Band 
[Volume I.]
Seite
168
JPEG-Download
 

168 DISSERTATION SUR LES CEREMONIES

Le JUBILÉ.

Le Jubilé est ct’utie origine moitié Juive & moitié Paienne. Chez les Juifsil annonçoit la liberté aux esclaves , aux pauvres l’acquit de leurs dettes, & lerecouvrement des biens à ceux que la nécessité avoit contraint de les engager.Même les terres sé repoíòient pendant l’année du Jubilé Judaïque. Le Papeaccorde par le Jubilé Chrétien, dont le premier n’étoit que l’image, de sembla-bles privilèges aux âmes Chrétiennes. C est pour elles une année de repos. S.S. les afranchít du péché, soulage la pauvreté spirituelle du pénitent en lui ou-vrant (a) les thresors de la Miséricorde Divine , lui remet íès dettes & le faitrentrer en poíléssion des biens celestes. D autre côté il semble que le Jubilé aitété destiné a succéder aux Jeux séculaires des Romains, & que pour détournerle peuple Chrétien de cette Cérémonie Paienne, Bonifaoe VIII. ait voulu ensubstituer une meilleure, qui est accompagnée de plusieurs actes éclatans de pie-té. Ce fut lui qui fit celebrer le premier grand Jubilé.

Le Pape Boniface VIII. (h) en instituant ce grand Jubilé, déclara expressémentpar fa Bulle, que ceux qui 'visteroient en tannée 13 oo. & tous les cent ans ensui-te les Basliques de S. Pierre & de S. Paul , après s’être confessés & repentis sincè-rement de leurs péchés , en obtiendroient une entiere rémission & des Indul-gences aussi étendues qu’il soit possible d’en fournir à des pécheurs repentans. ilne paroit pas, dit M. Turtin, (c) que ce Pape ait fait la moindre attentionau Jubilé Judaïque, puisque non seulement il ne donna pas le nom de Jubilé ason institution, mais qu’au contraire il doubla le terme prescrit aux Juifs. Il n’enfut pas de même de Clement VI. Ce Pape nomma l’Institution Jubilé & or-donna qu’on la celebreroit tous les cinquante ans.

Divers Auteurs Catholiques ont trouvé de la conformité entre le Jubilé desChrétiens & les Jeux séculaires des anciens Romains. Nous citons (d) deuxpassages sor ce sojet, sons prétendre cependant nous recrier contre la Cérémoniedu Jubilé. Le mal ne résidé pas dans le raport qui fe trouve entre une pratiqueétablie dans une faussé Religion & celle qui est adoptée par la véritable, maisdans l’abus & dans la superstition où conduisent infailliblement les vues d’inte-rêt & d’ambition.

Onuphre compare formellement le Jubilé aux Jeux Séculaires. ,, Onyfaisoit,„ dit-il, l’expiation des péchés de Rome; on sé regeneroit, on promettoit de,, mieux vivre. Notre Jubilé nous accorde le pardon général de nos péchés. iCM. Turtin nous fournit dans so Dissertation de quoi faire une exacte comparai"son de ces deux Cérémonies. Nous rapporterons ce qu’il en dit. „ Il faut,, chercher l’une & l’autre a Rome. On publioit solemnellement les Jeux sé"„ culaires, de même qu’aujourd’hui l’on publie le Jubile par des Bulles en-

„ voiées

(a) Les Indulgences-

(b) Le caractère quel’Histoire donne à ce Pape fait présumer avec raison qu’ïl instituale Jubilé pour anaauerde l’argent & pour donner del’éclat à la Dignité Pontificale. Revêtu de ses habits pontificaux le premier jourde son Jubilé, il donna comme Pere commun des Chrétiens la bénédiction au peuple: mais le lendemain u eprésenta comme Empereur,paré du Diademe, revêtu des ornemens de l’Empire. S. S. fit même porter devantelle une épée nue ; & pour montrer fa double puissance le Vicaire de Jesus-Christ crioit, astis fui jOÎÎThrône; Voici deux glaives, yllbert ICrantz, cite par M. Turtin dans íâ Dissertation des Jeux Séculaires.

(c) Dijs. de Ludis Sœeularibus. , ^

(d) Polyd , Virgile dit dans son Livfe de Inventer . Rerum, que ce Pape institua le Jubilé pour retour-ner les Chrétiens de la superstition des Jeux Séculaires. Le Card. de Pavie parlant du Jubilé dans une ettrqu’il écrit au Pape Paul II. l'appelle une imitation de £ancienne fuperftithn (antiqm vanitatis.)