TOUCHANT LES CEREMONIES DES JUIFS. 25
II. Prendre k veuve , se nomme Ibum : car ceïnot signifie épouser fr belle-feeur : si-bien que pourl’épouser, ce seroit assez qu’il en eût envie ; mais lesRabbins ont ordonné que ce mariage se fasse dans lesformes ordinaires, comme les autres. Moyennant ce^la, tous les biens du défunt lui appartiennent : il tou-che même la dote que la femme avoir apportée audéfunt. En un mot elle devient comme fa proprefemme.
III. On louoit autrefois beaucoup davantage ceuxqui epousoient la veuve de leur frere , que ceuxqui la mettoient en liberté : mais présentementque les hommes font plus avares & plus sensuels , ilspreferent la beauté & le bien à ce devoir ; & il y en ia peu qui s’en acquittent, particulièrement parmi !les Allemans & les Italiens , mais ils la mettent enliberté.
IV. Cette forte de liberté se nomme Caliza , oudéchausser le soulier, comme il est dit au 25. du Deut.
Oue l’homme qui ne voudra point épouser la veuve de finfrere , fera, en prefence des Principaux du lieu , déchaussépar la veuve , âpres quelle aura craché devant lui. V oi-ci comme cela se pratique. Trois Rabins & deuxautres témoins vont choisir la veille un lieu où l’onpuisse faire la cérémonie. Le lendemain au sortir desprières du matin, le monde fuit les Rabins & les té-moins, qui étant arrivez s’asseyent, & font com-paraître devant eux la veuve & íbn beau-frere , quidisent qu’ils se presèntent pour etre libres. Le prin-cipal Rabin fait plusieurs questions a 1 homme , &l’exhorte à épouser la veuve ; & voyant qu’il persi-ste à ne le vouloir pas, après quelques autres inter-rogations, l’homme chausse un certain soulier des Ra-bins propre à tous pieds; & cependant la femme ap-proche de lui, & aidée par le Rabin , elle lui dit enHebreu le 7. verset du même Chapitre. Le frere dewon mari ne veut point continuer la poflerité de fin frereen Israël, & refuse de m'époufer comme beau-frere: ce Iqu’elle lui déclare. A quoi le beau-frere répond leverset suivant. II ne me plaît pas de la prendre. Alorslá femme se baisse, dénoue & déchausse le soulier, lejette à terre, & elle crache devant lui, disant en He-breu , avec le secours du Rabin : Ainsi fait-on a l'hom-me qut n édifie point la maifindefen frere, & sa maison feraappeliée en Israël maison dupìednud. Elle dit ces paroles partrois fois, & les affistans lui répondent autant defois, pied-nud. Auffi-tôt le Rabin lui dit qu’elle fepeut remarier. Et si elle demande un acte de cela,les Rabins lui en délivrent un. Toutes les petitescirconstances qui s’observent en cettte occasion, sonttoutes dérivées du 25. du Deuteronome , quand ony fait bien réflexion.
V. Mais comme au cas de cet Ibum , la femme nepeut avoir fa dote , ni se remarier fans cet affranchis-sement : il y a des hommes, qui, pour tirer de l’ar-gent de leurs belles-sceurs, les tourmentent & lestraînent en longueur. C’est pourquoi il y en a, quimariant leur fille à un homme qui a des frétés, sti-pulent que si le cas écheoit, ils affranchiront la veu-ve pour rien. D’autres obligent le mari, en cas qu’iltombe malade , & que le Médecin dise qu’il est endanger, de répudier fa femme, afin qu’elle ne viennepoint au pouvoir de son beau-frere.
la femme est en couche , Adam & Eve. (<r) Lilìthors d’ici: avec le nom de trois Anges, sous prétextede garantir l’enfant de tout sortilège. Mais on n’yest point obligé ; car en cela il y a bien moins d’ap-parence de precepte que de superstition.
