INDIARUM OCCIDENTALIUM Tractus Littorales,"
cum INSULÍS CARIBICIS.
Régions Maritimes des INDES OCCIDENTALES &des ISLES CARIEES, ou ANTILLES.
VingUsepùkme Carte qui représente les Isles Caribes , ou les grandes Antilles, les Lue aye s, les Bermu-des, &c. les Côtes les plus Occidentales de la Terre-ferme , Qs de la Nouvelle Espagne sur la Merdu Nord , avec celles du Golfe de Mexique , de la Floride ou Louisiane , de la Caroline, de la Virgi-nie , & du refte de la Nouvelle ^Angleterre. On explique les Forces Navales du Roi d'Espagne pourle Négoce des Indes Occidentales, & on donne une courte Description du Canada ou Nouvelle France ,
EXPLICATION
L Es Antilles , ou les Isles qui ont été découvertes avant la Terre-ferme , ayant été divisées en Grandes & Peti-tes ; 6 c les petites Antilles ayant été expliquées par la Carte précédente, nous devons donner ici Pexplication desgrandes Antilles . dont la première 6 c la plus Orientale estPorto-Ricco , près de laquelle est la petite Isle de SaintLhomas qui appartient aux Danois , où ils cultivent des Sucres , mais c'est une Colonie peu considérable.Porto-Ricco est une Isle qui peut avoir trente lieues de long , & seize de large ; elle a été découverte par Christo-phe Colomb l'An 1493. Sc elle appartient aux Espagnols. L’Air y est assez tempéré , & le Terroir fertile ; elle aeu de riches Mines d’Or 6 c d*Argent qui lui ont fait donner le nom de Porto-Ricco , mais elles font épuisées , ouabandonnées ; on trouve pourtant encore des grains d’Or dans quelques Torrents. Son Commerce consiste en Cuirs,en Tabacs , & en Chairs salées. On trouve aussi dans cette Isle quelque peu de Sucre , de Gajac . 6c de Sel. Sa VilleCapitale est San Juan de Porto-Ricco , située fur la Côte Septentrionale où elle a un fort bon Port, où les Flottes 6 cles Galiions viennent fe rafraîchir en venant d'Europe. Elle donne son nom à toute l’Isle ; elle est éloignée de trentelieues de Piste d’Hispaniola qui la suit vers le Couchant.
Hispaniola , ou Saint Domingue, est une des grandes Antilles, on lui donne 1500 milles de circuit , qui font cinqcens lieues. L*Air y est si tempéré , Le la Terre si fertile , qu’elle y produit au centuple dans les lieux où elle est culti-vée , mais il y a des vastes Contrées qui font désertés , parce que les Espagnols y ont fait périr plus de trois millionsd’Américains. Les lieux déserts ne font pourtant pas entièrement inutiles ; on y trouve de grands Troupeaux de Pour-ceaux , Le de Bœufs qui font devenus sauvages , 6 c qu’on va tuer pour en avoir la Peau, fans se soucier de la chair qu’onlaisse sur la place , parce qu’on en a suffisamment d’autre. On tire de cette Isle quantité de Sucre , du Gingembre , deP Ambre gris , des Cuirs, de la Vanille Sc du Bois de Nicaros. 11 y a aussi des Mines d’Or 6 c d’Argent, mais on n’ytravaille pas beaucoup. Au reste , cette Isle est partagée en deux grandes Parties , par une grande Chaîne de Monta-gnes qui la traversent toute entière du Nord-Est au Sud-Oùest. Les Espagnols possèdent tout ce qui est à P Orient desMontagnes , 6 c leur Ville Capitale est Saint Domingue Hui est située fur la Côte Méridionale de Piste. Cette Ville a unbon Port, une bonne Citadelle , une Université , une Chambre des Comptes , une Cour des Monnoyes , une Audien-ce Royale, dont le Président ne dépend que du Roi d’Efpagne , & un Archevêque qui prend le nom de Primat des In-des. La Partie qui est au Couchant de la Montagne a été occupée depuis long-temps par les François qui y ont les pe-tites Colonies du grand 6 c du petit Gouave , de la grande 6 c de la petite Ance. Le grand Gouave est un Bourg bien peu-plé , situé fur la Côte Méridionale d’un grand Golfe qui s’avance dans la Côte Occidentale de Piste. Les François ontune autre Colonie , avec un bon Port du même nom fur la Côte Septentrionale du même Golfe , 6 c pour la distinguerde celle-ci, ils Pappdlenc le petit Gouave. Ils en tirent quantité de Sucre , des Cuirs , 6 cc. 6 c font Négoce de Con.trebande chez les Espagnols. 11 va jusqu’à trente-cinq ou quarante Vaisseaux par An de France à Piste de Saint Domin.gue , où les François s’érendent tous les jours , 6 c y font déja très-puissans.
