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Etude médico-légale sur le secret médical / par L. Crevoisier
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comprennent la grandeur et la dignité de la médecine, la médecinedoit tendre à devenir une science sociale, une profession sociale ; cene doit pas être seulement un art bienfaisant, mais encore et sur-tout une magistrature des familles.

« A ce point de vue, la question sélève et saggrandit. Le mé-decin consulté pour une question de mariage ne considère pas seu-lement Vindividu, il se préoccupe surtout de 1espèce-, son œil pré-voyant perce lavenir et il voit les générations futures quun motde sa bouche peut laisser dans le néant ou vouer à toutes les torturesdune existence pathologique.

« Faire abandon de ce droit de la science et de la prévoyance,cest abdiquer le plus beau rôle que le médecin ait à remplir, sonrôle social.

« Par cela même que la loi imprévoyante permet tout, ne dé-fend rien et laisse, dans le mariage, au point de vue qui nousoccupe, une liberté sans limites, par cela même la médecine, si ellene doit pas spontanément intervenir, ne doit pas non plus se tairequand elle est interrogée. Ministre et interprète de la nature, lemédecin doit imiter la nature, dont les fins tendent moins encore àla conservation de lindividu quà la conservation de lespèce.

« Or, nous le demandons à nos honorables confrères, quoi deplus charitable, de plus humain et de plus social que de soustraireune femme et des enfants à linfection syphilitique, que de préserverdes générations entières des tristesses des maladies héréditaires, desmisères de la scrophule, de la phthisie, des lamentables éventualitésde lépilepsie et de laliénation mentale ?

« Et le médecin qui aurait rendu cet immense service à unefamille et aux enfants qui pourraient naître dun mariage malheu-reux, ce médecin serait coupable?

« La question est grave ; il nous semble voir les médecinsabdiquer eux-mêmes leurs plus belles prérogatives, leur influence,leur action, la confiance quils inspirent aux familles et cela parcrainte dune pénalité correctionnelle ou civile que personne najamais invoqué, que personne très-probablement ninvoquera ja-mais et que les tribunaux, certainement, tenant compte de lin-tention, du but et des conséquences ne seraient jamais disposés àappliquer.

« En tout état de cause, placé entre un devoir social évident