142 DISSERTATION SUR LES CEREMONIES
& contre la Canonisation , & quand elle a été résolue à la pluralité des suffra-ges, le S. Pere '(a) intime le jour destiné,pour cette Cérémonie.
Le jour de la Canonisation le. Pape officie en blanc ; leurs Eminences sonten habits de même couleur. L’Egìiíe de Saint Pierre est soperbement tapissée.On voit sor les tapisseries les Armes du Pape & du Prince ou de l’Etat qui deman-de la Canonisation brodées en or ou en argent. Une infinité de flambeaux éclai-rent: de tous côtés dans l’Egliso , où des milliers d’Ames Chrétiennes attendentpeut-être avec une impatience de dévot, que le fidelle canonise ait fait son en-trée publique dans le Paradis, pour après celà lui adresser leurs requêtes fans quel-les risquent d’être rejettées. Nous nous étendrons sor les particularités de la Ca-nonisotion, lors que nous en décrirons la cérémonie, telle qu elle fut faite fous lePontificat de Clement XI. . . r
La Canonisation coute des sommes immenses aux Souverains qui veulent ac-quérir la gloire de la procurer à quelque fidelle. Ce que l'on appelle Béatifica-tion en est en quelque façon le préliminaire. La Béatitude conduit naturelle-ment a la Sainteté, & fait présumer que celui que l’on regarde ici bas commeBienheureux doit être reconnu pour tel dans les Cieux: mais cependant plusieursBeats n’ont pû arriver encore à la Sainteté , soit que l'on n’àit pû leur procurerles témoignages & les certificats nécessaires, ou que l’on n’ait pas recueilli enco-re assés de miracles pour les sûre déclarer Saints ; car st en est deux comme desSoldats qui veulent s’avancer dans les Charges militaires. Il faut que les uns ôcles autres produisent au moins quelques marques d’une valeur distinguée -, &ccomme les Grands de la Terre ne sont pas toujours a portée de juger du méritépar eux mêmes, il faut encore aux uns & aux autres des patrons qui exposentleur : vertu aux yeux des Grands-& des Avocats qui plaident en leur faveur.
La Nativité des Martyrs, la Commémoration de leur mort, les Offrandesqu’on faisoit a leur mémoire en ces jours de solemnité, & la vénération extraor-dinaire que l’Egliso témoignoit pour ces genereux defeníèurs de la vérité , ontprecedé de plusieurs Siécles la Canonisation des Saints, (b) On trouve pourtantdes traces de leur Invocation plusieurs années avant le premier Concste de Ni-cée. A la fin du troisième Siécle & au commencement du quatrième, on com-mença à recueillir leurs Reliques, qui fe trouvoient fort dispersées a caufè des persé-cutions. L’Auteur Protestant que nous citons au bas de la page insinue que (c) l’In-vocation des Saints est due aux Prosopopées & aux Apojlrophes des Orateurs Chré-tiens de ces premiers Siécles. Quoiqu’il en soit, dés lors on faisoit de pieiiíèscourses vers îes sopulchres des Martyrs, & l’on n’en revenoit guéres íâns rappor-ter avec foi quelques parties de leurs corps. Les admirables propriétés que l’ondécouvrit dans ces Reliques , pour la guérison des malades Le pour le • salut delame, donnerent origine a leur translation. On fe persuada que les corps des :Saints pourroient attirer la bénédiction du Ciel fur les Villes &'fur les Etats.Les Roiaumes fe mirent sous la protection de; ces Saints. Des miracles sons nom-bre , rapportés par les légendes, tant anciennes que modernes, prouvèrent auxpeuples que la protection des Saints n’étoit pas une choso indifférente. On pla-ça leurs Images dans les Eglisos Sc leur nom fut iníèré dans les Litanies. Jusques»la les Canonisotsons'sc faifoienc par un consentement tacite du Clergé & sons aucu-ne formalité : mais long-tems auparavant on avoit dans les Eglises Chrétiennes l’usog e
O) Voi. Chiapponi Acta Can. &c. Roms 1720.
{b) Voi. ce que dit un Auteur Protestant dans son Bst. des Cerem. & Superfl. Ed. de 1717.(c) Hifl. des Cerem. J ‘ / - .t