§0 TROISIEME DISSERTATION
V. Peines infligées aux Juifs. Marques qu ils ont été obligésde prendre , pour être distingués des Chrétiens &c. Arrêtsdes Princes & Décréts de t Eglise contre les Juifs.
L’Hìstoìre ancienne & moderne ne nous fournit aucun exemple de Peuple SCde Religion , qui aient été distingués d’une maniéré plus odieuse , que les JuifsSc le Judaïsme. NoUs laiíïòns aux Théologiens le foin de trouver dans cesdistinctions des marques visibles de la réprobation de cette Religion, Sc nous pas-sons aux exemples que l’Histoire nous a conservés.
Le Calife (a) Giafar-Sadek fit contre les Juifs Sc les Chrétiens la fameuse Loiqui ordonne, que leurs en fans qui se feroient Musulmans seroient les heritiers uni-versels des biens de leur famille. Cette Loi a fait plus de mal que les persécu-tions les plus violentes.
Adalla , qui voulut que les Chrétiens eussent la barbe rasée Sc portassent deschapeaux longs , ne fut pas plus favorable aux Juifs. Il ordonna que les-uns Scles autres seroient marqués â la main. Les Caíises firent plus. Dans la fuite (h) ils obli-gèrent les Juifs à mettre un morceau de drap jaune fur leurs habits pour les distin-guer des Musulmans.
(c) Mota r œakel voulut que les Juifs se distinguassent des Musulmans en portantune ceinture de cuir. Il les éloigna des charges, , leur desendit de monter àcheval, Sc ne leur permit que la voiture des ânes Sc des mulets. Ces Ordon-nances de Motanvakel , qui subsistent encore, a ce qu’on assure, traînent la hon-te & lignominie âpres elles : -mais il y a quelque chose de plus difàmantdans la maniéré dont l’Empereur Adrien traita les Juifs après la rébellion de l'Im-posteur Barchochebas . Il leur fit couper les oreilles. Long-tems auparavant , 1Ptolomée Philopater voulut qu’on imprimât for le corps des Juifs avec un fer chaudla figure dune fouille de lierre, qui est une plante consacrée à Bacchus: afin quel’on fût qu’ils avoient perdu leur liberté. Ce Prince vouloir les attirer dans íà Reli-gion par la crainte de subir une peine d autant plus honteuse quelle étoit foivie del’eselaVage.
Il y a quelque chose de plus singulier â la maniéré dont on traitoit les Juifs âToulouse dans le huitième Siécle. On les soustetoit trois fois Tannée â la portedune tglise designée par TE vèque, Sc c’étoit le Chef des Juifs qui recevoir le sou-flet au nom de toute la Nation. On peut voir Torigine de ce fouflet dans (d) Ca-
tel Sc dans THistoire de M. Basnage. A Beziers on chassoit autrefois les (e) Juifs
\
a
(a) 11 vivoit en 770.
(b) Us portent actuellement en Perse le morceau d’étose. C’est, suivant la Relation deThevenor, untpetite piece d’étofe quarrée , large de deux ou trois doits , cousue sur leur Caba ou robe, qu’ils portent au millieu del’efiomac environ deux doits au-dessus de la ceinture. II n'importe de quelle étofe soit cette piece, pourvu que la cou-leur soit différente de celle de l’habit , fur quoi elle es cousue. (c) Cé Calife vivoit en 846.
(st) La 'coutume s’abolit ensuite & l’argent les tira d’afaire. Les violences en matière de Religionfont bien plus du goût du Peuple , qui prend toujours pour des actes de véritable dévotion
tout ce qui fe s^t contre les ennemis de la foi ; mais le tribut étoit plus glorieux & plus di-
gne de l’Eglise- Cependant & le tribut & les coups furent également regardés par les Juifs comme despersécutions. H est vrai que le principe étoit bon , & que tout se saisoit au nom du Seigneur. Maisles Juifs pouvoient opposer bien des choses aux Chrétiens, & leur nier qu’en cette occasion ils fussentrevêtus de l’esprit de Dieu . parce que leur vie refutoit la Morale de l’Evangile. U n’étoit pas nécessaire derécriminer jusqu’àla calomnie, dans untems où les visions creuses & les occupations des Convens íournissoientune ample matière. Sur tout ils ne dévoient pas oublier les calçons que les Religieuses de Treves faisoientd’une certaine façon , asin que l’on s’éprit d’amour pour elles. L’Idée est trop singulière & trop bur-lesque pour la palier fous silence, quand on est obligé d’entrér en lice avec un controversiste billieux.
(e) On ne se contentoit pas de les chasser : on leur brisoit les fenêtres & les portes de leurs maisons. On
al-