La Jamaïque fut découverte par Christophe Colomb P An 1494. 6c possédée par les Espagnols qui la nommèrent ì'IJlede Saint Jaques , & la dépeuplèrent presque entièrement. Les Anglois en font les Maîtres depuis PAn 1654. Leur prin-cipale Habitation est Port-Royal , dont le Port est un des meilleurs de P Amérique , 6 c le Château qui en défend l’entréetrès-bon 6 c bien muni. La Ville est située au bout d’une longue Pointe de Terre qui fait le Havre ; elle est si peuplée,que les Maisons s’y louent presqu’aussi cherqu’à Londres ; c’est la Bourse du Trafic de toute Piste , qui est divisée en14 Paroisses , & contient environ 1000 Plantages considérables. Les Marchandises de Piste font le Sucre , le Cacao,l’Indigo , les Cuirs , les Chairs salées , le Cotton , le Tabac , les Bois de Teinture , les Ecailles-Tortués . 6 c quelquesDrogues. Mais son principal Négoce est la Contrebande avec les Espagnols. Sa Ville Capitale est Saint saques au 17.Degré 30 Minutes de Latitude Septentrionale. La Jamaïque contient sept millions quatre cens cinquante Arpens de Ter-re , dont il y en a six millions d'Arpens qui font labourables. L’Air y est assez tempéré & fort sain ; l’Eau des Riviè-res y est chargée de Limon, & il faut la filtrer au travers des Pierres spongieuses faites en forme de Marmittes & de Chau-drons. Entre la Jamaïque & la Grande Terre du côté du Midi il y a quelques Isles qu’on fréquente rarement, parceque cette Mer est rem plie d’Ecueils . de Rochers , 6c de Bancs de fable. Mais entre la Jamaïque, Cuba, Sc Saint Do-mingue , il y a un Passage fort commode pour naviguer vers le Nord. Les Anglois s’en servent ordinairement pour s’enretourner en Europe par les Lucayes qui font désertés 6 c inhabitées , Sc montent avec le Courant jusques vers les Bermu-des dont ils font aussi les Maîtres. Elles font entre le 32. & le 33. Degré de Latitude Septentrionale , au nombre d’envi-ron 400 petites Isles qui forment une espèce de Croissant, dans une espace de sept ou huit lieues : celle de Saint Geor-ge est la principale , 6 c contient environ 1000 Maisons. On y cultive beaucoup de Tabac $ la Terre y est fertile en tou-tes fortes de Fruits , & on pêche des Perles fur les Côtes.
Les Isles Lucayes ou de Bahama qui appartiennent aux Anglois font quelquefois renfermées fous les Antilles , maiselles ne font d’aucune considération pour nous , étant inhabitées Lc Sauvages. Lucayonette en est la plus Septentrionale *elle a donné à ces Isles le nom général qu’elles portent : Bahama qui en est éloignée de huit lieues vers le Couchant,peut en avoir treize de long , & huit de large , Sc elle donne son nom au Canal de Bahama qui a quarante-cinq lieuesdu Septentrion au Midi, 6c environ vingt-cinq dans fa moindre largeur. 11 est à [craindre à cauíe des pointes de Ro-chers dont il est environné Sc des Tempêtes qui s’y élèvent souvent, Lc qui font violentes. C’est pourtant le Passageordinaire des Galiions Lc des Flottes de la Nouvelle Espagne , lors quils retournent à Cadix. Les Anglois ont eu uneHabitation dans Piste de la Providence , mais elle fut ruinée en 1703.
Gmnahani . ou Saint Salvador . est une Isle célébré dans l’Histoire de la découverte de P Amérique. Elie est la pre-mière Terre où Christophe Colomb arriva PAn 1492. il lui donna le nom de Saint Sauveur, parce que cette découvertelui sauva la Vie , que les Espagnols , désespérant du succès de leur Voyage , lui vouloient ôter. Cette Isle étoit bienpeuplée quand les Espagnols y arrivèrent, mais ils Pont rendue déserté en enlevant ses Habitans pour les faire travailleraux Mines de la Terre-ferme. Elle a pourtant un beau 6c grand Port qui est souvent fréquenté par les Anglois, elle estvoisine de Tuma - que quelques Géographes appellent la Cottonniére , à cause qu’elle abonde en Cotton. Samana qui
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