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[Volume I.]
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TOUCHANT LES CEREMONIES B E S JUIFS. rA

SUPPLEMENT

Touchant les Caraites.

L T L seroit assez difficile de dire précisément le tertìs-â- c l uc le Caraïsene a commencé. Le P. Morin,qui a traitté cette question , rapporte l’origine decette Secte au huitième siécle, incontinent après lapublication du Talmud,& prétend que cë grand Ou-vrage a été publié bien plus tard que les Juifs ne sel’imaginent. En effet la naissance du Catàïsme vientde la publication du Talmùd. Car on ne voit pointque le nom de Caraïte ait été odieux parmi les Juifsavant ce tems-là, comme il fa été depuis. Au con-traire par le mot Carai oh entendoit alors un hommeconsommé dans l’étude de l’Ecriture sainte. L’origi-ne donc de cette Secte vient de ce que les Juifs lesplus éclairez de ce siécle-là , s’opposerent à une infi-nité de rêveries qu’on debitoit fous le nom spécieuxde traditions de Moïse ; quoi que la plupart n’euffentpour fondement que l’ambition de quelques Docteurs,qui vouloient faire passer leurs décisions particulièrespour des Oracles prononcez fur la montagne de Sinai. Orcomme les Juifs, qui ne vouloient pas recevoir ces vai-nes traditions, se servoient pour les détruire de l’E-criture sainte , qu’ils nomment Micra , ils en furentsurnommez Caraim , comme l’on a vu de nos joursdes Protestans se nommer Evangéliques , à cause qu’ilspretendoient qu’on ne doit s’appuyer que fur l’Evan-gile, en réjettant les traditions.

II. Les Juifs qui tenoient pour le Talmud, traitè-rent ceux-ci de Samaritains & de Saducéens ; non pasqu’ils le fussent en effet, mais parce qu’ils les imi-toient fur le fait de la tradition, dont ils ne vouloientpoint convenir. Cependant dans la fuite du tems ily a eu des Juifs qui ont crû qu’un Caraïte étoit unvéritable Samaritain & Saducéen. Et ce qui les a con-firmez dans cette erreur , c’est qu’ils ne s’appliquentque très-rarement à l’étude de l’Histoire&de la Chro-nologie. L’Auteur de cet Ouvrage, qui fçavoit queI es Caraïtes d’aujourd’hui ne font point dans la mêmecreance que les Samaritains, pour concilier cette con-trariété , a fait une nouvelle Secte de Caraïtes ; Com-me si les premiers eussent été simplement Samaritains& Saducéens, & que ceux-ci eussent changé d’opi-nion, ou du moins qu’ils se fussent mitigez. Maisle sentiment de nôtre Rabin n’est fondé, comme j’aidit, que sur l’ignorance des Juifs; & les raisons qu’ilapporte pour autoriser son opinion , ne sont pas capa-bles de la maintenir.

III. Nos Critiques, qui ont voulu parler des Ca-raites fur la foi des Livres Juifs, font tombez en degrandes erreurs ; parce que les Rabbanistes , qui sontleurs ennemis, leur imposent presque par tout. Le P.Morin n’en a pas usé de même, parce qu’il avoit unCommentaire sur le Pentateuque d’un Auteur Caraï-te. Et comme j’ai ce manuscrit entre mes mains, jeveux décrire ce que c’est precisement que le Caraïs-me, 8c en quoi les Caraïtes diffèrent des Juifs Rab-bamltes ou Docteurs- Je commencerai par la créancequ us ont du Texte de la Bible: parce que nôtre Au-teur les confond en cela avec les Samaritains, qui nereçoivent que le Pentateuque : & je vois encore au-jourd hui plusieurs Sçavans qui croyent que les Ca-raites diffèrent beaucoup des autres Juifs touchant leTexte de la Bible. Je ne sc: ai oû un Docteur de Sòr-bonne, Professeur Royal en E Langue Hébraïque, apris ce qu il a écrit depuis peu fur ce sujet, touchantles Caraites. Il expliqne le mot de Caraim ou Caraï-tes en ces termes : C efi-a-dire , ceux qui ne veulent dansUs Bibles que des confines, & f oint de pomíls , d cause de

la créance quils ont que les pomíls ne viennent que de laTradition. Et peu après il ajoute , que les Caraites ontinsensiblement g a g n ^ ^ dessus parmi les juifs , particulière-ment parmi les Talmudijies & SjUkgoristes : & qu^ainfi ona cru fort facilement qm les Livres de la Loi , ou il y a-voit des points , étaient profanes. A peine y a-t-il unmot de vrai dans tout le discours de ce fçavant Pro-fesseur, comme on. le verra páf la suite.

