CHAPITRE XII. — DE L’iNTERRÈGNE DE 1672. 191
mandait en tous lieux avec ordre de la favoriser et de la laisserpasser paisiblement, elle partit de Paris au commencement du moisd’avril et prit le chemin de Lyon.
Madame de Longueville ayant eu avis des cabales et des distri-butions d’argent que M. de Mollondin faisait répandre par ses émis-saires, pour porter les peuples à la révolte et rendre Madame deNemours maîtresse de l’Etat, consulta M. le prince de Condé, sonfrère, sur ce qu’il y avait à faire dans ces circonstances. Il lui con-seilla d’envoyer à Neuchâtel M. le marquis de St-Micault, gouver-neur du château de Dijon, gentilhomme fort sage et de grandeexpérience, et avec lui le sieur Henri David, secrétaire de sescommandements, qui n’était de retour que depuis un mois, accom-pagnés en outre de M. Akakia, maître des requêtes. Leur ordreportait de se tenir sur la défensive et d’empêcher seulement queMadame de Nemours n’entrât dans les Etats, et d’y maintenir toutle monde dans le devoir.
Ils arrivèrent à Neuchâtel le 29 avril. On leur alla au devantavec les armes; quelques compagnies allèrent jusqu’à Couldré etd’autres jusqu’à Peseux, au nombre d’environ mille hommes, qui leurfirent la salve. Dès que le marquis de St-Micault fut arrivé, il re-présenta aux peuples que S. A. Monseigneur se portait bien, qu’onle verrait bientôt en ce pays, qu’on devait s’assurer de sa bien-veillance et de celle de Madame sa mère; que bien loin de nousmolester, on voulait au contraire nous faire du bien. Il ajouta même :„ Monsieur le prince de Condé vous salue,“ ce qui faisait voir qu’ilvenait à Neuchâtel par ses ordres. Outre cette douceur dont il usaitpour attirer les peuples, il était aussi fort sévère à l’égard de ceuxqui refusaient de se soumettre.
Madame de Nemours étant en chemin, envoya une lettre au con-seil de ville par un sien gentilhomme; elle contenait ce qui suit:
Chers et amés,
J’ai bien voulu vous apprendre ma venue en Suisse au sujet de mes préten-tions, lesquelles, quoique très justes, sont néanmoins extrêmement traverséespar quelques malintentionnés. Votre attachement inviolable pour moi et ma mai-son m’est connu, et il ne vous a sans doute pas permis d’approuver de si étran-ges entreprises. Je suis persuadée que vous n’avez pas oublié les bienfaits demes ancêtres. Aussi veux-je vous assurer de mes dispositions au bien et avan-tage de votre bourgeoisie et de tout le pays en général, dont je vous donneraides preuves dans la suite des fidèles services que vous me rendrez. Quant auxintérêts de Monsieur mon frère, ne doutez pas qu’ils ne me soyent chers, etplût à Dieu qu’il fût en état de profiter de la tendresse de mes sentiments.Mais ce qui vous est connu du passé et que vous apprendrez ci-après, vous feraconnaître que ceux qui s’opposent à mes intentions cherchent leur bien et nonpas le sien, et couvrent de son nom la poursuite de leurs propres intérêts. Voussaurez le reste lorsque je serai plus près de vous. Cependant soyez assurés do
LIVRE IL1673
Mad. de Ne-mours vient enSuisse.
MM. de St-Mi-cault, David etAkakia, en-voyés à Neu-châtel par Mad.de Longueville.
Comment ilssont reçus.
Lettre de Mad.de Nemours auconseil de villede Neuchâtel.