COMMERCE
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C e commerce est cTautant plus facile Sc plus avantageux aux Européens , que leshabitans de cette province y recherchent avidement les marchandises d'Europe , tellesque les étoffes de laine , la cochenille, l'indigo, les velours, les draps d or, le cuir deRuílìe, les peaux de chevaux , &c. On y apporte annuellement de Kaschan des drapsd'or, des droguets de laine, de foie Sc de coton, Sc toutes sortes de belles étoffes de foie.Ied y fournit les mêmes marchandises. Ispahan y importe du sucre, des confitures, descouvertures de laine , & beaucoup d’étoffes de ses manufactures de laine Sc de coton.II y vient de S c fil ras des peaux de mouton , du raisinet, du cardamome, de la carrelle,du gingembre , du poivre , Sc autres productions de cette nature qui y arrivent parBender-Abajsi ou par l'Inde . Le Koraffan lui fournit de l’anis, du cumin, &C toutesfortes de pierres précieuses ; Tauris , différentes espèces d’étoffes de foie Sc de coton, Scsur-tout du koutna Sc du satin. Hamadan y du vin qui se vend aux Juifs Sc aux Arméniens;Siméran , des toiles Sc des étoffes de coton, des droguets, du tabac, toutes fortes defruits secs. Koum y importe de beau savon ; Tégrati , de la fine farine très-blanche, Scdes fruits ; enfin l'on y tire de Varamin la plus fine huile de kounftchout .
Les caravanes qui apportent ces marchandises dans le Mazandéran , prennent enretour , de la foie , du coton, du fer brut ou travaillé, Sc toutes fortes de cotonnades.Les marchands Européens n’osent y commercer à cause des vexations qu’on leur faitéprouver, Sc qu éprouvent les Persans eux-mêmes.
Cependant les vexations que commettent les Kans Sc Chefs de parti qui se sontrendu presqu’indépendans, ne font pas des motifs assez puissans pour faire négliger uncommerce aussi avantageux, particulièrement à la Russie , qui peut tirer un grand partides côtes occidentales de la mer Caspienne . Si les habitans de cette vaste étendue depays souffrent des déprédations, les productions du fol restent toujours les mêmes ; Sc ilest permis de croire que le commerce deviendroit très-lucratif entre les mains d'uneCompagnie, qui seroit à l’abri des outrages que de simples particuliers font obligés desouffrir. En effet, qui pourroit la contraindre à se défaire de ses marchandises autrementque par échange , ou que pour de l’argent comptant ?
La province de Mazandéran est la clé de l’intérieur de la Perse Sc de slnde : il nepeut être indifférent à la Russie de connoître jusqu’à un certain point la situation intérieurede ce vaste Empire. Or , le Mazandéran seroit le lieu d’où elle pourroit tirer desnouvelles sûres de tout ce qui s’y passe. D’ailleurs, l'Europe recherche les marchandisesdu centre de la Perse Sc de l’Inde : il n'est guère possible de se les procurer sans courirde grands risques au-delà du Mazandéran . Mais ces mêmes marchandises y arriventen si grande abondance par les caravanes, quelles ny font guère plus chères que dans ?les lieux d’où elles viennent ; Sí indépendamment de cet avantage, on y trouve toutesles facilités qui manqueroient ailleurs pour faire le commerce d’échange.