io6 SUITE DE LA TROISIEME DISSERTATION
de la main droite. Il ne doit point y avoir de rature dans l'écriture. Enfin s’ily avoit quelque défaut dans ces Teffilins , la priere de celui qui s en íerviroitn'auroit point de force, &c Dieu ne l’écouteroit pas. On prend ordinairementles Teffilins le matin en se levant, parce que l’efprit, plus libre alors & plus dé-gagé - est aussi plus en état de prier fans distraction. Si malheureusement leTeffidm tombe du bras ou du front, le Juif, a qui cela est arrivé & les aísistans,(s’ils font Juifs,) doivent jeûner tout le jour. Quand on est a íès nécessités,on doit éloigner les Teffilins a quatre coudées de foi, ou , si l'on ne peut fairemieux, il faut les enfermer dans un sachet double & les mettre dans ion sein vis-à-vis du cœur. On doit éviter aussi de les avoir fur soi aux enterremens.
Les Teffilins ne font pas permis aux femmes, à cause qu elles font sujettes àcertaines infirmités ; outre que les Docteurs ont écrit, qu’il leur suffit de dire A-men aux prières de leurs maris. Des Juifs d’une pieté au dessus de la communeont porté quelquefois la dévotion des Teffilins jusques dans le lit nuptial : moiensage òí ingénieux, pour sanctifier une action où la sainteté paroît très peu pra-ticable, &c où la plus solide pieté risque de tomber en d'étranges distractions.
Léon de Modene a décrit le (a) Mezuza. (b) La Synagogue n’en a point, parceque c’est un lieu destiné à la priere publique & où l'on n’habite pas ordinaire-ment. Le parchemin du Mezuza , fur lequel le passage est écrit - doit être foulé dela fin de la ligne au commestcement ; afin qu’on lise le passage á mesure qu ondéroule ce parchemin; &: lors qu’on l’enserme dans le tuiau de bois, on bénitDieu, qui a ordonné à son Peuple le Mezuza. On le visite de tems en tems,pour voir s’il ne se gâte pas : quand l’on déloge, l’uíàge est de le laisser dansla maison que l’on quitte ; car (c) fans cela le Diable y entreroit infailliblement.On n*use pas de la même précaution pour le Chrétien , qui prend la place duJuif. On emporte avec foi le Mezuza.
Les BENEDICTIONS & les PRIERES des JUIFS.
Les Juifs ont une infinité de Bénédictions qui s'étendent sor toutes les choiessensibles; car ils ne doivent entreprendre ni toucher quoique ce soit qu’ils n’éle-vent leur cœur à Dieu &c ne le bénissent. Cette institution est très louable ensoi-même. On convient facilement que la premiere de toutes les Dévotions estcelle qui ne permet pas à l’homme de rien faire, fans bénir en même tems l’E-tre Suprême. Cependant cette pratique pieuse tourne sens peine en dévotionméchanique. (d) Par exemple les cent Bénédictions des Juifs se récitent souventavec distraction & d’une vitesse qui ressemble sort à celle d’un écolier qui courtà la fin de son travail. D’où vient cet abus ? Tout ce qui est réduit en systè-me dans la pratique de la Religion dépend d’un ordre prescrit par l’Eglise, &cque l'on s’impofe ensuite volontairement à soi-même. De quelque maniéréque cela soit, on s’accoutume insensiblement au íysteme Lt la dévotion devientune tâche qu’il faut achever. Le mal est que les hommes regardent cette pieté sy-stématique comme l'équivalent de leurs désordres, & qu’ils se persuadent fortementquelle apaisera la colere de la Divinité. De là le zèle de beaucoup de Dévots de
pro-
(<r) V. premiere Dissertation. Ch. 2. paragr. 2.
(/) Buxtorf. Syn. Jud. Chap. 31.
(c) C’est une superstition des Juifs Alternant.
(d) Voi. Léon de Modene premiere Disert. Ch. §4