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88 Côtes des Indes Occidentales, & des Isles Caribes, X X E* II. Carte.

est proche da Tropique du Cancer, est encore au Pouvoir de ses anciens Habitans. Fumet - c’est à dire , la petite Yumaest auíli près de ce Tropique , Sc c’est entre ces deux Isles que passent les Vaisseaux qui retournent de la Jamaïque enAngleterre.

Cuba est la plus grande des Antilles. Christophe Colomb qui la découvrit au second Voyage qu'il fît en Amérique,lui donna le nom de Ferdinando , àl’honneur de Ferdinand Roi d’Arragon : mais on ne lui donne aujourd’hui que sonancien nom de Cuba , ou quelquefois celui de Havana , qui en est la Ville Capitale. Cette Isle s’étend du Couchant auLevant depuis le Golfe de Mçxique - jusques vers i’Isle d’Hispaniola ou Saint Domingue , dont elle est séparée par unCanal de dix-huit lieues. Elle peut avoir environ 250 lieues du Couchant au Levant ; mais fa largeur ne va pas au des-sus de quarante lieues , ni au dessous de douze ou quinze. L’Air y est assez tempéré Sc sain. Le Terroir chargé do Mon-tagnes , dè Lacs , Sc de Forêts , ne laisse pas d’être assez fertile en plusieurs endroits. II nourrit fur tout une très-gran-de quantité de Bestiaux. On y trouve un Arbre particulier nommé Ganinga qui sest répandu de là dans les Isles voisi-nes , Sc dont l’Ecorcea le goût de la Canelle Sc du Girofle ; on s’en sert pour assaisonner les Viandes , 8 c aussi pourRemèdes. II y a des Cedres d’une si prodigieuse grosseur . qu’un seul étant creusé peut servir de Canot, ou de petitBateau aux Insulaires . & peut même contenir jusqu’à cinquante hommes. 11 y a des Mines de Cuivre fort abondantes,il y en doit avoir aussi d'Or r puis qu’on en trouve du plus sin dans ses Rivières. On remarque encore deux ou troischoses fort singulières dans cette Isle ; la Chair de Pourceau y est la plus faine de toutes, Sc celle dont on se sert ordi-nairement pour faire du Bouillon aux Malades. On trouve entre la Ville de Saint Jago - & celle de Saint Salvador, uneVallée toute pleine de Cailloux si. parfaitement ronds , qu’on peut s’en servir pour Boulets de Canon ; enfin cette Isle,Sc quelques petites qui font fur Íe 4 Cotes , du coté du Midi, ont des Tortues si grandes , qu’on assure qu’ii y en a furlesquelles cinq hommes peuvent se placer . sans les empêcher de marcher ; Sc il y en a une si grande quantité que les Es-pagnols les salent, Sc en font partie des Provisions de leurs Flottes. On tire de cette Isle du Tabac., du Gingembre , dela Casse , des Bois de Teinture , de l’Ebene , du Mastic , de T Aloès , de la Salsepareille , du Sucre , des Cuirs , duCuivre , Sc de l’Or. Les Colonies que les Espagnols y ont, font Saint Jago , Saint Salvador , Lanta Crux , SpirituSanto , Barocoa , Sc quelques autres de moindre considération ; mais la Havana en est la Ville Capitale. Elle est bienfortifiée Sc défendue par une bonne Citadelle où le Gouverneur fait fa Résidence. Sa situation est sur la Cote Septentrio-nale de l’Isle , vis à vis la Presqu’Isle de Tegesta en Floride. Elle a un Port fort grand Sc fort seur , dont l’entrée est siétroite qu’il ne peut y entrer qu’un Vaisseau de front, elle est défendue par deux Châteaux qui sont situez sur ses deuxbords. On a fortifié ce Port avec foin , parce que les Flottes du Roi d'Espagne s’y retirent, Sc que c’est le lieu où s’as-semblent tous les Gallions , & les autres Vaisseaux de l’Amérique Espagnole pour venir de Compagnie en Europe. II ya encore quelques autres Ports fur cette Côte Septentrionale, mais ils font peu fréquentez » à cause du grand nombred'Ecueils & de Bancs de fable qu’on rencontre entre les Isles Lucayes Sc cette Côte où il y a des Fontaines de Bitumeprès de Porto del Principe , dont on se sert au lieu de Poix pour calfeutrer les Vaisseaux. Ce Port est vers la Pointe.Orientale de lTsle , de même que Baracoa , dont les Montagnes fournissent de l’Ebene Sc du Brezil ; mais son Port nepeut recevoir que de petits Vaisseaux. Entre Porto del Principe qui est fur la Côte du Nord . Sc Saint Jago fur la Cô-te du Sud , il y a au milieu des Terres la Ville de Saint Salvador qui est la meilleure Place de l’isle , à cause de la ferti-lité des Campagnes qui i’environnent » & de la bonté de P Air. Saint Jago n’est qu’une petite Ville , mais elle a unPorc fort grand 8 c fort seur , défendu par une Citadelle , Sc a aussi un Evêché Suffragant de Saint Domingue.

Après avoir ainsi parcouru les Isles , il faudroit présentement reprendre la description des Côtes de la Terre-ferme auLac de Marcaybo où l’on est reíìé à la Carte précédente ; mais comme les Espagnols font un Négoce prodigieux dans toutecette Mer , il est à propos de parler des Forces Navales qu’ils y employeur.

