DES CATHOLIQUES ROMAINS, a;
íès souffrances, & si persuadé quelles lui procureront la félicité éternelle, qffil soli-ste ses maux fans murmurer & íâns se plaindre.
La Procession du Crucifiement de Jesus-Christ , telle qu elle íè fait ìBruxelles, n est pas moins extraordinaire. La Cour & la Ville l’honorent déleur présence, non qu’ils ne soient peut-être intérieurement persuades de Tin dé-votion de cette Cérémonie, mais par coutume, &parce que (a) 1 ancienneté déson établissement lui a acquis la saveur du Peuple. Cette Cérémonie se faitdans l’Eglise des Augustins au pied des Autels : la Procession s’aísemble dans laCathédrale de Sainte Gudule à huit heures du matin. Ceux de la Confrérie déMisericorde s’y trouvent en habit de la Confrérie , le visage masqué, les piedsnuds. Quelques-uns ont des tambours couverts de drap noir. Après les Con-frères marchent plusieurs prisonniers : chacun de ces prisonniers traine un bouletde canon qui est attaché a son pied par le moien d une chaine de son Quel-ques Religieux Augustins travestis en Juifs marchent après les prisonniers : onvoit au millieu deux un (b) homme lié, couronné d’épines & vêtu dsone rob-be de pourpre. Quelques trompettes suivent, après quoi paraissent les Chanoi-nes , les Prêtres &c le peuple. Tous ces dévots entrent en foule dans l’Eglise,mais la presse y est si grande, qu’une partie du Peuple est obligée de rester à láporte de l’Eglise. On y voit fur un theatre spacieux & élevé une grande Croix devint pieds de haut. C’est-la qu’on fait monter cet homme qui doit représen-ter le Sauveur crucifié. Ceux qui representent les Juifs y montent aussi avecdes marteaux, des doux & des cordes : les Confrères de Misericorde se ran-gent autour du theatre, les Dames y sont fur des sièges élevés, & le peupledans le parterre. Ceux qui se sont travestis en Juifs dépouillent de ses ornemensle représentant de Jesus-Christ , l’étendent sor le theatre, jouent aux dés ìqui aura fil dépouille après l’avoir ainsi étendu, reviennent ensoite a lui. Scle déshabillent juíqu’à la chemise. Enfin on met le patient en Croix, & pourcet effet on lui attache les pieds & les mains avec des couroies que les doux re-tiennent à la Croix : & pour mieux imiter les soufrances du Seigneur, il y asous ces couroies de petites vessies pleines de sang, en sorte qu’étant crevées par lesdoux il semble au Peuple que le sang coule des pieds & des mains du Crucifié.Voila le pathétique de cette farce pieuse. A l’aspeâ de ce sang le Peuple est ému Léles plus dévots se donnent des coups à la poitrine, pendant que les Moines chan-tent des Antiennes convenables.
Il seroit inutile de décrire ici tout ce qui se pratique de biíârre le VendrediSaint en divers Etats de la Chrétienté. On n’auroit jamais fini, si l’on vouloirparler de Y enterrement de Chris , tel qu’on le fait en Portugal ; des differentes ma-niérés de le crucifier ailleurs ; de toutes les marches & contre-marches des Pro-cessions de Pénitens de toutes couleurs à Rome, tous en état, a ce qu’ils prétendent*de livrer assaut au Démon, tous armés de cierges, de fouets & de croix, tous en-collés sous differentes bannières. Le Vendredi Saint on porte en Procession à Ve-nise le S. Sacrement a neuf ou dix heures du soir avec beaucoup de folemnité. (c)II est dans un cercueil couvert de velours noir, & de cette maniéré on le pro-mène autour de la Place de Saint Marc. „ Cette Place, dit Saint Didier, est
C 2 . „ pouf
( a ) II y a apparence que Pidée de cette Procession & tout ce qui Raccompagné leur a été communiqué par*es Espagnols leurs anciens Maîtres.
(h Cet homme est un criminel à qui l’on donne la grâce pour l’amour du rolle qu’il doit jouer,
( c ) Saint Didier allure qu’il n’a jamais été au pouvoir du Pape d’abolir cette coutume : mais, ajoute t’i!,* u lieu qu’elle se pratiquoit autrefois dans tout l’Etat de la République, on en a laissé l’ufage aux feules EglisesVenise, qui font toutes le même soir une semblable Procession dans P étendue de chaque Paroisse,