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Tome II: Les institutions
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AUTOCRATIE ET PREMIER MINISTRE.

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s’accordent à demander plus d’homogénéité dans le minis-tère, une telle innovation est difficilement conciliable avecles traditions autocratiques. Il est partout malaisé d’avoirun cabinet solidaire et homogène sans un chef effectif etune influence prépondérante, sans un président du Conseilou un premier ministre. Or, à l’inverse d’autres monar-ques absolus, les empereurs de Russie n’ont jamais eude premiers ministres. Sur ce point, ils ont, par instinct oupar système, toujours suivi la maxime de Louis XIY, aurisque de voir renouveler chez eux, avec plus de dommagepour le bien de l’État, le long duel des Colbert et desLouvois. Pour rester plus sûrement maîtres de leur pou-voir, pour garder, en fait comme en droit, la plénitude deleur autorité, les empereurs ont la prétention d’être leurspropres premiers-ministres. S’ils n’en ont pas eu tous,comme Pierre le Grand, Catherine 11 et Nicolas, l’énergieou la capacité, ils se sont, comme Alexandre II, appliquésavec un soin jaloux à maintenir une sorte de balanceentre leurs conseillers, à opposer les unes aux autres lesinfluences et les tendances, veillant à ne laisser à aucuneopinion, à aucun personnage, un ascendant prédominant.11 n’a fallu rien moins que les attentats répétés du nihi-lisme, que l’impuissance avérée de son gouvernement enface des complots d’une bande de jeunes gens, pour déci-der Alexandre II, dans sa dernière année, à réunir tousles pouvoirs en une seule main et à confier au généralLoris Mélikof une sorte de dictature.

Avec le régime autocratique, confessaient, en 1881, les plusimportants organes de la presse, il n’y a pas de place pourun premier ministre. A cet égard, Saint-Pétersbourg etMoscou, d’ordinaire en désaccord, semblaient du mêmeavis : «Chez nous,écrivait en mai 1881, l’une des premièresfeuilles de Pétersbourg, le Poriadok (Ordre), un premierministre ne pourrait être qu’un grand vizir ». Et cela estvrai, les rares hommes d’État, d’Araktchéïef, sous Alexan-dre 1 er , à Loris Mélikof, sous Alexandre II, qui ont joui