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[Volume I.]
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CEREMONIE

ÏÌ n’est pas besoin de rapporter id les preuves de cet- 1te créance parmi les Juifs, d’autant que la plupart deleurs Livres qui traînent de la Morale & de la Péni-tence , font remplis de ces Maximes. Ce que j'aitrouvé à propos de remarquer, afin que nous ne leurreprochions pas avec tant de liberté qu’on fait ordi-nairement , qu’ils sont tout-à-fait attachez à la lettrede leur Loi, fans en prendre l’esprit. Ils nous di-sent au contraire, que pour suivre le sens & l’espritde la Loi, il n’étoit pas nécessaire d’abandonner en-tierement la lettre qui sert comme d’avertissementpour l’interieur de la même Loi.

Mais il y a bien de l’apnarence que les Juifs ontreforme leur doctrine fur les belles instructions qu’ilsont puisées dans les Livres des Chrétiens, touchantle véritable esprit de la Loi de Moïse. Lorsque nôtreSeigneur dit à ses Disciples (a) qu’il leur donne unCommandement nouveau , en leur parlant de la cha-rité; il ne fait que leur renouveller l’ancien preceptequi avoir été corrompu par les fausses interprétationsdes Docteurs. L’amour pour ses ennemis, par exemplese trouve aussi-bien dans la Loi, que dans le Nou-veau Testament ; mais il éroit nécessaire que nôtreSeigneur le renouvellât, parce qu’on ne le pratiquoitplus parmi les Juifs, & c’est pour cette raison qu’ildit à ses Disciples : Mandatum novum do ■vobis , utdtligatis invicem. Pour marquer davantage combien ilsestiment la charité envers leur prochain , (6) leurs

S DES JUIFS. 4Z

Moïse touchant l’usure , au moins à l’égard de leursfreres. Car pour ce qui est des Chrétiens, ils les comsiderent, ainsi qu’il a été remarqué ci-dessus , commedes Idolâtres qui multiplient la Divinité, & par con-séquent ils croyent être bien fondez pour les détruireautant qu’il leur est possible. Ils nous reprochent aussique nous n’obfervons pas exactement la défense quenôtre Seigneur nous a faite , d’exercer l’uíiire à l’é-gard de nos freres, par quelque voye que ce soit, &que selon cette défense les Contracts même qui sontautorisez par les Princes sont usuraires. Bien loin den’étendre la Loî de l’usure qu’à f égard de ceux quisont dans la nécessité , & qui ont .par conséquent be-soin que nous les assistions ; ils assurent que donnerson argent à intérêt à des personnes riches , n’est pasmoins usure que de le donner à des pauvres.

CHAPITRE IV.

Des Commandement, des Ordonnances & desgemens des Juifs-

Ju-

L

'Apôtre S. Pierre avoit raison d’appeller les Céré-monies qui s’obscrvoíent parmi les Juifs dans leVieux T estament un joug, que ni eux ni leurs peresn’avoíent pû porter; (c) Jugum qúod neque nos , nequeDocteurs assurent que le monde est établi fur trois j pâtres noflri portare potuimus. Cependant les Juifs d’au-

fondemens, qui sont la Loi , la priere & la miséri-corde. On peut dire néanmoins qu’ils sont bien plusattachez aux Cérémonies de leur Loi, qu’à faire debonnes actions, & cela à cause du grand nombre depréceptes dont ils sont comme accablez , lesquels con-sistent la plupart dans l’extérieur.

