i88 DISSERTATION SUR LES CEREMONIES
„ Les vœux & les Pèlerinages que l’on fait aux Tombeaux des Martyrs 5 c„ des autres Saints, aux Eglises, aux Chapelles Sc aux autres lieux de Devo-„ tion, sont d’une grande antiquité &: autorisés par le témoignage des Peres,, Sc des autres Ecrivains Ecclésiastiques, (a) Ainsi s’exprime M. Thiers. Mais,„ ajoute t’il, de s’imaginer qu’on ne íâuroit être parfait fans faire des pelerina-,, ges aux lieux saints , ou que parce qu’on fait des pèlerinages aux lieux„ saints Sc qu’on y offre des vœux Sc des prières, on obtiendra de Dieu ce,, qu’on lui demandera par l’interceísion des Saints qu’on y réclamé, on fera,, délivré certainement des maux Sc des peines que l’on soufre, on fera exemt,, de péché, on mourra dans la grâce de Dieu, Sc on sora sauvé, quoiqu’on„ méne une vie commune .... c’est une erreur grossière. " Nous croionsque fans sortir de chez soi l’on pourroit fort bien fe ressouvenir des Saints ; imi-ter leurs vertus fans courir de lieu en lieu, Sc prier Dieu fans visiter toutes lesEglises d’une Ville.
Nous venons de dire que les plus fameux Pèlerinages se fàisoient autrefois àla Terre Sainte. Rome, Compostelle, Lorette sont aujourd’hui les plus célébrés. Nousavons déja parlé du pèlerinage de Rome sous le nom de Jubilé. Les dévots se ren-dent a Compostelle pour y visiter les Reliques de S. Jaques le Majeur , connuau vulgaire sous le nom de S. Jaques en Gallice : Ils vont à Lorette pour visiterNotre Dame.
Voici ee qu’un (b) bon Auteur nous dit touchant l’Apôtre qui est l’objet dela dévotion des Pèlerins. ,, S. Jaques ( c ) Patron de toute l’Efpagne, repose de-„ puis neuf cens ans dans la Métropolitaine de Compostelle. La figure de ce„ Saint Apôtre est fur le grand Autel : C’est un petit buste de bois toujours3 , éclairé de 40. ou 50. Cierges blancs. Les .... Pèlerins baisent la figure„ par trois fois Sc lui mettent leur Chapeau fur la tête avec une dévotion xcs-„ pectueuse. On voit dans l’Eglise une trentaine de lampes d’argent íùípen-„ dues Sc toujours allumées , Sc six grands Chandeliers aussi d’argent de cinqj, pieds de haut donnés par Philippe III. Tout autour de l’Eglise on voit de,, belles plate-formes de grandes pierres de taille ou l’on se promene , Sc au-,, destus on en voit une autre de même où les Pèlerins montent Sc. attachent,, quelque lambeau de leur habit à une croix de pierre qu’on y a élevé. Ils font„ encore une autre cérémonie qui n est pas moins singulière. Ils passent trois,, sois sous cette Croix par un trou si petit, qu’ils font contraints de se glisser„ fur l’estomac contre le pavé, de sorte que ceux qui ont un peu trop d’em-„ bonpoint ont beaucoup a soufrir : cependant il faut qu’ils en passent par-,, la, s’ils veulent gagner l’Indulgence qui y est attachée. " Voila la porte
étroite
(a) De la plus nécessaire de toutes les Dévotions. Ch. 23. Les Courses, que l’on a nommées Pèlerinages»commencerent fous le régné de l’Empereur Constantin le Grand. Elles devinrent beaucoup plus fréquentes versla fin du quatrième siécle: mais c’étoit peu de chose en comparaison des Pèlerinages des siécles fuivans. Le dixiè-me se rendit célébré par ceux de la Terre Sainte, qui donnerent enfin naissance aux Croisades. On doit comptesparmi les Pèlerinages, les dévotions solemnelles que les Juifs éloignés de Jérusalem alloient faire au moins unefois Tannée dans cette Capitale de la Judée, & les volages des dévots de T ancien Paganisme pour consulterl’Oracle d’Apollon à Delphes, de Jupiter Ammon en Afrique, de Serapis en Egypte ,& de TrophoniusenBœotie à Tantre qui portoit son nom.
{b) Etat de l'Espagne par T Abbé de Vayrac. To. I. Ed. d’Holl. 1719.
(c) Le Corps de S. Jaques est à Compostelle depuis le commencement du neuvième Siécle, & depuis cetems-là il s’est fait de grands miracles en cette Ville. Tamayo de Salazar cité par le P. Giry , assure que cet A-pôtre a favorisé de quinze disserentes apparitions les Rois & les Princes d’Efpagne, & que toutes ces apparitionsont toujours été suivies de quelque avantage considérable. Par exemple il fe mit un jour à la tête des troupes d unRoi d’Ffpagne á les conduisant lui même contre les Maures, monté fur un cheval blanc, il défit soissante Sidix mille dè ces Insidelles. Plusieurs siécles auparavant Castor & Pollux tous deux montés fur des chevauxblancs étoient aussi venus au secours des Romains contre les Latins,
i