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LES COTES DU BREZILilir. Carte.

d’Afrique. Lors qu’ii voulut l’aborder il fut surpris d une violente Tempête qui le poussa dans un Havre pù il se trouva â couvert', &il 1c nomma â cause de cela Porto Securo » dont le nom est resté â la Capitanie. H visita en même temps les Ports de Mer voisins , endessina le Terrain , les Airs de Vent » & le Cours des Marées , dont il envoya une Relation au Roi de Portugal. Ce Prince fit rendregrâces á Dieu , & fit célébrer un Jour de réjouissance en mémoire d’une Découverte si importante. II envoya en fuite de temps en tempsdes Flottes pour reconnoître cette Terre , & fur les rapports uniformes de la bonté de ce Pais , le Roi prit la résolution d’y envoyerdes Colonies , & de le diviser en Capitanies , pour en consigner la Conduite á des Gouverneurs qui pussent policer les Sauvages qui vi-voient alors en brutes. Porto Sccuro sut la première de ces Capitanies, le Terroir y produit beaucoup de Sucre : il est si fertile en Grains& en Fruits, qu’il en fournit â ses Voisins , principalement à la Capitanie à'Ilheos , où il n'y a guéres que du Sucre , du Tabac, &des Bois de Teinture dont on fait grand Commerce.

La Capitanie de Baja de 7odos los Santos , prend son nom de la Baye où est Saint Salvador , sa Ville Capitale. Cette Baye ayant sonouverture à la Mer de huit ou dix lieues , & fa profondeur de douze , quinze , ou vingt brasses par tout, enferme plusieurs Isles, dontla plus avancée vers la Mer est Tapcrico. Cette Baye se fait encore diverses ouvertures , jufqu’á quinze ou vingt lieues dans les Terres,d’où elle reçoit les Rivières de Pitange , Geresipe , Cachera , & d’autres , avec chacune leur petit Sein. C'est le grand & général Portdu Brezil & qui en fait toute la force , avec Pernembue & Rio de Janeiro , car les autres Colonies & Gouvernemens font peu considé-rables en comparaison de ceux-ci. La Ville de Saint Salvador est en la Partie la plus Septentrionale du Golfe » fur une Coline , vers laMer Elle regarde son Port fait en demi Cercle, dont les deux pointes, ou extrêmitezont chacune leur Château ; celui de Saint An-toine vers la Mer , & celui de Tapesidc vers la Baye. Cette Capitanie est la mieux peuplée , & la plus riche de tout le Brezil : II y aquarante ou cinquante Moulins â Sucre , la plupart aux environs de cette Baye ; & par tout force autres Denrées du Pais. La Villede Saint Salvador est peuplée & grande , elle est Archiépiscopale , le Tribunal de la Justice de tout le Brezil y fait fa Résidence , de mê-me que le Viceroi. Le Collège des Peres Jésuites y est magnifique. En 162.2,. cette Ville fut prise par la Compagnie Hollandoise deWest-Inde , reprise par les Espagnols & les Portugais en 1625. & en fuite prise encore , & reprise à diverses fois ; cependant elle esttoujours restée florissante par le Commerce des Colonies dont elle est Capitale. Siregtppe est si peu considérable que la plupart des Au-teurs lui refusent la qualité de Capitanie ; elle a pourtant quelques Sucreries , quelques Plantages de Tabac , & beaucoup de Bois deTeinture. . ,

Pernembuco est une Capitanie qui a plus de soixante lieues de Cotes , & onze Colonies de Portugais , dont Olinde est la Capitale.Cette Ville est située fur la Côte , où elle a un fort bon Port qu’on nomme Baye de Pern embue ; elle a un Evêché Suffragant de SaintSalvador. Les Hollandois la prirent en 162p. ils la fortifièrent, & se rendirent Maîtres du Pais en i6zz. & suivans , mais les Portu-gais Pont entièrement reconquis vingt Ans après, & repris la Ville d’Olinde. Elle est située proche d’une Langue de Terre qui s’avan-ce vers la Mer , & au bout de laquelle est le Récif, Bourg peuplé , où les Navires chargent & déchargent leurs Marchandises. On aremarqué qu en chaque Année il sc tire de Pernembuc quatre-vingt » quatre-vingt-dix , & quelquefois cent Vaisseaux chargez de Sucrela plupart, & de Bois de Brezil. On a encore remarqué.qu’en l’espace de quatre Ans feulement, il s’est transporté d’Angola qui est de laBasse Ethiopie , dans cette Capitanie, quinze ou seize mille Esclaves, pour travailler au Sucre & au Bois de Brezil. Le Terroir y est gras,fertile & les Cannes de Sucre y viennent à plaisir dans les Colines & dans les Vallées , & le Bois dé Brezil se tire en quantité prodi-gieuse dans la Forêt qu’on nomme Grand Mato , qui est à vingt lieues d’Olinde. .. Toutes ces commoditez avec la bonté de ses Pâturagesfont que l’on appelle ce Gouvernement le Paradis du Brez.il. . t , ,

