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Atlas du commerce : dédié au roi / publié par M. Le Clerc, écuyer, chevalier de l'ordre du roi, membre de plusieurs académies, &c.; et par M. Le Clerc, fils, écuyer, officier au régiment de Durfort, dragons
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DE LA FRANCE

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N O T E I I.

La France renferme en elle-même les élémens de fa puissance ; ôc cest fans doute daprès la considérationde la position heureuse de ce Royaume, de la facilité de sa défense 6 c de ses ressources, dans la magnanimitédu caractère national, que le sage, leítimable Auteur de Y Esprit Militaire , a proposé & résolu le problèmesuivant.

,, Le soldat François supposé égal aux soldats des autres grandes Puissances de lEurope , la France >5 doit-elle porter le nombre de ses troupes au pair de ces Puissances

LAuteur, pour résoudre ce problème, fait voir quels font les moyens 6 c les besoins de lEtat. II observejudicieusement que, quoique notre population soit égale ou supérieure à celles des grandes Monarchiesdu Nord, la France fouffriroit davantage dans son ordre civil » 6 c sur-tout dans son agriculture, dentretenirla même quantité de troupes ; parce que le nombre des Professions chez elle, étant bien plus multipliéque chez ces Puissances, il lui reste un bien moindre excédent dhommes, 6 c que la classe des agriculteurs,en particulier, continuellement affoiblie par toutes les autres > na presque pas le nombre dindividusqui lui font absolument nécessaires. Rien de plus vrai que cette .observation.

» Mais, dit le même Auteur, si la France , dans Tétât présent des choses, ne peut, fans excéder ses» moyens, entretenir le même nombre de troupes que les autres grands Etats de lEurope , observez« aussi que sa défense en exige moins, comme il est facile de le prouver.

>3 Parcourons fa circonférence. Dans les cinq sixièmes de cette étendue vous voyez la mer ou des pays>3 qui ne peuvent devenir ennemis, tels que Tltalie 6 c lEfpagne. Vous voyez dailleurs, entre ces pays33 6 c la France , la barrière des Alpes 6 c celle des Pyrénées. II n'y a vers Tltalie quun point du côté»> duquel la France pourroit avoir à se garder, le petit Etat de Savoye. Pour ce qui concerne nos>3 côtes maritimes, ce seroit une étrange erreur dadmettre que des régions terminées par les déserts de»3 la mer, ont besoin de plus de défense que si elles étoient bornées par un Continent habité. Cest>3 certainement une garde que TOcéan, sur-tout pour un Royaume possesseur dune marine formidable33 qui doit aussi entrer en ligne de compte dans le calcul des forces défensives. Cent vaisseaux de ligne 6 c33 quatre - vingt mille matelots, pour un Empire que les eaux embrassent de trois côtés, valent bien >3i trente mille soldats de plus. Eh ! comment la France pourroit-elle fournir à la fois, à des armemens si33 énormes de terre 6 c de mer fans succomber sous son épuisement >

»3 En achevant de parcourir le circuit du Royaume , vous ne trouverez que le côté adjacent a TAllemagne,

33 faisant environ le sixième de ce circuit, qui soit exposé à linvasion : car lAngleterre peut bien insulter33 nos côtes, mais non y déposer des forces suffisantes pour faire des conquêtes ; &; la foible armée que33 le Duc de Savoye pourroit envoyer dans notre territoire , ny seroit rien, 6 c rifqueroit dy être33 ensevelie. II ne reste donc que TAllemagne, 6 c dans TAllemagne que la Maison dAutriche qui puisse3i être pour nous un ennemi dangereux. Mais la Maison dAutriche voit autour delle quatre Empiresi3 qui peuvent lui être redoutables: la France , la Turquie , la Russie 6 c la Prusse. Quelle différence,n dailleurs, pour la promptitude des secours ! De lextrémité de la Hongrie à lextrémité de la Flandre,

>3 il y a plus de quatre cents lieues. La France , à-peu-près dun égal diamètre dans toute fa surface, na33 que deux cents lieues détendue. Enfin, ce Royaume, plus peuplé denviron un tiers que la Monarchie33 Autrichienne, pourroit, dans une conjoncture de danger, sécartant des règles qui doivent déterminer» le pied ordinaire de son Militaire, opposer à sa rivale une supériorité de forces, proportionnée à la33 supériorité de sa population.

33 A légard de la Russie 6 c des Etats du Roi de Prusse,, il paroît aussi très-évident que ces deux33 Empires, le premier par limmensité de fa circonférence, le second par la dispersion &; la nature de33 ses Membres qui, pour la plupart, font pays de conquête, lun 6 c lautre par le nombre des Puissances33 formidables qui les avoisinent, ont besoin de plus de troupes pour leur conservation que la France pour la sienne «.

Si Ton compte aujourdhui quinze cents mille soldats enrégimentés en Europe , on doit fans douteêtre attentif à balancer les forces des Etats voisins, mais il faut choisir ses contre-poids. Formez des

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