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taire de ce terrible secret et que sans ses révélations le crime resteà jamais impuni. Or, ne serait-il pas immoral de prétendre que ladélicatesse d’accord avec la loi nous oblige à nous taire, nous forced’accorder au crime flagrant et positif l’abri de l’article 187, tandisque cet article n’a été conçu que dans l’intérêt de la société, dansun but de conservation, de moralité, tandis qu’ainsi on le feraitservir à sa destruction ? Cela ne saurait être. On sait d’ailleursque la justice répressive ne conçoit point de soupçons, lorsqu’unepersonne meurt entourée des secours médicaux, lorsqu’une tombe seferme au milieu des soins de la famille et sous la protection de lascience. Elle se repose sur la probité professionnelle du médecin etsur la moralité qui forme le plus bel apanage de son ministère.Mais si, comme dans ce cas, cette coutume et cette haute positiondu médecin avaient été exploitées par le crime; si la présence etl’intervention de l’homme de l’art n’avaient été réclamées dans lesderniers moments qu’afin d’endormir la vigilance du parquet, dedétourner la vengeance des lois ; si le médecin lui-même, trop clair-voyant pour être dupe de ce stratagème, était convaincu qu’on nel’a appelé que pour servir de manteau à un empoisonneur, pourrait-on prétendre de sang-froid que ce médecin soit obligé de se taire ?Cela serait plus qu’immoral, ce serait absurde ! Dans le cas supposé,le médecin devrait non seulement le témoignage demandé, mais larévélation spontanée.
D’autres cas peuvent se présenter. Trébucliet mentionne le sui-vant : Un médecin appelé auprès d’un individu, dont il a la confianceet dont il est l’ami, lui trouve des symptômes d’empoisonnement. Ilquestionne : c’est une femme qui entraînée dans le vice par un sé-ducteur a attenté aux jours de son mari. Le médecin doit ménagerl’honneur d’une famille; il a à veiller sur la vie d’un homme quilui déclare qu’il aime mieux mourir empoisonné par la main decelle qui a tenté plusieurs fois le crime que d’envoyer à l’échafaudla mère de ces enfants. Il ne doit pas violer le secret, mais il ob-tient de s’en servir pour effrayer d’un côté et donner du couragede l’autre. Il décide une séparation et l’honneur d’une famille estsauvé. (Trébuchet, Jurisprudence de la médecine).
En résumé, dans cette question des empoisonnements, le médecindoit, dans certains cas analogues au précédent, garder le secret dansun but de haute moralité et dans l’intérêt des familles : la volonté