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Tome II: Les institutions
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LA. RUSSIE ET LES RUSSES.

d’une influence prépondérante, n’ont guère jamais étéautre chose. Un Richelieu ou un Bismarck n’est pasplus possible en Russie qu’un Cavour ou un Robert Peel.L’empire possède un chancelier, mais ce premier digni-taire de l’État est d’ordinaire confiné dans la politiqueétrangère, et n’a d’autre ascendant que son autorité per-sonnelle. L’autocratie est un soleil qui ne veut pointadmettre de satellite, de peur d’en voir son propre éclatéclipsé ou obscurci.

La Russie n’en sent pas moins le besoin impérieux d’uncabinet homogène, afin d’assurer au gouvernement l’unitéde direction qui lui a fait défaut jusqu’à présent. C’estpar là peut-être que commencera la transformation po-litique de l’empire. Un pareil conseil, avec ou sansprésidence officielle, changerait forcément toutes lesrelations du souverain et de ses ministres. Un minis-tère solidaire, collectivement responsable, prendrait fata-lement vis à vis de l’empereur une attitude d’indépen-dance inconnue jusqu’à présent; il traiterait bientôt avecl’autocrate de puissance à puissance. Pour le conserver aupouvoir, le tsar serait obligé de compter avec lui, de luilaisser le champ libre, parfois même de lui donner carteblanche. Le cabinet se sentirait peu à peu responsabledevant la société et le pays, autant que devant l’empereur.L’opinion serait pour lui comme une sorte de parle-ment en vacances,"dont il s’efforcerait de gagner la con-fiance. Unis et agissant de concert, en vertu d’un pro-gramme commun, les ministres, de quelques restrictionslégales qu’on circonscrive leur pouvoir, cesseraient d’êtreles simples instruments de la volonté souveraine. Le tsarpourrait se trouver presque réduit au rôle de souverainconstitutionnel, sans constitution ni parlement. Cetteréforme, en apparence si modeste, qui semble à tousurgente et nécessaire, implique au fond une sorte derévolution; peut être même qu’une fois adoptée enprincipe elle serait aussi difficile à établir et à faire