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[Volume I.]
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tres exemplaires de la Bible que les ordinaires. Caril suffit d’âvoir dit qu’ils reçoivent non seulement lesvingt-quatre Livres de l’Ecritune, comme tous lesautres Juifs, mais même qu’ils se servent des exem-plaires Hébreux, tels qu’ils font aujourd’hui avec lespoints des Massoretes.

VIII. Pour leur Théologie , elle ne différé pointde celle des autres Juifs, fi ce n’est qu’elle est pluspure & plus éloignée dé la superstition. Câr ils n’a-joutent aucune soi aux explications des Cabbalistes,ni aux allégories qui font fans fondement. Du restenôtre Caraïte fait voir clairement fa créance touchantla nature de l’ame, & de l’autre vie , lorsqu’il expli-que ces paroles de la Genese : Faisons ïhomme a nôtreressemblance. L’esprit de l’homme , dit-il, vient des cho-ses fitperieures , fsi fin corps tient de la nature des inférieu-res. Carfoname, ajoûte-t-il, subsiste comme les Anges.Et un peu après ; Le monde futur a été fait pour l’amede l’homme. Voilà des sentimens bien opposez à ceuxdes Saducéens, & qui prouvent bien que toutes leserreurs dont on accuse les Caraïtes, font de purescalomnies.

IX. Pour ce qui regarde les Coutumes & les Céré-

monies des Caraïtes , on pourroit en composer unlong discours : mais je croi qu’il suffira de dire en gé-néral , que les Caraïtes rejettent toutes les constitu-tions de la Misna & du Talmud, si elles ne fontconformes à l’Ecriture , & si on ne les en peut tirerpar une conséquence nécessaire & manifeste. Je mecontenterai d’en raporter trois exemples authentiques.Le premier regarde le commandement des Mez.ouz.ot ,ou parchemins , que les Juifs attachent à toutes lesportes où l’on a accoutumé de passer ; le second, lestephillim , ou phylactères, dont il est même parlé dansle Nouveau Testament ; le troisième, la défense dene point manger du lait avec de la viande. Quoi-queles deux premiers semblent exprez & formels dans leJDeuteronome, qui dit parlant de l’un & de l’autre:(a) Tu les lieras pour signe fur tes mains , & ils serviront defront eaux entre tes yeux , & tu les écriras fur les poteauxde ta maison , & fur tes portes. Nôtre Caraïte cepen-dant prétend dans -^explication qu’il donne de ces pa-roles , que c’est une façon de parler figurée ; & quelorsque Dieu a dit de les écrire sur les portes, il afeulement voulu faire comprendre, que soit en en-trant , soit en sortant, il faut les avoir toujours pré-sentes dans l’efprit. Par ce moyen les Caraïtes s’exem-ptent d’un très-grand nombre de cérémonies, pourne pas dire de superstitions, que les Juifs Rabbani-stes ont inventées touchant ces mezs>uz,ot & ces tephil .Um. De là vient aussi que les Caraïtes mêmes voyantles Rabbanistes faire leurs prières avec ces tephillim at-tachez à leur tête, comme ils font décrits au ch. x i.de la premiere Partie de cet Ouvrage , ne peuvent/empêcher de les railler, & de les appeller afnes bri-dez.. S. Jerôme n’a pas traité plus favorablement cestephillim t car expliquant les paroles de l’Evangile, oùil est parlé des phylactères, il dit : (b) Les Phari-siens expliquant mal ce passage ecrivoient le Decalogue dejpíoïfe fur du parchemin qu ils roulaient est attachoient furleur frout > & Us en fats oient une ejpece de couronne autourste Itffî tete » de les avoir toujours devant lesyeux. . /

X. Le troisième exemple est pris du commande-ment négatif de ne point manger en même repas dela viande & aucune chose faite de lait, fondé sur cepassage de l’Exode ; Tu ne cuiras point le cnevreau dansle lait de fa mere. Mais nôtre Caraïte n’ajoûte aucu-ne foi aux Traditions qui donnent à ce passage uneexplication si éloignée du sens literai ; & il croit quece passage s’explíque par celui où il est dit, parlantdu nid d’un oiseau : Tu ne prendras point la mere avec les

(a) Chap. 6. Chap. n. (si) Matt- aj. ■■

petits. Et lorsqu’on presse sur cela les Juifs Rabbani-stes , comme il m’est arrivé , ils répondent ameru ha-chamenu.. C’est ce qu en ont décidé nos Maître s^ ou nos sages ,croyant que l’explication de leurs Peres n’est infe-rieure en rien au texte de la Bible ; & que Dieu adonné cette Interprétation à Moïse sur 1a montagnede Sinaï.