Farces Navales des Espagnols pour le Négoce Çtf la Navigation de la Nouvelle Espagne.

Les Gallions font au nombre de douze , qu’on appelle les douze Apôtres , du port de 1000 à 1200 Tonneaux chacun,11 s partent ordinairement de Cadix au Ni ois de Septembre , Sc passent aux Canaries , dont le Gouverneur est obligé de dé-pêcher une Barque à Cadix pour notifier leur Passage. 11 s vont en fuite par le Golfe ou la Mer des Dames , nomméeaussi la Mer de Sargasse , marquée en la Carte XVII. par la hauteur du 25. ou 26. Degré de Latitude Nord , jusques au12. Degré - qu’ils prennent la Route décrite tout jà fait en la présente Carte ; mais pendant la dernière Guerre , cetteRoute a été changée . par la crainte des Armateurs, Sc les Gallions ont passé à Porto-Ricco pour y prendre Langue, dé-bouquant en fuite entre les Isles de Porto-Ricco Sc de Saint Domingue , pour gagner la hauteur du Cap de la Pela , &poursuivre la Route marquée. Ils restent deux Mois à Carthagene où est la première Foire , Sc où abordent toutes lesRichesses du Popayan & de Terre-ferme. De là ils passent à Porto-Bello où est la seconde Foire , 8 c il s’y fait en sixSemaines pour quarante ou cinquante Millions de Commerce avec les Marchands du Perou Sc de Terre-ferme qui y vien-nent . comme on l’a marqué en la Carte XXIII, page 77. Les Gallions reviennent en fuite pour la seconde fois à Car-thagene où est la troisième Foire , pour y vendre les Marchandises qui leur restent, Sc retourner en Espagne par la Rou-te de la Havana où ils arrivent en vmgt-trois ou vingt-quatre jours , Sc delà à Cadix en deux mois ; ils prennent la hau-teur du 40. Degré , laissant à gauche les Azotes , Sc attrapent la hauteur He Saint Lucar fans grande difficulté. Ils fontordinairement vingt-cinq ou trente lieues par jour allant de conserve.

La Flotte est d’une vingtaine de Vaisseaux. Elle va à droiture de Cadix à Porto.Ricco où elle se rafraîchit sept ou huitjours , & va en fuite à Fera Crux dans le Golfe de Mexique , où l'on débarque les Marchands Sc les Marchandises pourla célébré Ville de Mexique , dont on a dit quelque chose page 75. 8 c qui est éloignée de quatre-vingt lieues de VeraCrux. Les Vaisseaux font obligez d’attendre que la Vente ou la Foire de Mexique soit finie, Ôccela dure ordinairementhuit ou dix Mois avant que les Marchands soient de retour avec leur Or , leur Argent, leur Cochenille , Sc les autrestrès-précieuses Marchandises. Quand le tout est embarqué . la Flotte va à la Havana où est le Rendez-vous pour Avrilou pour Septembre , après quoi la Mousson est passée pour retourner en Espagne.

La Flottille prend la même Route , Sc fait le même Commerce que la Flotte. Elle est composée de la Capitane , del’A mirante , & de la Patache , avec deux ou trois autres petits Vaisseaux.

Les Ajsogues , ou Vaisseaux de Buenos Ayres , font au nombre de deux ou trois. II en a été parlé dans la page 80.

Les Regijíres , font deux Vaisseaux qui vont tous les Ans faire Négoce à la Côte de Caraqnes , comme on l’a marquéà la Carte précédente. L’un va à Commana Capitale de la Nouvelle Andalousie, l’autre à Guayra Capitale de Venezuela.Et outre ces deux Vaisseaux , il y a encore la Patache de la Marguerite qui va à cette Isle négocier au profit de la Reined'Espagne qui a une Portion de la Pêche des Perles qui s’y fait, & qu’on appelle ses Epingles.

La Hourque Sc la Patache des Honduras font du port, l’un de 1000 , l’autre de 500 Tonneaux ; ils font leur Négo-ce à Porto de Cavallos j Sc y chargent les précieuses Marchandises de l’Audience de Guatimala, consistant en Or , en Ar-gent , en Indigo, en Drogues précieuses , en Quinquina , en Salsafra , en Salsapareille , de l'Ambre - beaucoup deCire , 8 c des Cuirs. Tous ces Vaisseaux viennent Sc retournent par la même Route que les Gallions. II doit partir troisfois l'An une Patache de la Havana pour porter les Lettres de la Nouvelle Espagne à Cadix. Cette Patache a ordinai-rement 60 à 70 grands Coffres remplis de Lettres. Elle accompagne souvent les Gallions ou les Flottes.

L*Escadre - ou l’Armadille de Barlovento , est à Carthagene , composée de huit Vaisseaux pour la seureté des Côtes,Sc donner la chasse aux Navires Anglois , François, Hollandois , Sc autres que font la Contrebande , ou négocient encachette avec les Américains Espagnols.

Les Vents règnent toujours de l’Est-Nord-Est - depuis les Côtes de la Caribane , en forte que les Vaisseaux peuventfacilement décendre entre les Isles de Barlovento 8 c de Sottavento pour gagner la Mer ôc le Golfe de Mexique , mais ils

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