86 TABLEAU DES RICHESSES
guerriers en tems de paix, & vous suppléerez en tems de guerre au nombre par l’espèce. C’est-lk undes plus sûrs moyens de l’art de vaincre. Ce principe étoit celui de Turenne qui a fait de si grandeschoses avec de si petites armées, & de qui une feule campagne offre plus d’instructions que toutes lesguerres à'Alexandre, Le savant Militaire cité ci-deísus, observe que l’oubli de ce principe adopté par lesplus sublimes Généraux de l’antiquité, suppose dans les tems modernes une décadence dans l’art, &csemble présager sa chute prochaine. II ajoute : » Après avoir considéré l’abus des grandes armées» relativement à la science de la guerre, envisagez-le dans ses effets politiques ; & tremblez ! C’est le>5 délire de nos jours qui détruit les nations fous prétexte de les protéger. C’est la plus fatale erreur>» qui puisse égarer les Gouvernement Les causes de cette ruine universelle n’avoient point échappé» au génie de Montesquieu ; il les a consignées dans YEsprìt des Loìx , Tom. II, Liv. XIII, chap. XVII.,, XJne maladie nouvelle s’est répandue en Europe , Elle a saist nos Princes , & leur fait entretenir un nombre désordonné», de troupes. Elle a ses redoublemens 3 & devient contagieuse ; carst-tôt qu un Etat augmente ce qu il appelle ses troupes ,», les autres soudain augmentent les leurs ; de façon qu on ne gagne, rien par-la que la ruine commune. Chaque Monarque
», tient fur pied toutes les armées qu il pourroit avoir si les Peuples étoient en danger d’être exterminés . Aujst
», P Europe est-elle fi ruinée , que les particuliers qui seroient dans la situation oh font les trois Puissances de cette partie», du Monde les plus opulentes , nauroient pas de quoi vivre. Nous sommes pauvres au milieu des richesses & du commerce», de tout Vunivers , & bientôt à force de soldats y nous n aurons plus que des soldats , & nous ferons comme les Jartares ,,, Lux vices près que nous aurons plus qu’eux c«.
Mais s il faut veiller à notre sûreté &: pour le présent &: pour l'avenir, il faut bien se garder de suivrel’exemple de ces peuples stupides & lâches qui mettent leur confiance dans le nombre de leurs guerriers;ne fondons la nôtre que fur le courage de nos soldats, &: fur leur discipline. Non cette discipline abjecte& barbare, qui, pour soumettre le corps étouffe lame, & qu’on voit avec horreur exercer envers desesclaves ; mais cette discipline qui peut s’allier avec la dignité de l’homme & du guerrier ; vous aureztoujours des Scipions tant qu'il y aura des Carthaginois.
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