La Capitanie de Tamaraca fuit celle de Pernembuco. Les François l’ont possédée autrefois , & le Port dos Francez.es en retient encorele nom , mais les Portugais les en ayant chassez , ont bâti leur Colonie dans une Isle longue seulement de trois ou quatre lieues , & largede deux ou trois , la Capitanie ne s étendant guéres au dehors de cette Isle dont la fertilité est admirable. Les Hollandois en ontété les Maîtres quelques Années. ,

La Capitanie de Parayba a eu encore ses commencemens par les François dès l’An 15-84. les Portugais s’en saisirent bien tôt après , &fa principale Ville Parayba fut appellée par eux Philippine , ou Nostra Signora das Nieves , & par les Hollandois , quand ils en ont été lesMaîtres , Frederick-Stadt ; elle est à deux ou trois lieues de la Mer, là où la Rivière Parayba tombe z ayant deux Châteaux dessus lesdeux parties qui finissent & qui défendent son entrée : celui de la main droite est Capo Dela , ou le Fort de Sainte Catherine ; l’au-tre Capo del Nort, ou le Fort de Saint Antoine. Le Terroir de cette Capitanie est fort inégal en Montagnes, en Vallées, & en Cam-pagnes. Les Campagnes font pour les Sucres , les Vallées pour le Tabac , pour la Mandioche & pour les Fruits ; les Montagnes pourles Bois : les Terres qui sont cultivées rendent cent pour un. Les Pâturages nourrissent quantité de troupeaux de Bœufs , de Moutons,de Chèvres , de Pourceaux , & de Chevaux qui font d’un grand travail. II y a des Volailles de toutes sortes, entre autres des Perro-quets qui font excellens à manger. . , ,

La Capitanie de Rio Grande , ou de Potengi a encore été aux François , ils cn ont ete entierement chassez en 1601. Elle s’étend au-

tour du Coin qui joint la Côte Septentrionale avec la Méridionale : Les Portugais ont fait bâtir un Fort â la main droite de la Rivièrede Potengi, pour empêcher les François d’y entrer , comme ils en avoient grande envie , ayant découvert dâns la Partie Orientale decette Capitanie une Mine d’Argent, une autre d’Emeraudes , & de riches Salines. La Côte Septentrionale du reste de cette Capitanie,& les trois autres qui la suivent d’Orient en Occident, n’ont pas moins détendue fur Mer que les dix autres ensemble ; mais elles va-lent beaucoup moins. s

La Capitanie de Siara qui fuit celle de Río Grande , est d’une tres-grande étenduë , mais elle est remplie de Breziliens , les plus bar-bares de ceux qu’on trouve le long des Côtes. On en tire néanmoins du Cotton, du Cristal, des Pierreries, & plusieurs sortes de Bois.Le Terroir est aussi fertile en Cannes de Sucre qui ne fervent de rien â ces Barbares qui n’ont point de Moulins â Sucre. La Ville Ca-pitale qui se nomme Siara n’est pas grande , mais elle a un Château pour fa défense , & un bon Port â l’embouchure de la Rivière deSyope dans la Mer du Nord où elle est située. Les Peuples de la Côte qui s’étend jusqu’â lTfle de Maragnan , sc nomment Tapuyos;il sont si forts & si adroits à tirer leurs Flèches , qu’ils percent un ais à la portée du Fusil. Ils se régalent de la Chair humaine , demême que les *Toupinambous » & les Margajats qui font plus avant dans les Terres.

