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La fondation de la monarchie bourgeoise en Franceébranla partout le principe de la légitimité, qui avait ététenu si fort en honneur en 1815.
Les cantons aristocratiques de la Suisse se virent at-taqués dans l’intérieur et en dehors de leur territoire. Dansle canton de Berne, les villes de Berthoud, Thoune, Bienneet Porrentruy demandèrent à pouvoir participer au gou-vernement. Les deux frères Jean et Charles Schnell deBerthoud étaient à la tête de l’agitation. A Berne, où lesrelations ne leur manquaient point, le gouvernement étaitdésuni, un parti voulant faire des concessions, l’autre ré-primer le mouvement. Le G Décembre 1830, une proclama-tion du pouvoir annonça qu’une Commission était nomméepour examiner tous les projets et vœux qui seraient formésrelativement à la Constitution, ainsi que la réforme admini-strative et législative. Une Commission extraordinaire recom-mandait au Grand Conseil les nombreuses pétitions quiarrivèrent, concernant la souveraineté du peuple, la révisionde la Constitution, l’égalité des citoyens, l’abolition de tousles privilèges, la séparation des pouvoirs, la liberté de lapresse. Une Assemblée populaire convoquée à Münsingen(10 Janvier 1831], où Charles Schnell réclama l’électiond’une Constituante par le suffrage universel, précipita laruine du régime patricien.
Le gouvernement se sentait profondément blessé. Auxyeux de l’avoyer Emmanuel-Frédéric de Fischer, il n’yavait pas d’autre moyen que l’abdication pour éviter uneguerre civile; c’est ce que le Grand Conseil décida le 13Janvier 1S31 par 200 voix contre 19. Cette décision futrendue publique dans une proclamation, rédigée en termesdignes et élevés par l’avoyer.
Aussitôt après, la Constituante fut élue, et la nouvelleConstitution, consacrant les principes énoncés plus haut,