4r II. D I S S E R T A T
n’en est point, (a) Ils croyent que les choses inférieu-res font soumises aux Puissances fuperieures , & qu’iln’y a point de Royaume par exemple qui ne dépen-de de quelque Ange, à la referve néanmoins des Hé-breux qui dépendent immediatement de Dieu , fansqu’ìls ayent besoin d’aucun Médiateur. C’est ence sens qu’on explique le cinquième Article de leurcreance, de la maniéré qu’il est rapporté par R. Moï-se , où il est dit qu’on ne doit adorer ni servir aucunautre que Dieu seul, non pas même comme Médiateurou Intercesseur.
II ne faut pas toujours prendre à la lettre ce queles Docteurs Juifs rapportent des Anges dans leursLivres ; car ce ne font le plus souvent que des allégo-ries & des jeux d’esprit inventez à plaisir par despersonnes qui abufoient de leur loisir & de la facile crédu-lité du simple peuple : outre qu’ils font quelquefois ve-nir ces noms spécieux pour le dénouement de quel-que difficulté , comme les Poètes se servoient autre-fois du nom de leurs Dieux en de semblables rencon-tres. Ce sont ces mêmes Docteurs qui ont inventéf Art de la Cabale, qui est une Science chimérique,& fans aucun fondement: auffi les Juifs, qui s’y ap-pliquent , sont-ils la plûpart visionnaires , & si fortentestez de leurs visions, qu’ils croyent pouvoir fairedes miracles par le moyen de cet Art.
Ils divisent la Cabale en Cabale spéculative , & enCabale pratique. C’est cette derniere qui sert à fai-re ces prétendus miracles, en prononçant de certainsnoms de Dieu , & des Anges, ou quelques Versetsdes Pseaumes qu’ils ont apropriez à leur science. LesJuifs , principalement ceux de Pologne, & dequelques autres endroits du Nord , sont si supersti-tieux là-dessus, que s’il se trouve quelqu’un parmieux qui soit condamné à la mort, il a recours à cet-te Cabale pratique ; mais nous ne voyons pas qu’elleleur reuíîìíïê, si ce n’est dans les Histoires qu’ils ontécrites des merveilles de la Cabale pratique. Il arrivemême quelquefois malheureusement pour eux, queles Juges, qui ne sont pas assez instruits de la vanité decet Art, les condamnent comme des Magiciens. Eneffet, les rêveries de Magie que nous lisons dans lesLivres d’Agrippa, & de quelques autres Auteurs mo-dernes , qu’on croit communément avoir été de grandsMagiciens, sont toutes tirées de la Cabale Juive, àlaquelle on a ajouté d’autres fictions, pour imposerplus facilement aux simples.
Pour éclaircir davantage la creance des Juifs tou-chant le culte des Anges , ausquels ils prétendentqu’on ne doit point s’adresser comme à des Média-teurs ou Intercesseurs; on remarquera que cela ne pa-roît pas s’accorder tout à fait avec leurs Livres : caron y trouve des prières où ils s’adressent aux Anges,afin qu’ils les secourent. Josué salua un Ange:Les Juifs même reconnoissent l’Ange Michel pourleur Chef & pour leur Patron ; & ils font tel-
lement accoutumez à attribuer tout à leurs Anges,principalement quand ils parlent à la maniéré desDocteurs Cabalistiques , qu’ils les reconnoissentpour les Auteurs de la plûpart de leurs actions.Il n’y 3 eu que la Secte des Saducéens qui ait niél’existence des Anges', comme si tout ce qui en étoitmarqué dans les Livres de Moïse ne consistoit qu’endépurés Allégories: Mais nôtre Seigneur a condam-né lui-rnême cette Secte , & a approuvé la créancecommune des Juifs touchant l’existence des Anges.Ce qui a été confirme ensuite par les Apôtres, &reçu de toute l’Eglise-
Enfin les mêmes Juifs croyent auffi qu’il y a unEnfer, un Purgatoire & un Paradis :& quoiqu’il soitdifficile de prouver ces trois articles de leur créancepar des Textes formels de la Loi de Moïse ; person-(a) R. Abrabanel Rosamana.
