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Etude médico-légale sur le secret médical / par L. Crevoisier
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Nous trouvons à ce sujet, dans le compte rendu des travauxde la Société médicale de la Charente-Inférieure, pour les années1867 et 1868, le curieux passage suivant: «Deux médecins soup-çonnant un empoisonnement criminel hésitent à prévenir la justice;ils appellent un des membres de votre Société en consultation, pourprendre son avis. Votre collègue, se basant sur ce que le médecina pour mission de guérir ou tout au moins de soulager celui quilappelle, et non de remplir les fonctions dofficier judiciaire en re-cherchant des coupables, sest prononcé pour labstention la pluscomplète. Vous avez été unanimes à approuver sa conduite. Uncrime surpris par nous dans lexercice de notre art devient un secretprofessionnel, quà défaut de notre conscience, la loi et les arrêtsdes cours supérieures nous obligent à garder. »

Cette théorie est évidemment inacceptable. Comment ! si le mé-decin na point été dépositaire de ce secret, sil a été témoin dunacte qui lèse la société, qui poite atteinte à la grande famille hu-maine, il devra garder le silence par cela seul quil est médecin !Mais la loi noblige pas à garder un secret qui na pas été confié,un secret qui nexiste pas.

Lamennais, consulté sur cette importante question, sexprimaitainsi : « Le confesseur est tenu au secret par des motifs dun ordreà part; presque toujours cest le coupable qui sadresse à lui; ilnest en rapport quavec la conscience, cest un sanctuaire dont ilne sort pas. Mais le médecin qui aperçoit ce quon ne lui déclarepas, ce quon voudrait plutôt lui cacher, a deux devoirs à remplir:lun envers le malade qui réclame ses soins, lautre envers la sociétédont il est, en cette occasion, le ministre, et si, comme il nest pasdouteux, il doit avertir le magistrat, lorsquune maladie présente àses yeux des signes alarmants de contagion, combien nest-il pasplus obligé de révéler ce qui menace la vie de quelques hommesou même celle de la société. » (Lettre au I) r JPierquin, à Mont­ pellier , 17 décembre 1824).

Prenons un exemple. Une personne présente tous les symptômesdun empoisonnement et succombe dans les affreux tourments quiprécèdent ce genre de mort. Un médecin avait été appelé dans lesderniers moments ; son diagnostic fut précis, mais ses soins restèrentinefficaces. Ce médecin doit-il se renfermer dans le secret de larticle187 ? Non, mille fois non. Il peut arriver que seul, il soit déposi-