XI. Je ne m’arreste point aux autres commande-mens, qui sont fans nombre ; parce que ce sont laplupart des explications des Rabbanistes, que les Ca-raïtes ne reçoivent point. Ils ne consultent point leTexte de la Bible dans la vûë des Rabins, qui à lamoindre occasion prennent plaisir d’inventer de nou-velles décisions. Les Caraïtes le consultent avec laraison, & expliquent T Ecriture par elle-même, ce quisuit par ce qui precede. En un mot ils rejettenttout ce que l’Ecriture , la raison , & une traditionconstante ne leur enseignent pas.

XII. Toutefois les Caraïtes, comme ils font pro-fession de bon sens , s’accordent aisément sur decertains points de discipline & d’usage qui sontobservez par les Rabbanistes, quoi-que d’ailleurs ilsvoyent bien que l’Ecriture en ordonne autrement.Par exemple ils suivent leur Calendrier & les supputa-tions de Rabi Hillel -, parce qu’étant contraints de Rac-commoder à quelque usage , ils ont préféré celui-làaux autres, comme une partie des Protestans se sertdu Calendrier reformé, quoi qu’ils ne l’approuventpas en toutes choses.

XIII. Ils ne fe conforment pas seulement aux Rab-banistes dans leur façon de circoncire , mais ils se ser-vent même quelquefois d’eux pour circoncire leursenfans. Cependant la Circoncision est bien marquéedans l’Ecriture , mais non pas la maniéré de circonci-re. Par exemple, les Turcs & les Juifs qui circonci-sent de la même façon , diffèrent pourtant ; en ceque les Turcs après avoir coupé la peau , n’y tou-chent plus : au lieu que les Juifs déchirent en plu-sieurs endroits le bord de la peau qui reste après laCirconcision, avec les ongles des pouces. Je croi quec’est pour cette raison que les Juifs circoncis guéris-sent bien plutôt que les Turcs.

XIV. Les Caraïtes se servent auffi du Taled, dontnôtre Auteur a parlé dans la premiere 'Partie de sonLivre. Leur Taled pourtant différé un peu de celuides Rabbanistes : car il est coupé d’une façon particu-lière, & les cordons, qui pendent en forme de houpe ,sont auffi d’une façon différente.

XV. J'ajouterai seulement à ce que j’ai dit des Ca-raïtes, en attendant que quelque occasion se présentéd’en dire davantage , que jamais nôtre Caraïte ne ci-te le nom de Jéhovah , ou le Tetragrammaton , par ceslettres ordinaires j od, he, vau, he , mais seulementpar ces trois jod , vau , jod. Ce qui me fait conje-cturer que les Caraïtes n’ont point lû Jéhovah , com-me le texte d’aiijourd’hui porte, mais Jave , qui estla façon de lire que Theodoret attribue aux Samari-tains. A moins qu’on ne dise que ces trois lettres con-tiennent en abrégé le nom de Jéhova , comme nousvoyons que les autres Juifs l’éerivent souvent avecdeux ou trois Jod.

XVI. Pour ce qui est de ce que nôtre Auteur dit,'que les Rabbanistes haïssent les Caraïtes, au pointqu’ils les traitent de bastards , qu’ils ne s’allient pointavec eux » & que s’iís vouloient embrasser le Rabba-nifme, ils ne les recevraient point , c’est une grandepreuve de l’attache que les Juifs Rabbanistes ont auxTraditions de leurs Peres. J’ai toutefois appris qu’enLevant, lorfqu’un Caraïte se veut faire Rabbaniste,& avoir des enfans qui soient censez Rabbanistes, onlui fait épouser une esclave , & les enfans qui en nais-sent, ne sont pas reputez mamzarm, ou bastards , maisvrais Juifs Rabbanistes.

S U P-