7 2 TABLEAU DES RICHESSES .
» Chacun connoît, dit T Auteur de la Noblesse commerçante > cette armée si-> nécessaire, puisqu’elle est si bien soudoyée, soixante mille hommes, à vingt fols par« jour, pour la levée de nos tributs. Charles XII n’avoit pas tant de soldats, & ne les-, payoit pas si bien , quand il attaqua la Russie , la Pologne &: T Allemagne. Les» détachemens de cette armée servent à visiter mes paquets à une barrière, ou à ronger« le citoyen fous la forme de rats de cave , 8c à prendre de l’humeur lorsque je n ai» rien contre les ordres du Roi «.... ‘
Un anonyme qui a écrit avec le zèle d'un citoyen fur le même sujet, réduit cettearmée à peu-près à moitié : voici comment il s’exprime. » Cette armée est d’environ„ vingt mille hommes fur les frontières de nos provinces , fans compter beaucoup» d’autres Corps d’infanterie sédentaire qui reste toujours aux portes des villes, & la» cavalerie des aides. Cette armée bat le pays jour 8c nuit. De là des guerres intestines» 8c renaissantes entre les troupes de contrebandiers 8c les détachemens de cette armée>, de commis. On tue les uns , on prend les autres pour les envoyer aux galères, ou» on les pend quand la nécessité de l'exemple l’exige ; &: tout cela au nom du Roi,« qui est loin de se douter des horreurs que l'on commet à, cet égard, des pièges, des» ruses, des délations, des violences, des emprisonnemens, des confiscations, des frais» de procès, des ruines, de la misère 8c du désespoir qui conduisent aux grands crimes.-, Ici, on entend les clameurs des femmes qui redemandent leurs époux ; là, les pleurs-, des enfans qui meurent de faim, 8c qui n attendent que l’âge de la force pour entrer en-, guerre avec les commis. Ces abus étranges loin d’être compensés par de grands avantages-, pour le Souverain 8c la Nation, font funestes à tous les deux : c’est la Nation qui„ paye nécessairement tout ce qu il en coûte pour les frais de régie, de gages, d’espionage,» de visites, &c.
S i l'on prend un milieu entre ces deux évaluations du nombre des commis employéspar la Ferme générale , on approchera de la vérité en réduisant ce nombre à trentemille hommes. Supposons maintenant que la solde, les gages, les appointemens de cescommis 8c de ceux qui font à leur tête, montent du fort au foible à trois livres par jour ;cette armée coûtera chaque jour trente mille écus à l’Etat, &: par an trente-deux millionshuit cents cinquante mille livres. Mais ce n’est pas tout encore : Rétablissement de cesbarrières 8c l'entretien ruineux des gardes qui les défendent, entraîne un exercice quidonne lieu à des collusions, également funestes aux manufacturiers nationaux, 8c auxmarchands de bonne-foi, qui ne peuvent soutenir la concurrence des fraudeurs.
La collusion , les accommodemens clandestins entre les fraudeurs 8c les employésfont fréquens, 8c trop d'exemples les prouvent pour pouvoir en douter. Mais le malseroit plus grave encore, si la modicité du traitement des employés subalternes, les faisoit
succomber