ION SUR LES
í ne. cependant n’ose les nier. Il importe fort peiî. queleur Purgatoire soit plutôt distingué d’état, que delieu de l’Enser , comme les Chrétiens du Levant lefont auffi : c’est assez qu’ils avouent qu’il y a un Pa-radis où les âmes des bien-heureux jouissent de lagloire, un. Enfer où les âmes des méchans sont tour-mentées par le feu & par d’autres supplices - & qu’il yen a néanmoins qui sont condamnez à ces peines pourtoujours, & d’autres pour un certain rems seulement.Mais je ne sçai d’où les Rabbins ont pris que les Juifsqui n’étoient point hérétiques, ou qui n’àvoient pointcontrevenu à de certains points capitaux de la Loi,n’étoient pas plus d’un an dans le Purgatoire. Ainsil’on n’expie pas seulement dans ce Purgatoire des fau-tes legeres, mais même des crimes énormes pour les-quels on y est detenu plus long-tems : ce que lesJuifs regardent comme un privilège singulier qui leura été accordé, parce que, disent-ils, étant les véri-tables enfans de Dieu, c’est pour eux principalementque Dieu a fait un autre monde, dont ils excluent tou-tes les autres Nations, à moins qu’elles ne croyent enl'unité de Dieu, & en quelques autres articles fonda-mentaux qu’ils ont marquez dans leurs Livres ; car onne doit pas s’imaginer que les Juifs damnent absolu-ment tous les autres peuples, pour n’avoir point re-çu leur Loi. Cette unité de Religion dans toute laterre etoit réservée au tems du Messie, en quoi ilss’accordent parfaitement avec nous.
II scroit inutile de faire ici des réflexions particu-lières fur la convenance qui se trouve entre la créancedes Juifs, & celle des Chrétiens, en la plûpart desarticles dont nous venons de parler : car il est hors dedoute que le Christianisme ne tire son origine de la Re-ligion des Juifs, qui en est comme la base & le fon-dement : & pour parler selon les termes de Saint Au-gustin, ce n’est qu’une même Religion en substan-ce. Auffi nôtre Seigneur, assure t-il,qu’il n’est pointvenu pour détruire la Religion des Juifs, mais pourla perfectionner; & ce qui mérité d’être observé, c’estqu’il n’a rien laissé par écrit pour établir fa nouvelleLoi, qui ne le soit pour une plus grande perfection del’ancienne. Les plus sçavans Juifs même conviennenten cela avec nous, que le Messie doit ajoûter de nou-velles perfections à la Loi de Moïse.
C H A PITRE III.
De la Morale des Juifs comparée avec celle desChrétiens.
L Es Juifs n’ont point d’autre fondement de leurMorale que le Decalogue dont les Chrétiensleur sont redevables. L’amour de Dieu, par préféren-ce à toutes les créatures du monde , ne leur est pasmoins recommandé par leurs Docteurs qu’à nous, sice n’est qu’ils joignent à la plûpart de leurs réflexionsun je ne sçai quoi qui leur est singulier , & qui pa-rois affecté, ou plûtôt superstitieux : ce qui n’estpourtant pas un défaut de leur Loi, mais de leursDocteurs. On fait tort à mon avis aux Juifs, lorsqu’on les accuse de ne reconnoitre point d’autre sain-teté, que celle qui consiste dans les Cérémonies dela Loi, comme s’ils croyoient par exemple avoir ex-pié leurs pechez, après s’être lavez le corps. Us sontpersuadez au contraire, que toutes ces Cérémoniesexterieures n’ont été établies que pour les conduire ìla sainteté interieure. Leurs jeûnes & leurs autresmortifications exterieures doivent être accompagnez del’interieur, & ils croyent même qu’outre la pénitenceexterieure & ceremoniale, pour ainsi parler, on doit avoirune véritable contrition & une sincere repentance deses pechez, si l’on veut satisfaire à la Justice de Dieu.