CEREMONIE
CHAPITRE XIX.
Des dijfcrentes AíeJJès de l’Eglijè d’Occident*
L A plupart de ceux qui ont écrit sur la Messe desLatins, croyent que Saint Pierre én est l’Au-teur , & qu’elle a seulement reçû quelques change-mens dans la fuite du tems ; màis cette grande diver-sité de Messes, qui a toujours été dans toutes les Egli-ses d’Occideht, & même dans la feule Italie, est unepreuve manifeste que Saint Pierre n’a point laissé à l’E-glise de Rome, non plus qu’à celle d’Antioche, dontil a été aussi-bien Evêque que de Rome, une formede Messe particulière. Seroit-il possible, que ni Eu-febe, ni S. Jerôme, qui parlent des Epîtres de ceSaint Apôtre , n’eussent point fait mention de cetteMesse de S. Pierre, s’il en eût laissé quelqu’une?Ainsi Popinion de ceux qui le font Auteur de la Mes-se des Latins, est plûtôt appuyée fur une Traditionpeu certaine, que fur de bonnes raisons.
( a ) Les Papes fe font plaint pendant long-tems dela trop grande diversité d’Offices qui fetrouvoient dansla plupart des Eglises qui étoient redevables de leurfoi à l’Eglife de Rome. L'Italie, dit le Pape Inno-cent I. en une de ses Epîtres, les Gaules, les Espagnes,P Afrique , la Sicile & les Isles qui font entre deux jdevraient fe conformer à l’Eglife Romaine pour leursOffices, puisqu’elle est la Mere de toutes ces Egli-ses. Tous ces Peuples, ajoûte-t-il, devroient garderuniformément ce que S. Pierre a établi dans l’Eglifede Rome , & qui s’y est toujours conservé , au lieuque chacune fait ce qu’il lui plaît le plus. Mais il neparoît pas que S. Grégoire le grand , qui a cependantété un des plus zélez défenseurs du Saint Siège , fesoit mis si fort en peine d’introduire l’uniformitéd’Office dans les Eglises qui avoient reçu leur créan-ce de Rome. (A) Il écrivit à Augustin , qui étoitalors en Angleterre pour y établir la foi, qu’il lui laif-soit la liberté de suivre les coutumes de Rome ou desGaules, ou de toute autre Eglise ; parce qu’en effetla diversité d’Offices & de Cérémonies ne peut ap-porter aucun préjudice au fond de la Religion.
Cette uniformité, que nous voyons aujourd’hui dans laMesse Latine & dans les autres Offices, n’a pas toûjoursexisté. Charlemagne, pour favoriser les Papes, fit toutson possible pour réduire les différents Offices, quiétoient en différantes Eglises, à celui de Rome. Sessuccesseurs n’oublierent auísi rien pour introduirel’Office Romain dans tous les lieux de leur dépendan-ce. Mais nonobstant tous ces efforts, & bien que lesPapes n’oubliassent auísi rien de leur côté pour cela, iln’est pas croyable combien il y eut de résistance de lapart des Eglises qu’on vouloir soumettre aux usages deRome. Chaque Nation alleguoit ses raisons pour nele point faire , comme s’il fe fût agi d’abandonner laReligion de leurs Peres.
Je ne pretens pas rapporter ici toutes les Messes dif-férantes qui ont été en usage en diverses Eglises d’Oc-ctdent, p arce q U ’ij n > en re st e de la plupart que desfragmens. Je me contenterai seulement de faire voirRomaine ne s’étendoit autrefois guéresâà de Rome, & que dans Rome même il est ar-rtve. la-dessus du changement, parce que la Messed aujourd hui, que nous prétendons être selon le Ri-re Romain, n est point l’ancienne Messe de Rome enson entier, mais un abrégé seulement.
