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II. DISSERTATION SUR LËS CEREMONIES &c.
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tettrs ont attribué à la Messe qui étoit propre aux E-glises de France. Il croît de plus que Ja Messe qu’onnommoit autrefois Gallicane , a été prise de la Messequi étoit en usage à Tolede & dans toute l’Espagne,& laquelle n’est autre chose que celle qu’on appelleencore aujourd'hui Mosarabe. Mais il n’én apportéque dés conjectures, qui, prouvent seulement que cesdeux Messes convenoient en plusieurs choses.
On ne peut pas douter qu’il n’y ait eu en Espagneune Messe particulière dans tous les lieux qui étoientde la dépendance des Grecs ; puisque cette Messe seconserve encore présentement. Quoique Grégoi-re VII. ait substitué en sa place presque dans toutel'Espagne la Messe Romaine, il n’a pourtant pû em-pêcher que quelques Eglises d’Espagne ne l’ayent re-tenue, & entr’autres celle de Tolede & de Salamân-que, où elle se célébré encore aujourd’hui. Les Espa-gnols firent paroître un grand zèle pour la conserva-tion de leurs anciennes Cérémonies , & en même
tems beaucoup de fermeté pour ne point recevoirl’Office de Rome. Les Arragonnois furent les pre-miers qui le reçûrent fous le Pape Alexandre II. quienvoya pour cela en Espagne un Cardinal en qualitéde Légat, (a) Sancius Roi d’Arragon étant devenuRoi de Navarre par les foins & par le secours du PapeGrégoire VII. fit aussi recevoir dans la Navarre , laMesse & les autres Offices selon l’uíâge de Rome quiétoient déja établis dans l'Arragon : ce qu’on peutaussi voir dans les Lettres que le même Grégoire Vil.écrivit au Roi Sancius & aux autres Rois des Espa-gnes.
Alfonse Roi de Castille ne se rendit pas si facile-ment aux pressantes sollicitations de ce Pape. Le Peu-ple de Castille refusa auísi de prendre la Messe deRome : & le Roi même n’y auroit jamais consenti, sila Reine, qui étoit venue de France où le Rite Ro-main étoit en usage , ne l’eût obtenue de lui à forcede prières- Les Espagnols ne manquent ni d’Histoi-res , ni de Miracles pour faire valoir leur ancienneMesse Gottique : mais comme ces Histoires m’ontparu approcher de la Fable, j’ai crû qu’il seroit inuti-le de les rapporter. On remarquera seulement quecette Messe des Espagnols est celle là même qui estimprimée dans la Bibliothèque des Peres, fous le nomde Aéjsa Mosarabum , & qu’elle a été ainsi nommée,à cause que les Arabes ont été les maîtres de l’Espa-gne. On appelloit alors les Chrétiens de ce Païs-làMosarabes, c’est-à-dire, Mêlez avec les Arabes.
Il seroit inutile de m’étendre plus au long fur cettediversité des Messes & des autres Offices de l’Eglise,qui étoient austì-bien dans les autres Pa'ís que dansceux que nous venons de marquer. Le Païs-même,que nous appelions aujourd’hui Angleterre, avoit sonOffice & toutes ses Cérémonies differentes, long-tems avant que Saint Grégoire y eût envoyé Au-gustin pour convertir ces Peuples. Car cet Au-gustin n’est pas le premier qui ait annoncé l’Evangileaux Anglois, dont le Païs étoit connu fous le nom de(a) Pet. de Marca in Hist. Beam.
I Bretagne. Augustin n’établit le Christianisme que dansun certain Canton , une bonne partie de l’Isie l’ayantembrassé dès lors depuis long-tcms. Hoc in Ecclestis tuisfaciant , dit Saint Jérôme en une de ses Epîtres , quodRoma , stvé quod in Oriente , quod in Italia , quod inCreta , quodinCjpro, quod in Africa , quod in Illjrico ,quod ìn Hijpania , quod in Britannia. En général, tou-tes les Eglises qui reconnoissoient l’Eglise de Romepour leur Mere , ne convenoient point avec elle dansla Messe ni dans leurs autres Offices, Les Evêquesmême des plus grandes Eglises prenoient la libertéd’ajoûter ou de diminuer à l’Officè, selon qu’ilsletrouvòient à propos, & assez souvent sans l'autoritéd’aucun Concile. On n’eut pas tant de considérationpour les ordonances de Charlemagne & de ses succes-seurs, qui avoient établi dans leurs Etats l’uniformitëd’Office, qu’on n’y changeât de tems en tems quel-que chose. Les Religieux fur tout, qui s’esti-ment d’ordinaire plus que le reste du monde , vou-lurent aussi s’en distinguer par un Office particulier:ce qui a été si avant, qu’enfin le Pape Sixte V. futobligé de créer à Rome une Congrégation qu’on ap-pelle De’ riti , pour examiner ces nouveaux Officesqui se multiplioiênt tous les jours, & pour empêcherqu’ils ne s’augmentassent à l’avenir. Depuis ce tems-là ils font obligez d’avoir l’approbation de cette Con-grégation des Rites, pour autoriser leurs nouveauxOffices.
Nonobstant toutes ces varieteZ qui font peu consi-dérables , on peut dire que la substance de la Messe atoujours été la même dans l’Eglise d’Occident& que lesMesses Latines ont eu de tout tems plus de rapportentre elles, qu’avec les Liturgies des Eglises d’Orient,qtù ont toutes, comme il a été déja remarqué, laPriere qu’on appelle l’Invocation du S. Esprit, quine paroît point dans la Messe des Latins ; si ce n’estqu’on veuïlle dire qu’elle se trouve dans cette Priere :Quant oblationem tu Deus in omnibus qmjumus benedi -ïïam, adfiriptam , ratam , rationabilem , acceptamque fa-cere digneris , ut nobis corpus & fanguisfiat dileciìffimi Fi-lii tui Domini nojìrí Jestt Chrifii. II me semble quecette priere est la même chose que celle que les Chré-tiens du Levant appellent l’Invocation du S. Esprit.Toute la disserence vient de ce que dans la Messe desOrientaux elle se fait quelque tems après qu’on a pro-noncé ces mots, Ceci est mon Corps , & le reste : maisdans la Messe Latine elle les precede , & cela Raccom-mode mieux avec l’opinion commune & la plus reçûedans nos Ecoles, que la consécration consiste préci-sément dans ces mots que nous venons de marquer |au lieu que les Orientaux croyent qu’ils ne font rap-portez *que comme l’histoire de ce qui se passa lorsqueNôtre-Seigneur fit la dernière Pâque avec ses Apôtres.C’est pourquoi ils addressent encore après cela leurpriere au S. Esprit, afin qu’ils change le Pain & leVin au Corps & au San£; de Nôtre-Seigneur. [Quoi-que cela ait été explique par les Grecs au Concile deFlorence, qui déclarèrent croire que ces paroles, Ceciest mon Corps , font la consécration.]
FIN.
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