IV. L’Auteur du Commentaire Caraïte dont jeviens 1 de parler, prend le nom d’Aâron fils de Joseph,qui viVoit à là fin du treizième siécle* H approuvetóus les Livres de la Bible qui font dans le CanonJuif, & leur donne le nom de vingt & qtiatre, com-me font lés autres Juifs. Pour les distinguer des Tra-ditions humaines, il les nomme quelquefois Prophétie,ne voulant pas mettre au même rang la parole deDieu, & celles des hommes. En quoi il blâme lésRabbanistes j qui font aller de pair les fables d u Tal-mud , & les rêveries de leurs Ancêtres avec les Livressacrez de l’Ecriture. Il sait voir aussi que les Caraï-tes ne rejettent pas , comme on dit , toutes sortes deTraditions, mais seulement les fausses & les absurdes,dont il donne quelques exemples à l'entrée de sonOuvrage, oû il tourne les Rabbanistes en ridicule. IIrapporte la belle explication qite ces Docteurs donnentdu Serpent dont il est parlé àu commencement de íàGenese. Car les Rabbanistes & les Cabbalistes disent,qu'il étoit grand comme un chameau , que (a) Samaèl ê-toìt dessus, & que Dieu même monta ce chameau , & qu'ilfi joua fur lui. II rapporte au même endroit des inter-prétations allégoriques & Cabalistiques de ces mêmesDocteurs, qu’il réfuté avec force , & ajoûte ces pa-roles: Tans ces firtes d’explications s}‘ autres semblables,ils ne s'appuyent que fur /’ Autorité de leurs Peres. Puiss’emportant contre ceux qui abusent ainsi de la Paro-le de Dieu: Malheur, dit-il, k celui qui a t impuden-ce d'en user ainsi.

V. Pour faire voir qu’ils reçoivent les traditionsraisonnables & bien fondées, il distingue les traditionscertaines & constantes, de celles qui sont fausses &douteuses. Et il semble que les marques qu’il donne,pour autoriser une tradition , soient les mêmes quècelles que le judicieux Vincent de Lerins a décrites.

Il ne fait donc pas seulement profession de recevoîi*l’Ecriture, mais encore d’écouter la raison & la Tra-dition qui a toujours été constante, & qui n’est pointinventée de nouveau. Il defere à la doctrine des An-ciens , quand elle n’a point várié, & qu’elle sc trouveconforme à de bons Ecrits , qui n’ont point suivi lecaprice & l’inconstance des hommes, & que tous lesJuifs approuvent* C’est selon ce principe qu’ils re-çoivent tous les Livres de la Bible , comme les Rab-banistes ; & ce qui est le plus étonnant, c’est qu’ilsles reçoivent ponctuez de là maniéré qu’ils le sont au-jourd’hui. Car ils n’ont point d’autre exemplaire quecelui de la Massore. Que s’ils lisent quelquefois dif-féremment , ce n’est qu’en qualité de Critiques, ál’imitation des Rabins Juda, Jona , Abenefra , Kim-chí, Abenmelec & les autres Grammairiens Rabba-nistes.

VI. Nôtre Caraïte, qui recherche avec beaucoupd’application le sens literai du texte, rapporte souventles diverses leçons, pour faire le choix ensuite desmeilleures. Et en cela il sc conforme áu& CritiquesRabbanistes, qui en usent de même. Il s’attache auxmoindres minuties de la Grammaire , four tirer de lalettre un bon sens. Mais il scroit ^nutisc d en rap-porter des exemples ; parce que t â une Méthodedont il se sert dans tout son Ouvrage.

VII. Je ne m’arrêterái point non plus à réfuter l’o-pinion dé ceux qui croyent que les Caraïtes ont d’au-

L 3 tres

(«) Le Diable.