DES CATHOLIQUES ROMAINS, ioi
On a remarque (a) que chez les ailciehs Egyptiens la Lettre Tau , qui estune eípéce de Croix, signifioit la vie a venir. Ils reprêsentoient leur Dieu Serapisavec cette Lettre íur la poitrine. Ne voilà t’il pas un embleme remarquable de laCroix pectorale des Prélats de l’Eglise ? Un des Devoirs Religieux du Paganismeetoit celui de baiser la main en la portant à la bouche, le premier doit pose en for-me de .Croix fur le pouce. La Croix a été venerée des Chrétiens dés lespremiers Siécles de l'Eglise , ils la traçoient for leur front, pour montrer auxPaiens qu’ils faisoient gloire. d’être les Diseiples d’un Dieu crucifié : & pour mieuxse distinguer encore des Idolâtres, ils: faisoient le signe de la Croix afin qu’ils pus-sent se reconnoítre au millieu des infidelles , & se reiinir tous ensemble fousla. Bannière ~de l’Evangile. Ils prioient Dieu en joigiiant les mains ou lesétendant * vers,, le CieL en forme de Croix : ils se perfoadoient déslors que le Diable avoit une (b) peur horrible de ce signe , & que rien n etoitplus capable, de le renvoler en Enfer. Peut-être qu a cet égard il y avoit beau-coup d’allegorie dansles. expressions des Chrétiens de ces premiers Siécles : maisquoiqu’st en foit on ne • íàuroit nier que la Dévotion de la Croix ne foit allée enaugmentant depuis cés premières idées. Dés le commencement du quatrièmeSiécle cettte Dévotion _ s etoit accrue de beaucoup par . l 'Invention de la-Sainte Croix, que 3te. Helene , mere. de l’Empereur Constantin le grand, eutle bonheur de trouver, en son voiage de la Terre Sainte. Le fils non moins re-ligieux que la mere fit mettre la Croix for ses étendars, ou, pour mieux di-re , les fit faire en forme de Croix. Cependant on prétend quelle ne fut in-rroduite .dans les Eglises qu’au commencement du cinquième Siécle, bien quel-le parut depiiis long-tems for les monoies & for lés bannières, (c) for les bou-cliers , fur les casques , & for les couronnes des Empereurs. A la fin du septièmeSiécle le sixième Concile Universel tenu à Constantinople ordonna que Jesus-Christ seroit peint en forme humaine fur la Croix , pour représenter plus vi-vement au Chrétien la mort & la passion du Sauveur: mais les figures symboli-ques de Jefos-Christ étoient déja enuíàge depuis quelques Siécles. On peignoir Cu-vent Jesus-Christ en forme d’Agneau (d) au pied d’une Croix ; on y ajoutoit{e) le S. Esprit fous la forme d’une Colombe. Quelquefois on peignoir unecouronne, au haut de la Croix , pour montrer au fidelîe, que la couronne de1 éternité. est le prix de ses foufrances pour la Croix de Jesus-Christ. On pei-gnoir íduvent un cerf au pied de ce bois sacre, parce que le cerf ennemi du Ser-pent est le íymbdie de Jesus-Christ ennemi du Diable. Toutes ces figuressymboliques disparurent à la vue du Sauveur représenté en forme humaine for laCroix par le decret du sixième Concile Oecuménique, & c’est-là la première ori-gine des Crucifix.
if) On prétend que la Croix de Jesus-Christ étoit de chêne. Nous ve-nons
C) Voies Cal. Rhod. Lest. yînt. L. io. Ch. 8.
(b) S.Hieron. de Nativ. ILoc Jìgnum Diabolus contremifcit. 8cc. Le Cardinal Rond dans fon Livre de DivinsPsalmodia. Cap. r 6. a pris la peine de ramasser toutes les vertus du Signe de Croix. La Croix est, dit-il, le [eau duSeigneur , elle est fur le front du Chrétien ce que la Circoncision est au Juif. Elle est l’échelle par laquelle°. n monte droit au Paradis. Elle donne la vie, delivre de la mort , méne à 1 a vertu , empêche la corrup-yon ( du fidelîe y ) éteint le feu des passons , ouvre le Ciel , garde les villes , fortifie & cimente l’ami-né, gcc. Moïse frapa deux fois le rocher en íaiíànt le signe de la Croix. Severe, Poète Chrétien , a chante
ans ses Bucoliques, qu’un Berger avoit garanti ses brebis de la gueule du loup en leur imprimants la CroixUr le front. Prudence, autre Poète Chrétien, ne s’est pas moins étendu fur la vertu de ce bois divin.
(c) Voi. Lipf. de Cruce.
(d) Sub Cruce janguinea nìveo fiat Christus in agno. S. Pctulin,
.C.O V. Casai, de Ritib. Veter. Christ.
(f) Nicquet de titulo fan cl a Crucis.
Tome I. z. Partie. C ú