SUR LES CEREM. DES JUIFS. 75
duit à un mois à k sollication d un Ecclésiastique (a) zélé. Huit cent milleJuifs sortirent d’Eípagne avec des richesses immenses, & de ce grand nombrede fugitifs il en périt quantité par les naufrages, par la faim, par la misere, & sou-vent par la dureté de ceux chez qui ils cherchoient leur refuge. L’Hìstoire nousL* conservé la mémoire de ces duretés : mais les Génois ne perdirent pas cetteoccasion de signaler leur zèle pour le Christianistne. ll s agissoit d’apaiscr lafaim de ces misérables fugitifs, & de gagner lame par 1 extrême besoin du corps.Loccasion étoit belle. Les Génois allèrent trouver les Juifs avec la Croix dansune main & le pain dans l’autre. On n’en donnoit qu’á ceux qui rendoienchommage à la Croix. Cela sappelle un tour de maitre en fait de conversion*Lame de l’homme est si fort assujettie aux besoins du corps, qu il est ordinaire-ment très difficile quelle résisté quand il soufre : mais le mal est que lame a sonretour lorsque la íoufrance est pastee.
Nous n avons garde d’oublier ici le fameux attroupement des Pajìoureaux aucommencement du 14. Siécle. Cette Troupe Fanatique > qui avoit a fa tête urtPrêtre & un Moine, commit de grans désordres en (b) France fous le régné dePhilippe le Long , & surtout massacra impitoiablement les Juifs. Ces Fanatiquesne les traitèrent pas mieux en Espagne : mais les Princes furent obligés de travail-ler enfin à la destruction de ces misérables Pastoureaux , qui portoient la calamitépar tout, & la peste voulut bien sc mettre de la partie, pour exterminer cette en-geance. Malheureusement la peste fut encore funeste aux Juifs. On les accused’avoir conjuré &c empoisonné les eaux ; mais comme on les trouva inno-cens, ils ne furent que condamnés a sc convertir,souspeinedetrebrûlés. Plusieursmilliers de Juifs qui refusèrent de sc faire Chrétiens, surent envolés au feu.
Les Flageïïam sc signalèrent aussi en Allemagne vers le millieu du qua-torzième siécle. Ces gens, plus charitables &c plus dévots que les autres Chré-tiens de leur tems, voulurent bien prendre la commission de sc fouetter nudsavec des cordes garnies de pointes de fer, pour soulager les Ames du Purgatoi-re & expier les péchés des hommes. Avant que de commencer la flagellation , ilslisoient a haute voix leur commission contenue dans une Lettre que Dieu leur avoitecrite, Lc qui leur fut rendue par un Ange , avec ordre exprès de faire la péni-tence dont nous venons de parler.. Ils étendirent leur commission contre lesJuifs, & crurent devoir les massacrer ôc les brûler, pour rendre la pénitence plusméritoire devant Dieu.
Les Juifs eurent en Italie pour leur ennemi déclaré le Pape Jean XXIII. qui lespersécuta.vivement, & qui, comme Vicaire de Jeísis-Christ, le Maître des Ames& le Souverain des Etats, ordonna q if on.les convertit à la foi. Chrétienne. l|écrivit en Espagne, . asin qu’on travaillât a la conversion des Juifs, & la Regen-te du Roiaume en convertit un grand, nombre. Ceux qui refusèrent d entrerdans le chemin du salut furent brûlés ou contrains de s’enfuir. Deux Papes,Esc V. & Sixte V. les chassèrent,de lTtat Ecclésiastique , excepté de Rome &cde quelques autres Villes, Une des raisons qu’on allégua pour leur permettred siabiter dans Rome fut, qu'on cíperoit qu’ils se .convertiroient par la sociétéqu ils auroient ayeç lès; Çjrtéfiens , A.-que la vqë, continuelle du Pape les ren-droit psos honnêtes gens. Cette raison est forte & solide : mais pourquoi le Pèrecommun des Chrétiens n’accprde nl pas- la même faveur aux Hérétiques ì
11 faut convenir que les Juifs donnoient souvent prise íùr eux , soit par leurs
M z usures,
(a) Tarrecremata. .
(h On prétend qu’ils corrmeifferent leurs désordres en Eipagne&.qu’ils y prirent leur origine.