9
disaient « qu’il vaudrait mieux que la science manquât dans unmédecin que la probité, parce que d’honnêtes mœurs peuvent suppléerà l’art qui manque, par le conseil de médecins plus instruits; mais,ajoutent-ils, la malice peut corrompre et rendre pernicieuse la sciencela plus parfaite. »
Jusqu’au milieu du siècle dernier, la plus ancienne faculté demédecine de France avait aussi conservé le serment d’Hippocrate .« Aegrorum arcana, visa, audita, intellecta eliminet nemo », disaientl’art. 77 des statuts de 1171 et l’art. 19 des statuts de 1600 de lafaculté de Paris . C’était aussi l’art. 46 des statuts de la faculté deReims et l’une des formules du serment des licenciés de la facultéde Caën . C’est enfin encore de nos jours l’une des stipulations ca-pitales du serment que les médecins prêtent, lors de leur promotion,à Liège : « Audita vel visa inter curandum, nisi reipublicæ ea efferriintersit, silentio suppressurum. »
Tous les casuistes, appliquant les préceptes de l’Ecriture sainteaux secrets de la médecine, ont prononcé unanimement que tousceux qui sont consultés en qualité de médecins ne peuvent révélerce qui leur est confié, parce que, disent-ils, le préjudice que la re-ligion et le public en souffriraient et les troubles qui en seraient lasuite sont d’une considération à laquelle toute autre doit céder.Codronchius, Sylvaticus, Ranchin, Zachias et autres prétendent avecinfiniment de raison « que les médecins, confesseurs des corps sontobligés au même secret que les confesseurs des âmes ».
Cette grave question du secret professionnel a aussi toujoursvivement préoccupé les médecins, et nous voyons le congrès médicaltenu à Paris en 1845 charger une commission de lui faire un rap-port sur ce sujet.
Bayle, rapporteur de la commission, après avoir attiré l’atten-tion du congrès sur l’importance même de la question, s’exprimaitainsi : « Que deviendraient la sécurité des familles et la dignité dumédecin si l’on voulait admettre des restrictions dans l’inviolabilitédu silence, s’il pouvait se mêler des craintes de délation aux épan-chements de la confiance du malade, si en appelant auprès de soiun consolateur et un ami, le soupçon pouvait naître qu’on a peut-être rencontré un dénonciateur. »
Qui ne conçoit, en effet, que du jour où une doctrine plusfaible serait acceptée, du jour où il serait dit et proclamé que des