44 SUITE DE LA DISSERT. SUR LES CEREM.
résistance inutile, & qui pourroit être hors de laiton. Voilà le manège qué le Peuple attribue à l’instuence duSaint Esprit.
Le Scrutin consiste donc à recueillir les voix & à examiner les suffrages qui se donnent par des Billets impri-més que les Cardinaux portent dans un Calice qui est fur l’Autel de la Chapelle où ils font assemblés pour nommerun Pape. La préparation de ces Billets est faite par les Maîtres des Cérémonies, qui les mettent dans deuxBassins d’argent placés aux deux bouts d’une longue table, qui est à côté du Maître Áutel. Chaque Billeta une palme de longueur & une demie de largeur. Ils font divisés'par des lignes parallèles en huit partieségales, prises fur la longueur de chaque Billet, tant du côté qui est écrit, que de celui qui sert de reversquand le Billet est plié. Ou voit dans le premier espace, qui doit être roulé en dedans, ces mots, Ego Car-dinalis un peu éloignés l’un de l’autre pour laisser la place du nom propre, Le second espace n’a rien d’im-primé. Le Cardinal y écrit son surnom & ses qualités. Le troisième a deux ronds fur ses deux extrémités.C’est la place du cachet que le Cardinal qui donne fa voix fait souvent faire tout exprès : car en cette occa-sion il ne se sert pas du cachet de ses Armes. Le quatrième est rempli de ces mots Eligo &c. comme on levoit dans la figure qu’on en donne ici. Le cinquième sert à y mettre le surnom & les qualités du Cardinal papable.Le sixième est comme le troisième. Le septième reste blanc, & le huitième est rempli par une Devise que leCardinal dont le Billet porte le nom choisit dans l’Ecriture Sainte. Le revers de chaque Billet est aussi di-visé en huit parties égales, presque toutes remplies de fleurons, afin que l’on ne puisse voir l’Ecriture qui est del’autre côté. On en voit ici la représentation. Avant le Scrutin on met dans un petit sac des balotes, fur les-quelles les noms de tous les Cardinaux font imprimés, pour en tirer trois scrutateurs, trois infirmiers &trois reviseurs.
Les Cardinaux font tout leur possible pour déguiser leur caractère* Ils écrivent eux mêmes ce que nous ve-nons de dire fur ces Billets du Scrutin : ou s’ils ne savent pas assés bien déguiser leu r caractère, ils font écrire parune main inconnue, afin qu’on ne puisse découvrir à qui ils donnent leur voix. Ils plient ces Billets avec touteJ’adresse possible ; afin qu’on ne connoisse point à qui ce Billet apartient. Ensuite ils cachent le Billet dans leursmain & s’en vont prendre leurs places : après quoi l’on commence le Scrutin de cette maniéré. Chaque Car-dinal prend entre le pouce & Y Index de la main droite le Billet qu’il a écrit & plié, & le tenant élevé afinqu’il soit vû des autres membres du Sacré Collegé, il le porte au Maître Autel. Il se met à genoux, sur lepremier degré dumarchepié, fait fa priere tout bas, monte aufli-tôt après à l’Autel & prête le serment tout haut :après cela il met son Billet fur la patene qui couvre le calice, le fait glisser de la patene dans le calice & s’en re-tourne ensuite à sa place. Les Infirmiers font cet office pour les Cardinaux malades. En voici la maniéré.Ils présentent à ces Cardinaux les Billets destinés au Scrutin , avec une boette en forme d’urne,& qui n’estouverte que par un petit endroit où le malade met ion Billet, fans qu’après cela il íbit possible de le retirerqu’en ouvrant la boette. Les Infirmiers portent la boette à la Chapelle , l’ouvrent en presence des autresEminences j & mettent ensuite les Billets dans le Calice de la maniéré qui a été dite.
