i8 6 DISSERTATION SUR LES CEREMONIES
de Jesus-ChrisT, qui se déchirent, à coups d'aiguillons -{a) Sc de roíëttes cfá-cier, qui tournent la pointe des épées nues contre leur poitrine, ou qui íë font délarges blessures pour l’amour de Dieu. Peut on pousser le Chrissianissne plusloin que de íbufrir volontairement des maux que le Sauveur du Genre humainn’a pas exigé?
(b) En Espagne Sc en Portugal plusieurs dévots font pénitence par procura-tion. Ils ont des gens gagés pour se discipliner â leur place, Sc ceux-ci íë don-nent le fouet avec toute la rigueur d’un dévot qui se punit de íês péchés, &qui veut paier aux dépens de son corps ce qu il croit devoir a Dieu. Pendantces rudes pénitences, les femmes, qui en examinent pieusement tout le mérite,{c) crient &: pleurent de toute leur force. Elle íë meurtrissent aussi de coupsla poitrine &le visage, s arrachent les cheveux, Sc font avec tout le zélé possiblede vifs reproches à ceux qui ne íè disciplinent pas assés durement. D autre côté lesPenitens íè font revenir le cœur â force de boire, & pendant qu’ils donnent quel-que relâche a leurs actes de pieté, les flaçcons de vin passent Sc repassent de mainen main ; les pénitentes régalent de liqueurs Sc rafraichiííènt les patiens ; ensuiteon recommence a pleurer , a demander à Dieu fa miséricorde, Sc à invoquertous les Saints du Paradis. Ce mélange de pénitence Sc d’ivrognerie n’a rien de cho-quant dans lés Pais où l'on croit de bonne foi que la Religion Chrétienne exi-ge une telle conduite ; Sc si l’on ajoute a cela le tempérament des Peuples, lachaleur du Climat', qui produit dans un cerveau brillé des idées excessives, Scles impressions que l'on reçoit de íês Pasteurs, il faudra heceíîàirement avouerque rien n’est plus raisonnable, ou íë reíoudre a être brûlé.
(d) L’Abbé Boileau ne remonte pas plus haut que l’onziéme siécle , pourtrouver l’origine des Flagellations dans la pénitence. C’est alors , dit-il, quedes hommes encapuchonnés s’armerent de fouets Sc de verges pour apaiíèr laDivinité par des Flagellations trés rudes. Il paroît qu’alors on s’imposoit les tâ-ches de dévotion les plus'onereuíès, Sc des pénitences excessives. Enfin les Fla-gellations allerent si loin , qu’il fe forma dans le treisiéme siécle une Secte de
Fla-
(d) Volages du S. Dellon. To. I. Edit, de 1705?.
( 'b) Ce n’est pas seulement en Espagne & en Portugal que les pénitences par ccmmiííìon font en usage. On lesvoit auffi en Provence & en Italie. II y a quelques années qu’un certain saques Zéger faisoit ce charitable mé-tier en quelques villes .de Brabant. Cet homme se souettoit jusqu’au sang, en présence du pécheur, pourvuqu’il lui payât dequoi acheter quelques liqueurs cordiales avant que de commencer la discipline; outré ce qu’ilse faisoit payer pour la pénitence. II avoir, dit-on, deux filles qui faisoient auffi des pénitences , tant pour le 5Dames que pour les femmes & filles du commun , qui avoient dequoi payer. II avoir taxé le prix des jeune 5qu’il devoir faire, selon qu’ils étoient plus ou moins difficiles: 11 prenoit dix fols pour un jeune , où il n emangeoit point de viande. II en prenoit trente pour jeûner au pain & à l’eau : mais pour les pénitences où il f®fàlloit fouetter, & pour les autres actes de pieté de cette nature, iln’y avoir point de prix fixe: il falloir s’ac-qordçr auparavant. II deploioit son Regître en présence du pénitent, & l’on y lisoit le détail des engagemensqu’il étoit accoutumé de prendre : une pénitence de quatre jeunes ordinaires, íe récit de 52. Ave Maria pafjour, une pénitence de 25. coups de fouet un vendredi après minuit, avec un Miferere mei Deus, un jeuneau pain & à l’eau un mecredi, avec trois Magnificat récités avant le Soleil levé, une pénitence de cinq Ro-saires récités à l’heure de midi, avec les sept Pfeaumes pénitentiaux , & les litanies de tous les Sts. Autres pé-nitences , d’entendre trois Meífe tout de fuite à l’Eglise des Jésuites, devant St. Ignace, les genoux nuds fusJç marbre J se tenir debout les deux bras étendus devant une Image de la Ste. Vierge, depuis une heure aprèsrniquit jusqu’a deux, faire le tour du St. Sacrement de Miracle à cloche pied nud, sans pouvoir se reposesque de cent en cem pas, s’arracher 150. cheveux de la tête à la porte de l’Eglise des Carmes, ou il fàlloit LtrSentre deux & trois heures du matin, & réciter là 150. Ave Maria, se donner vingt cinq coups de fouet,en récitant le Domine he ìn furore jusqu’à Beati quorum, dire à genoux nuds , & fur une planche semee desable, 250. Ave Maria , avec 5 - fois le laudate Dominum , coucher trois nuits tout nud & f anS elxmisedans des linceuls parsemés de crin de cheval, assavoir le lundi , le mecredi & le samedi.. Nous ne poussonspas plus loin un détail qui. ne fait pas honneur au véritable Christianisme. Ces pratiques, bien loin d’e-tre ordonnées, font méprisées par les vrais Chrétiens & défendues par les Pasteurs qui veulent honorer la Re-ligion.
(c) Dellon. Ibid. 1
(d) Hist. Flagell. Cap. VIL