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En vain, le général d’Erlach tenta-t-il un dernier assautdepuis le Breitfeld, avec quelques centaines d’hommes, envain le sergent Pauli et le capitaine d’artillerie Steck font-ils des prodiges avec leurs canons. Quelques-uns se rassem-blent encore sur le Stalden. C’est alors, qu’au milieu desballes, Emmanuel de Watteville s’élance depuis la ville, àla rencontre de l’ennemi ; il lui apportait la capitulation deBerne, qui fut acceptée, et il préserva ainsi la cité d’unassaut et du pillage qui eût suivi. Dans l’après-midi decette même journée du 5 Mars, Schauenbourg faisait sonentrée à Berne.
Le général d’Erlach eut une triste fin. Il se hâtait degagner l’Oberland. En chemin, près de Wichtrach, des gensdu landsturm oberlandais l’attaquèrent, dans la pensée qu’ilstenaient un des traîtres. Ils étaient ivres ; ils s’emparèrentde lui et il mourut là, le corps percé de plus de vingt coupsde bayonnettes.
Peu de temps après, passait par la même route l’avoyerde Steiger qui avait combattu aux premiers rangs au Glrau-holz et que la mort avait respecté. On l’arrêta aussi. Ilouvrit son manteau et l’on vit sur sa poitrine la décorationde l’ordre prussien de l’Aigle noir. On reconnut l’avoyer etn’osa pas lui faire un mauvais parti. Il s’enfuit par l’Ober-land, traversa le Brünig et arriva en Allemagne, à Augs-bourg où il trouva un asile.
Les Français s’en donnèrent à cœur joie dans la villeconquise. Ils casernèrent leurs troupes, confisquèrent tousles approvisionnements et toutes les caisses publiques ; noncontents du trésor de l’Etat, ils frappèrent les familles ré-gnantes au pouvoir d’une exorbitante contribution de plusieursmillions, et emmenèrent sans le moindre égard douze otages,parmi eux le vénérable ancien avoyer.