L’Isle de Maragnan donne son nom à la Capitanie qui suit celle de Siara. Cette Isle se trouve avec quelques autres dans un Golfed’environ ving-cinq lieues de long & de large ; elle a quarante-cinq lieues de circuit. Les François l’ont possédée à diverses sois , & yavoient bâti le Fort Saint Louis ; mais les Portugais les en ont chassez en 1614 & y ont bâti de nouveaux Forts. Cette Isle est bienpeuplée , l’Air y est sain Lc scrain , les Eaux excellentes , & qui ne se corrompent presque point. La Terre y est aussi fertile qu’il y enait en Amérique , elle soumit du Bois de Brezil, du Saffran , du Cotton , de la Teinture rouge , de la Laque , du Bat ne , du Tabac,& quelquefois de l’Ambre gris qu’on trouve fur la Côte. Le Terroir y est aussi propre au Sucre. Par l’Article XII. de la i^aix d’CJtrecht,la France s’oblige envers le Roi de Portugal, de ne permettre point à ses Sujets de Cayenne de faire Commerce dans le Maragnan. On ditqu’il y a des Mines de Jaspe , de Cristal blanc & rougeâtre , & qui passe en dureté les Diamants d'Alençon. [A l’Occident de Maragnan ily a l’Isle de Tapouytapera , ou le Pais des Tapouyes , dont la Mer étant haute fait une Isle , étant basse il n’y a plus que des Sables qui lasépare de la grande Terre. Cette Isle est bien peuplée , & son Terroir encore meilleur que celui de Maragnan. La Côte voisine est habitéepar des Tapouyes & par d’autres Peuples barbares qui décendent des Toupinambous ; ils ont plusieurs Villages Je long de la Côte qui esttrès-íertile , & qui s’étend depuis le Golfe de Maragnan jufqu’á la Capitanie de Para.

Para n’est qu’une petite Ville , Capitale de la Capitanie de ce nom , où les Portugais ont quelques Colonies peu considérables. Usy ont pourtant fait bâtir un Fort en quarré fur un Roc élevé de quatre ou cinq brasses hors du Sol ou du Terrain voisin. 11 y a toujoursen cet endroit quatre ou cinq cens Portugais qui recueillent le Tabac , le Cotton , & le Sucre qui croissent dans cette Capitanie. LaVille de Pcra est située fur l’embouchure de l'Amazone » à quarante lieues de la Mer.

L’Amazone est fans contredit la plus grande & la plus belle de toutes les Rivières que l’on connoisse , elle a environ huit cens lieuesde cours en droite ligne , & deux cens de recourbures ; elle est large , profonde , & fans chutes qui en empêchent la Navigation. Elleprend fa Source dans des Montagnes voisines de Quito Ville du Perou : a soixante lieuës de fa Source , elle a de ja plus d’une lieuë delargeur , & le grand nombre de Rivières qui s’y jettent l’élargissent tellement, que lors qu elle se décharge dans la Mer du Nord , ellea y o à 6 j licuësde largeur â son embouchure , dans laquelle on voit une fort grande quantité de petites Isles. Le premier qui a suivitout le cours de cette Rivière lui donna d abord le nom à'Orelban , à cause des grandes Oreilles des Peuples qui font consister toute leurbeauté à les avoir fort longues ; mais ayant vû dans son Voyage des Peuples armez , parmi lesquels il crut voir des Femmes , & s’ap-percevoir qu’elles commandoient aux Hommes ; cette Avanture rapportée en Elpagne , sit changer le nom de cette Rivière. On crûtqu’y ayant des Femmes guerrières fur ses Bords » 011 ne pouvoir lui donner de nom plus convenable que celui de Rivière des Amaz.ones,& on appella pour la même raison le principal Pais qu’elle arrose le Pais des Amazones. C'est une très-vaste Région. On n’a que quelquelegére connoissance des Terres & des Peuples qui sont lc long de la Rivière ; on dit que l’Air y est, assez tempéré , que Ic Terroir est fortfertile en Fruits , & qu’il produit quantité de Tabac , des Cannes de Sucre , du Cotton , & de l’Oriquc dont on teint l’Ecarlate : qu’ilest fort peuplé , & que ses Habitans font bazanez ; mais moins brûlez que les Breziliens. II y en a qui font naturellement doux , debonne foi, & qui vont presque tous vêtus de Cotton , mais il en a d’autres qui font cruels & Antropophages. Comme les JésuitesMissionnaires sont entrez depuis quelques Années dans ce grand Pais , on espère qu’ils en donneront bien-tôt des Relations. On faitqu’il est borné au Levant par le Brezil, au Midi par le Paraguay , au Couchant par le Perou » & au Nord par la Terre-ferme , & par

la Guyane que l’on peut voir au commencement dc la Carte suivante, Lc où Ton verr^dans l’Explscation le détail des Marchandises qu’onporte de l’Europe en Amérique.