98 DISSERTATION SUR LES CEREMONIES
autant qu’ils peuvent : mais les uns ôc. les autres n’agiísent ainsi que pour fu-pléer au peu de durée que la nature accorde a l’homme, tandis que des êtresinanimés ou qui n’ont qu’une vie végétative , durent infiniment au delà dece que peut vivre le plus excellent de tous les êtres créés.
{a) Injustice de la Naturel
Les arbres dont /’ombrage embellit ces cotaux ,Ne craignent point des ans T irréparable injure.Leur vieillesse ne sert qu à les rendre plus beaux.Après avoir d’un secle achevé la mesure ,
Ils passent bien avant dans des fiecles nouveaux.Ou voit on quelque homme qui dure ,
Autant que les sapins , les chênes , les omemaux ?
Telles sont les plaintes de ceux qui ne voient rien dans l’homme qui ne soitintérieur au reste de la nature, &: qui ne le regardent que comme une por-tion de matière toujours exposée aux disterens changemens qu’elle ne peut s’em-cher de soufrir par les disterens arrangemens de ses parties ; mais qui ne conçoi-vent rien au delà. Il est vrai que la vie de l’homme est très courte, mais seroitelle fort belle, si elle reísembloit à celle des chênes & des lapins qui excitentl’entousiaíme du Poëte ? Un Chrétien raisonne mieux. Il veut que la mort soitpour l’homme un état de pénitence, une satisfaction que Dieu a requise de luipour réparer l’afront qu’il fait par le péché à la Majesté divine. Conformémentá cette idée il faudroit bannir du Christianisme les vaines dépenses en monu-mens ôc en sépultures, Lc si l'on vouloir se conduire selon le principe, le mou-rant ne laifferoit d’autre trophée de ses grandeurs , que les prières ôc les au-mônes. Encore verroit on la vanité se mêler à des motifs, que leloquence desMinistres de l’Eglise coníâcreroit par des éloges éternels. Le chemin de l’im-mortalité n’est pas moins fur par lès aumônes, & les fondations pieuses, & sur-tout par les legs qu’un charitable mourant fait aux Moines, aux Prêtres ôc auxConvens, que par les exploits militaires, les vertus civiles ôc le bel esprit.
L’ufâge ordinaire est de garder un corps vingt-quatre heures après la mort.En quelques Pais on les (b) garde cinq &: six jours. Voici ce que les Ri-tuels ordonnent touchant les funérailles des morts à qui il est permis de don-ner ce qu’ils appellent (c) la sépulture Ecclésiastique. Ces usages varient encertaines circonstances ; mais en général loríqu’il est tems daller chercher secorps du défunt pour se porter à l’Eglise, il faut avertir par des coups de clo-che les Prêtres & les autres Ecclésiastiques qui. doivent assister aux funérailles,afin qu’ils s’assemblent en ordrè ôc revêtus de leurs (d) habits sacerdotaux dansl’Egliíe paroissiale, ou en quelqu’autre Eglise où ils feront leur priere. Ensuite seCuré prend fur le surplis î’étole noire ôc le pluvial noir. Ils partent pour al-ler chercher le corps : l’exorciste portant l’eau benite marche le premier,puis le Porte-Croix , les autres personnes du Clergé ensuite , le Célébrant se
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O) Mac!. Deshoulieres dans ses Poésies.
(£) Surtout en Hollande > ou il est même aisés ordinaire de garder les morts jusqu’à sept jours.
(c) La sépulture Ecclésiastique est refusée aux Juifs,aux Apostats, aux infidelles, aux hérétiques & schif-matiques, aux excommuniés & interdits , a ceux qui ont frapé quelque Ecclésiastique fans avoir fait satis-faction avant leur mort, à ceux qui fe font tués eux'mêmes , qui font morts en duel , qui ont blasphémé,ou commis d’autres péchés éclatans, enfin a ceux qui n’orit f pas satisfait aux ordonnances de l’Eglife tou-chant la Confession & la Communion.
(d) En surplis & en bonnet carré.