II. Le pere au huitième jour est obligé de faire cir-concire son fils, {b) comme il est dit, Al'âge de huitjours vous circoncirez, l'enfant mak. Ce qui est repete auLevitique Chapitre 12. Et le huitième on circoncira lachair de fin prépuce. On ne le peut faire avant les huitjours : mais on peut différer, si l’enfant est foible ouinfirme, jusqu’à ce qu’il fe porte bien.
III. La nuit qui précede le jour de la Circonci-sion , se nomme veille, car toute la maison ne dort
, point, pour garder l’enfant. Le soir les amis visi-i tent le pere, & les femmes vont chez la mere : cequi se passe en bon accueil & en réjouissances.
IV. L’on a déja choisi le Parain pour tenir Pen-sant, pendant qu’on le circoncit, & la Marraine pourle porter de la maison à la Synagogue, & le rappor-ter. On prend pour cela ordinairement des parens dupere & de la mere, un homme & une femme. Al’égard du Molel , ou de l’homme qui circoncit, on choi-sit indifféremment qui on veut ; car pourvu qu’onsoit capable de cette fonction,on en est digne, & onla peut exercer. C’est un titre d’un grand mérité par-mi les Juifs d’être Círconcifeur , & si le pere de Pen-sant est de ce nombre , il peut circoncir son propre
fils.
V. On tient prêt dès le matin dans la Synagogue,'ou même dans la maison, si l’on y veut faire la céré-monie , deux sièges avec des quarreaux de soye. L’undes sièges est pour le parrain qui tient Pensant, &
P autre est mis là, à ce que disent quelques-uns, pourle Prophète Elie, qu’ils croyent aísister invisiblementà toutes les Circoncisions : tant il a aimé à faire ob-server la Loi. Beaucoup de gens s’assemblent la, &celui qui circoncit vient avec un plat, où font lesinstrumens & les choses nécessaires, comme le rasoir;les poudres astringentes, du linge , du charpi & del’huile rosat. A quoi il y en a qui ajoutent une é-
CHAPITRE VIII.
De la Circoncision.
I- /'"'XUand il est ne un fils à quelqu’un , ses amis,pour fe réjouir avec lui , disent d la bonneheure. Qiielques-Uns ont accoutumé de mettre sorde petits billets aux quatre coins de la chambre , oùTome /.
cuelle avec du íàble, pour y mettre íe prépuce quál’on coupe. On chante quelques Cantiques en atten-dant la marraine, qui apporte Pensant for ses bras, ac-compagnée d’une troupe de femmes ; mais pas une nepasse la porte de la Synagogue. Là elle donne Pen-sant au parrain , 8c austi-tôt tous les affistans crientbaruch aba, le Pere efl le bien venu.
VI. Le Parrain s’aísied fur son siégé, & ajuste Pen-sant sur ses genoux. Puis celui qui circoncit, déve-loppe les langes. Il y en a qui fe fervent d’une pin»cette d’argent, pour prendre du prépuce ce qu’ils enveulent couper. Celui qui circoncit prenant le ra-soir , dit, Béni fiis-tu , Seigneur , qui mus as comman-dé la Circoncision. Et en disant cela il coupe la grossepeau du prépuce: puis avec les ongles des pouces, ildéchire une autre peau plus délicate qui reste. Pen-dant cela le pere rend grâces à Dieu de ce comman-dement, & les affistans souhaitent pour lui,qu’il puis-íé elever son enfant juíqu’à l’âge de le pouvoir ma-rier. Celui qui circoncit continue son action , 6csucce deux ou trois fois le íang qui coule, 6c lerend dans une tasse pleine de vin. Ensuite il rE surla coupure du íang de dragon , de la poudre de co-rail, & autres choses pour étancher. A quoi il ajou-te des compresses d’huile rosat. Puis d enveloppebien le tout.
E Vil. Ce-
(a) Lilit ,seíon les fables des juifs , àoit îapremiere femmed’Adam, qui voulant faire la maîtresse » « tctufant de se sou-mettre à Adam > le quitta & s’en alla dans 1 air par un secretde magie. On la prend pour un spectre de nuit, qui est en-nemi de i’accouchement & des enfans nouveaux nez ; & c’estce que les Latins appellent firiges lamU, [b) Gen. 17.
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