Avant que de commencer le Scrutin , le Sacristain , qui est toujours de l’Ordre des Augustins , dit laMesse du S. Esprit. Les Scrutateurs se tiennent près du Maître Autel, pour avoir foin de mêler & d’ouvrirles Billets qui sont dans le Calice, & prendre garde que le Scrutin se fasse dans l’ordre. Le dernier Scrutateurprend ces Billets l’un après l’autre , & les montrant aux Cardinaux les met dans un autre Calice. S’il se trou-ve plus ou moins de Billets qu’il n’y a de Cardinaux, il brûle tout ce qui se trouve dans les deux Calices,& chaque Cardinal refait un Billet jusqu’à ce que le Scrutin réussisse. Si le nombre des Billets est égal aunombre des Cardinaux, ou publie le Scrutin de cette maniéré. Les Chefs des trois Ordres des Cardinaux serendent au Maître Autel, y prennent le Calice où sont les Billets, & le portent fur la table dont on a parlé.Us se retirent ensuite, &les trois Scrutateurs viennent s’asseoir à cette table tournés du côté des Cardinaux. Lepremier Scrutateur renverse le Calice sur cette table, ouvre les Billets à l’endroít où le suffrage est écrit,& re-garde le nom du Cardinal qui y est élu. A mesure qu’il les ouvre, il les sait passer entre les mains du se-cond Scrutateur, qui observe aussi le nom, & le donne au troisième Scrutateur, qui lit le nom à haute voix.Cependant les Cardinaux marquent les noms de chacun fur une feuille où les noms de tous les Cardinaux son timprimés. Ceux qui font nommés marquent aussi les suffrages qu’on leur donne, pour voir s’ils en ont lenombre suffisant pour être élevé sur le thrônè pontifical. Ce nombre doit être au moins des deux tiers.
Tous ces Billets sont enfilés par le dernier Scrutateur, afin qu’il ne s’en écarte aucun , & cette liasse de Bil-lets est gardée à vue, jusqu’à ce que le dernier Scrutateur l’ait mise dans un Calice vuide destiné à cela. A-près que le Scrutin est fini, on compte une seconde fois les Billets & les trois Reviseurs les examinent. Apres-que sélection a été trouvée canonique, on brûle tous ces Billets. U est pourtant permis alors de les déplier en-tierement & Von y decouvre bien des infidélités. Si le nombre des suffrages n’est pas tel qu’il devroit être,on garde ces Billets pour tenter de faire le Pape par YAcceJfus. Il faut observer en passant que le Scrutin neva gueres fans cet Acceffus & qu’il est presqu’inoui que le S. Pere ait été élu par le premier seul. L ’ Acceffussert donc à corriger le Scrutin. On y donne sa voix par d’autres Billets fur lesquels on écrit accéda Domino&c. quand on joint fa voix à celle u’un autre ; ou bien accedonemini , si l’on se tient à son premier suffrage-Tout se sait à YAcceJfus comme au Scrutin , excepté que l’on ne réitéré pas son serment. Les Scrutateursexaminent les Billets de YAcceJfus comme il ont fait ceux du Scrutin, 8c les Cardinaux marquent de même lessuffrages qu’il procure aux sujets papables.
L’usage de YAcceJfus est venu de l’ancienne maniéré de délibérer dans le Sénat Romain. Lors qu’unSénateur fe trouvoit de l’avis d’un autre, il se levoit de son siège, s’aprochoit de son Collègue. Celas’appelloit pedibus ire in sententiam , & ces Sénateurs étoient surnommés pedarii. Lorsqu’ilsne quittoient pas leurplace, ils disoient , accedo ad Sententiam &c.
Après que les Cardinaux reviseurs ont examiné fort exactement les suffrages de YAcceJfus, & qu’il se trou-ve que sélection du Pape est entierement canonique, on fait entrer dans la Chapelle, où s’est faite sélection,trois Protonotaires Apostoliques, qui dressent VActe de sélection fur sinspection des Billets & autres piècesque les Scrutateurs & les Reviseurs leur exhibent. Tous les Cardinaux qui ont assisté au Conclave signentcet Acte, y apposent leurs cachets; après quoi les trois Scrutateurs brûlent en presence de tous les Cardinauxles Billets du Scrutin & de YAcceJfus. _
On. élit le Pape par Compromk, quand leurs Eminences ne pouvant s’accorder pour sélection, s’engagent