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[Volume I.]
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Z2 DISSERT. SUR LA RELIG. CHRETIENNE

ça par l’accusor d’entretenir de mauvaises correspondances Sc d’avoir des intelli-gences criminelles. On repfesonta ensuite à íà Sainteté qu’il ne convenoit pointau Pere commun de tous les Chrétiens de nourrir l’heresie dans le Vatican } tan-dis que le fils ainé de l’Egliso travailloit à la détruire. Enfin Molinos fut emprison-né en ió" 8 5. Sc quelque tems après 011 emprisonna auífi plusieurs Ecclésiastiques ScSéculiers que l’on soupçonnoitde s’abandonner a la Contemplation Sc à l 'Oraison in -terieure . il est certain que si l’on eut toléré long-tems cette Secte, on auroit vuquelque fàcheuso révolution dans les pratiques de l’Egliso : sor tout si le Pape In-nocent XI. que (a) l’on fàisoit pastèr pour le fauteur du Quietiswe , avoit oie sodéclarer ouvertement son protecteur. Après cette, premiere levée de Boucliers,on fit écrire une (b) Lettre circulaire a tous les Prélats d’Italie Sc de toute la Chré-tienté , pour les avertir qu’il s etoit formé en plusieurs endroits de leurs Dio-cèses des Sociétés de Quietljles qui ensoignoient des erreurs abominables. Onexhortoit ces Prélats á travailler à la dissipation de ces Astèmblées, à choisir debons Directeurs, à faire en sorte que le chemin batu fut exactement soivi; maiscomme la voix de l'Eglifè n’est pas aisés redoutable aux enfans du Siécle, si esten’est soutenue des peines civiles , on ordonnoit sagement à ces Prélats de pour-suivre les Quietistes devant les Juges temporels. Il étoit tems d’en venir là ; car l’O-raison mentale decréditoit déja le Rosaire, ainsi que nous venons de le dire 5 plusieursdévots fè dégoutoient des Images, Sc quelques-uns ne comptoient plus leurs prières.Enfin Molinos fut condamné Sc nefe sauva du feu que par un aveu public, Sc peutêtre peu sincere, de íès crimes : mais il fut (c) enfermé dans une prison d’où il nesortit que par la (d) mort. On verra (e) dans les remarques une partie du Cé-rémonial de son abjuration, tel que nous lavons extrait dune Lettre inférée dansle Recueil de pieces concernant le 6 )uietisme imprimé en 1688.

Il est remarquable que les Actes de la condamnation de Molinos Sc la Bulle duPape Innocent XI. l’accuíènt de précipiter les fidelles dans (f) des infamies hon -tenfes, fins nous avoir découvert une soûle de ces infamies. S E-

(a) Voi. la Lettre qui dit que lTnquiíìtion prit la liberté d’examiner le Pape fur cet Article : mais cela estentierement dénué de preuves.

(b) Cette Lettre étoit du Cardinal Cibo. Elle fut écrite le i8. Fevrier 1687. On ylit 19. Articles ouPropositions que l’on imputoit aux Ouietistes; parmi lesquelles la 4 ruine Humanité de Jesus-Christ, la 5, lesActes de penitence : la 7. & la 13. détruisent les images : la 9. le Sacrifice de la Messe & la 10. l’Invocationdes Saints. La Lettre ne cite pas l’Auteur qui lui fournit ces Propositions hérétiques.

(c) En 1687. U etoit, dit le Morerj d’Hollande, âgé alors de 60 ans.

(d) U mourut en 1692.

„ (e) Un peu avant cette solemnité, le Pape donna Indulgence pleniére à tous ceux qui y assisteraient,,, & la proclamation qu’on en fit, jointe à la curiosité, où tout le monde étoit, de voir finir une affaire,„ qui tenoit le public en suspens, depuis plus de deux années, causa un si grand concours de peuple dans le„ lieu, où Molinos devoit faire son abjuration , qu’il fallut avoir bien de l’argent, ou du .crédit, pour y„ avoir une bonne place. Ce Docteur étoit fort bien ajusté, vêtu de neuf, & dans ses habits sacerdotaux.,, II avoit si bonne mine en cet état, que ses ennemis disoient qu’il ne manquoit d’aucun des agrémens, ca-3 , pables de charmer le beau sexe. On le mit, à la porte de la prison, dans un chariot ouvert, avec un.„ Dominicain à ses cotez , & quand il fut arrivé à la Minerve, on le laissa quelque tems dans un Corridor.„ Il tournois les yeux de côté & d’autre avec beaucoup de liberté d’efprit, rendant le salut, par un baiffe-,, ment de tête, à ceux qui le saluoient, & on ne lui entendit dire , pendant tout ce tems-là que ces seu-,, les paroles, Vous voyez ,, Aíestîcurs , un homme qui a été diffamé , mais qui en a beaucoup de douleur: infamata,, ma pentito. On le mena ensuite dîner , où il fut traité magnifiquement, & âpres dîner on le remena à„ l’Egliíê comme en triomphe, porté fur les épaules de quelques Sbirres , qui etoient dans un char. Lors-„ qu’on l’eut mis dans la place, qui lui étoit destinée , il fit une profonde révérence, & on ne vit jamais„ ni fur son visage, ni dans tout son air aucune marque de crainte ou de confusion. II avoit les mains liées,„ tenant un Cierge [allumé] qu’on y avoit mis, & cependant deux Moines, vêtus de longues robbes li-„ soient son procès à haute voix. On avoit aposté des gens,qui, à la lecture de certains Articles, fe prirent à„ crier au feu , au feu ; toute la populace les suivit. Le on l’avoit si fort animée contre ce malheureux, que si„ les Sbirres & les gardes, qui leremenoient en prison,ne fe fussent opposez à l’insolence de la canaille, ilau-„ roit été la victime de leur fureur. Lorfqu’il fut près de la cellule, où il devoir être renfermé pour toute íà„ vie, il y entra avec beaucoup de tranquillité, la nommant son cabinet: puis prenant congé du Religieux,

,, qui l’avoit accompagné , Adieu , dit-il , mon Pere, nous nous reverrons au jour du jugement , & alers il p a "„ roîtra de quel côte' la vérité est , ou du mien, ou du vôtre. «

(f) La Lettre de M. Palafox Archevêque de Seville parle aussi des excès abominables du perstde Molinos. Voie®les pieces qui sont à la fuite de 1 ’InstruLlion fur les divers états d’Oraifen par M. Bostuet.