Le pitoyable état ou ils se voyent aussi réduits de-puis tant de siécles , ne contribue pas peu a les ren-dre plus médians ; principalement ceux qui demeu-rent en Europe cachez & inconnus, dont quelques-uns croyent que c’est assez pour être Juif de conser-ver sa Religion dans le cœur , fans qu’il soit besoind’en faire une profession exterieure. Sur ce princi-pe , plusieurs ne font aucune difficulté d’embrasserextérieurement la Religion Chrétienne, en conservantle Judaïsme dans le cœur- Il y a un grand nombrede ces sortes de Chrétiens en apparence , & Juifs eneffet, dans l’Espagne, à quoi la rigueur de l’Inquisi-tion qui est en ces Païs-là, ne pourra jamais remedier,parce qu’il n’y a point de Nation au monde qui soitíi fortement persuadée de fa Religion, que les Juifsle sont de la leur. II y en a beaucoup moins enErance, & ils ont leurs raisons pour cela»

On doit de plus attribuer à la misere de leur condi-tion l’usure qu’ils exercent tous les jours. Car com-me on ne leur donne pas la même liberté qu’aux Chré-tiens d’acquérir des terres, & de posseder un grandnombre de biens immeubles, ils sont obligez de faire va-loir leur argent par d’autres voyes. Ils en trafiquent de lamême maniéré qu’on trafique des autres marchandi-ses; & peut-être cela ne feroit-il point blâmable, sileur Loi ne défendoit expressément toute sorte d’u-fure. Mais ils limitent cette défense , & prétendentqu elle ne s’étend qu’à leurs freres. C’est pourquoiils leur prêtent librement, non seulement sans efpereraucun profit, ainsi que nôtre Seigneur l’exige de sesDisciples dans 1 Evangile; mais ils ne veulent pas mê-me en recevoir aucun intérêt, fous quelque pretexteque ce soit, lorsqu on le leur offre. Cet usage est invsolabié parmi les Juifs , même parmi ceux qui sont dela Secte des Caraïtes; ce qui fait bien voir qu’ils ex-pliquent dans toute la rigueur le Commandement de

(a) Evang. S. Jean i;. 34-

0 ) Traité Avoth, ou des Peres.

jourd’hui les Considèrent comme Une bénédiction deDieu singulière à leur Nation, & comme un avanta-ge de leur Religion; par dessus toutes les autres Reli-gions du Monde. Ils ne croient pourtant pas qu’orisoit obligé de les avoit observées toiites pour parvenirà la félicité éternelle ; étant même impossible qu’ils estgardent une bonne partie, depuis qu’ils sont fans Tem-ple & fans sacrifices.

Ils divisent les Commandemens ou Préceptes de laLoi en < 5 13. principaux , qui se subdivisent en unëinfinité d’autres moins principaux , que leur raison-nement leur sait trouver. Ces six cents treize Pré-ceptes font marquez selon eux dans le mot Hebreutora , qui signifie Loi, & dont les lettres contiennentle nombre de 611. & pouf trouver lès deux autresCommandemens qui restent, (d) ils disent que Dieudonna lui mêîne immediatement les deux premiers quiregardent son unité , (e) & la défense qu’il fait d’a-dorer les Statues & les Images- De forte que selon cesentiment, ces paroles du Deuïeronome , (f) Moiftnous a commandé la Loi, signifient seulement les (>il.Préceptes : mais cela n’est qu’un raffinement de la Cab-bale, qu’ost stomme Gematrique. (g) C’est pourquoiles plus doctes Rabbins croient que les paroles de laLoi, où il est parlé de l’unité de Dieu , n’exprimentpoint un Commandement particulier & séparé des au-tres ; mais qu’elles servent comme de Préfacé à toutDecalogue.

(h) D’autres Juifs, par un raffinement semblable de làCabbale, prétendent que ces 613. Commandemens dela Loi font tous compris dans les mots du Decalogue»qui renferment selon eux 613. lettres. Et parce qu’ils’y en trouve en effet 62.0. quelques-uns ont étendules Préceptes ou Commandemens jufqu’au nombre de620. Mais il n’est pas besoih de nous arrêter fur cessortes de fubtilitez qui tirent leur origine de la Phi-losophie de Pytlíagore & de Platon. , n ^ pasqu’on ne trouve de semblables réflexions ur les Nom-

G 2, bres ,

(r) Act. if. 10.

( 4 ) R. Bêchai fur la Loi.

(e) Eliezer Pirke. (/) Deuter.(g) Mecilcta Rasci. Albo. Abrab.(b) R. Abraham Seba.

4 -