Pour commencer par l’Italie , l’Eglife de Milan aeu une Messe, & même un Office entier différant decelui de IFome , lequel subsiste encore présentementen partie. On le nomme ordinairement l’Of-0 ») Innocent I. (b) Greg. l. Ep. ad Aug,
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fice selon le Rite Ambrosien, pour le distinguer duRite Romain. Quelques Auteurs, qui ont écrit furcette Messe Ambrosienne , ont marqué en même temsen quoi elle diffère de la Romaine, (c) WalafridusStrabo a prétendu que S. Ambroise en étoit l'Auteur;
6 qu’il la disposa d’une maniéré paiticuliére , tantpour son Eglise de Milan - que pour toutes les autresEglises de son Diocèse. Mais il y a de l’apparencequ’avânt même S; Ambroise , l’Eglife de Milan avoitun Office diffèrent de celui de Rome, auísi-bsen queles autres Eglises d’Italie, qu’il fut plus aisé de sou-mettre au Rite Romain que celle de Milan, qui semit à couvert fous le nom de S. Ambroise
Il y a eu dans Rome même une grande diversitéd’Offices, comme l’a remarqué Pierre Abalard. IIn’y avoit, (d) dit cet Auteur, que la feule Eglise deLatran qui conservât en son entier l’ancien Office deRome ; toutes les autres Eglises en avoient de diffé-rons. Radulfe de Tongres a auísi observé, eh parlantde l’Office Romain , (e) qu’il y ên avoit de deuxsortes à Rome, un long & un court ; & qUe ce der-nier, qui avoit été abrégé de l’autre , se disoit dans laChappelie du Pape - au lieu que, l’autre étoit propre-ment l’Office Romain. Il ajoute ensuite, que les Of-ficiers du Pape changeoient & abregeoient cet Officeselon qu’ils le jugeoiënt à propos pour la commoditédu Pape & des Cardinaux, & que les Frères Mineursprirent cet Office abrégé pour fe conformer à la Courde Rome. Us prétendirent apparemment satisfaire parlà à la Réglé que leur avoit laissée leur Patriarche, desuivre l’Ordre Romain. Enfin le même Auteur re-marque que le Pape Nicolas III. abolit entierementcet ancien Office Romain , qui étoit le véritable Of-fice de Rome , pour autoriser celui des Frères Mi-neurs : c’est pourquoi on substitua de nouveaux Mis-sels & d’autres Livres d’Office en la place des an-ciens: ce qui s’appelle aujourd’hui l’Office Romain;au lieu qu’il semble qu’on devroit plûtôt le nommerl’Office des Franciscains-
Les Gaules ont auísi eu leur Office particulier, dontil est fait mention dans les Epîtres de S» Jerôme &deplusieurs Papes ; & ce fut principalement en ces lieux-là que Charlemagne & ses successeurs firent tout leurpossible pour y introduire l’Office Romain. Le PapeAdrien envoya à Charlemagne le Livre que nous ap-pelions ordinairement le Sacramentaire de S. Grégoi-re , que cet Empereur avoit demandé pour introduiredans ses Etats la Messe & les autres Offices selon Pu-sage de Rome. Pépin avoit aussi avant ce tems-làbeaucoup travaillé pour le même dessein. (/) L’Ab-bé Hilduin rapporte P Origine de la Messe, qui étoiten usage en France, avant qu’on se sût confor-mé au Rite Romain, à S. Denys, qu’il nomme P Are-opagite ; mais fans qu’il soit besoin, de recherchercette Origine, il est constant que dans cette partiedes Gaules oû est maintenant la France, il y a eu uneforme de Messe particulière & différente de celle deRome : & le même Abbé Hilduin écrivant à PEmpe-reur Louis, fait mention de certains Missels fort an-ciens selon l’ufage de l’Egíife Gallicane , dont on sescrvoit avant que le Rite Romain fût introduit danscette Eglise.
(g) La Messe que Matthias Flaccus Ulyrícus fitimprimer à Strasbourg en 1557- a été effimee parplusieurs Auteurs être lá Messe de l’Èglise Gallicane :mais le Cardinal Bona a prétendu depuis peu faire voirle contraire par plusieurs raisons, & montrer que cet-te Messe est éloignée de tout ce q u e les anciens Au-
K teurs
(c) Walafridus Strabo.
(d) Abal. inEpist. Apol. AdV.Bern.
(A Radulfe de Tongres. (/) Abbas Hilduinus.
(g) Flaccus lllyricus. Lard. Bona lib. 1. Ret. bit. c. 1 a.