observer qu’actuellement l’opinion publique en Allemagne se prononce résolument et avec„ force en faveur des droits protecteurs ; que, relativement à l’objet de votre mémorandum, il est indifférent„ de rechercher si cette opinion est juste ou non, et qu’il s’agit purement et simplement de la question de„ savoir si elle existe ou non.
„ Malgré tous les égards que je dois à votre autorité , qu’il me soit permis de douter de la véracité„ de votre assertion que l’opinion publique en Allemagne se prononce décidément en faveur des droits pro-„ tecteurs. Si toutefois il doit en être ainsi, mon avis est entièrement divergent du vôtre qu’il est indiffé-„ rent de savoir si ces vues sont justes ou non. Si elles existent et qu’elles soient inexactes, il faut qu’elles„ soient combattues par ceux qui, en leur qualité d’hommes d’Etat, dirigent les délibérations publiques en„ Allemagne, ainsi que par ceux qui, en leur qualité de publicistes, savent éclairer l’opinion publique sur„ l’économie politique et les affaires commerciales et former la manière de voir de leurs concitoyens.
„ Je crois que des vues de cette nature sont décidément erronnées, préjudiciables pour l’Allemagne,„ préjudiciables pour l’Angleterre, et qu’elles empêchent une union intime que je verrais avec plaisir établie„ entre deux puissantes nations dont les intérêts politiques sont presques identiques, et pour ce motif je me„ sens obligé de vous informer franchement qu’en ce qui concerne le but recommandé par votre memoran-„ dum, je ne puis déclarer l’adhésion à des vues de cette nature de la part des pouvoirs régnant dans ce„ pays.
„ J’ai l’honneur d’être, etc. (Signé) Robert Peel. “
On s’expliquera facilement que le sentiment national se trouve pour ainsi dire lésé , lorsqu’onvoit que la Suisse offre la liberté de ses marchés à tous les Etats européens, tandis que ses pro-duits ou bien ne peuvent entrer dans ces Etats, ou bien n’y sont admis que moyennant des droitsélevés ; il ne faut pas s’étonner non plus qu’on réponde aux partisans du système de la liberté ducommerce en Suisse (comme cela a eu lieu récemment dans une brochure de M. l’ingénieur Sulzber-
ger) que la liberté du commerce de la Suisse ressemble à la liberté dont jouissent des moutons
parqués.
Mais si Ton examine la chose d’un peu plus près, on acquerra des idées un peu différentes.
Qu’est-ce qui constitue proprement le commerce ? C’est évidemment l’achat et la vente.